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Le blog de Stéphane Soumier

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Et si Médecins du Monde se trompait ?

Publié par Stéphane Soumier sur 10 Février 2015, 13:52pm

Et si Médecins du Monde se trompait ?

En tout cas, en attaquant le brevet de Gilead sur l’hépatite C, Médecins du Monde nous oblige à poser les bonnes questions

Et la première c’est bien celle de l’efficacité des traitements. Depuis quelques années, ces start up de la pharmacie que l’on appelle les Biotechs sont en train de résoudre à une vitesse considérable des problèmes importants de santé publique. Le patron de Genfit (spécialisé dans les nouvelles maladies du foie) nous expliquait la mécanique, entre une recherche fondamentale qui reste dans les laboratoires publics et la « big pharma » qui se concentre sur le marketing des molécules matures, les biotechs sont le chaînon indispensable, ultra risqué, qui permet d’aller de l’un, à l’autre.

Ultra-risqué, tout est là. A la sortie d’un labo de recherche, on a une piste, rien d’autre : premiers tests, effets secondaires, tout reste à faire, et les capitaux à engager sont considérables. La finance, le marché, a décidé de s’en occuper.

Non pas pour le bien de l’humanité. Elle s’en fout comme de l’an 40, mais pour des perspectives de rentabilité considérables. Je reprends l’exemple de Genfit, elle s’attaque à ce qui va devenir une épidémie dans les pays développés : une cirrhose du foie, non plus provoquée par l’alcool mais par l’abus de graisses. Les autorités de santé américaines considèrent que c’est une urgence. Le marché à 10 ans est estimé à 35 milliards de dollars (le prix des cirrhoses qu’on ne sait pas soigner), trois biotechs font la course, autant dire que Genfit, dans 10 ans, peut-être assise sur 10 à 12 milliards de revenus annuels.

« peut », tout est dans le peut. La finance le sait, et va s’acheter des tickets dans 5/10/15 biotechs, sachant qu’une seule, finalement arrivera au bout. Mais j’insiste, ces tickets sont des investissements importants, parce que c’est une course de vitesse on ne refuse rien aux molécules, les millions sont dépensés à une vitesse vertigineuse.

C’est là qu’on en vient à Médecins du Monde. Elle s’attaque à la rentabilité d’une molécule contre l’hépatite C. Vous en avez entendu parler, sous le nom commercial de Sovaldi… parce que la France n’a pas les moyens de se la payer ! Plus exactement, le traitement coûte tellement cher que nos autorités de santé la réservent aux malades les plus atteints, les autres peuvent attendre. C’est vrai. Et c’est peut-être une première réponse.

Médecin du Monde juge que la rentabilité de Gilead, le laboratoire qui commercialise cette molécule, est honteuse. C’est vrai, mais c’est là que c’est une erreur dangereuse.

Oui, les actionnaires de Gilead ont gagné au loto. Mais oui, le ticket qu’ils ont acheté a permis un traitement efficace à quasi 100% de l’hépatite C. L’erreur, c’est de calculer leur rentabilité sur cette seule molécule. Il faut en fait prendre en compte l’ensemble des recherches financées par les mêmes actionnaires (souvent des fonds spécialisés qui ne font que ça) qui ont avorté. Difficile.

Vous comprenez le danger. C’est bien cette perspective de rentabilité exceptionnelle, ce ticket de loto, qui nourrit la croissance des biotechs et leur permet d’avancer toujours plus vite. Y porter atteinte au nom d’une morale très relative, c’est prendre le risque de couper cette pompe à finance. On se congratulera en disant que l’on a fait reculer les spéculateurs, et on comptera les morts de la prochaine Hépatite C.

La question du prix de ces traitements est une sacrée question, l’une des plus importantes qui puissent se poser dans les pays développés frappés par le vieillissement. Penser la résoudre tapant sur les spéculateurs est sans doute la solution la pire. Oublier qu’ils sont à l’origine des solutions médicales que personne n’imaginait il y a quelques années. Ne vous inquiétez pas pour eux, ils trouveront leur rentabilité ailleurs.

Pour me faire comprendre je me permets un parallèle avec les matières premières alimentaires. Les mêmes idées généreuses ont amené les banques a totalement déserter ce terrain. On s’en félicite, on retrouve la stabilité des prix. Personne ne voit les milliards d’investissements qui auraient pu se déverser dans le secteur et qui ne viendront pas. Ils étaient pourtant la seule solution à l’autre grande question qui devrait nous hanter : nourrir correctement 9 milliards d’individus.

Les nourrir et les soigner. On est sur du lourd !

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