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Le blog de Stéphane Soumier

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Les emplois Uber

Publié par Stéphane Soumier sur 18 Février 2015, 11:34am

Les emplois Uber

Quelques jours pendant lesquels on a vu combien le travail se transforme. A nous tous d’en prendre la mesure

Parce que moi, ma semaine, elle a commencé avec une rencontre que je n’attendais pas. Exactement, dont je n’imaginais pas l’intérêt. Une rencontre avec le patron d’Elis. Vous connaissez Elis. Non? Alors, allez vous laver les mains, et vous lirez Elis sur le rouleau de tissu bloqué déjà humide où vous renoncerez à les essuyer, vos mains. Ok ? Vous y êtes ? Blanchisserie industrielle.

Et qu’est-ce que j’apprends en discutant avec le patron? J’apprends que le gars que je croise tous les matins et qui décharge son camion avec les draps de l’hôtel juste à côté, que ce gars-là est un agent commercial, un vrai. Qu’après le déchargement et la manutention il va voir le patron des services généraux de l’immeuble pour discuter du contrat, proposer de nouveaux services (vêtements de travail, fontaines à eau…) qu’il a été formé pour ça, qu’il dirige parfois une petite unité de business et qu’il est évidemment rémunéré en conséquence.

L’agent Securitas qui reste maintenant devant l’entrée de l’immeuble, lui, n’en est pas encore là, mais tout est en train de se mettre en place pour qu’il le soit. Il sera peut-être bientôt remplacé par une caméra, ça veut dire que l’entrée sera totalement blindée, et ça veut dire aussi qu’il sera lui, au chaud, dans un pc sécurité, à faire le même job, mais en surveillant une dizaine de sites à la fois. Non, ça ne fera pas des emplois en moins, ça fera des emplois en mieux. Ce qui est important c’est que ça va se négocier en partie avec lui, que les équipes de surveillances font maintenant les premiers audits sécurité et sont en mesure elles aussi de « vendre des solutions » au client avec lequel elles sont en contact permanent, et là aussi ce sont de nouveaux dispositifs de rémunérations qui se mettent en place (des partages de marges sur les contrats, complexes et bluffants). Mais en surveillant plusieurs sites, il fait baisser les coûts, rend l’offre plus abordable, et ça tombe bien puisque la demande de sécurité est en augmentation.

Et Macron dans tout ça

J’en viens à la loi Macron, et à ce culte industriel dont on ne veut décidemment pas sortir. Croyez-vous qu’on aurait eu les mêmes émois frondeurs si on avait dit que ce sont les usines PSA qui allaient tourner 7/7. Ce qu’elles ont déjà fait d’ailleurs. Chacun souhaite qu’elles le fassent à nouveau. Là c’est respect. La noblesse ouvrière.

Alors que le commerce…

Mais pourquoi refuse-t-on de considérer qu’à travers les Zones Touristiques Internationales, et plus encore à travers les Zones Commerciales, on va faire sortir de terre 10, 20, 30 usines tertiaires qui vont produire 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires ? Oui, 1 milliard, ce sont les Galeries, Boulevard Haussmann. Pensez que la Samaritaine, à deux pas, est fermée depuis plus de 10 ans ! Une usine à l’arrêt, la question aurait été réglée en 6 mois. Et arrêtez de me dire que « les gens n’ont plus d’argent », regardez le taux d’épargne qui ne cesse de croitre. Y en a du pognon, manquent les vendeurs pour le faire cracher !

Mais ce n’est pas mon sujet, parce que ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le mal que nous avons à admettre les mutations profondes de notre machine économique. Les chiffres du cabinet d’analyse Trendeo publiés ce matin par Les Echos sont très intéressants. On crée à nouveau des usines. Il y a moins d’ouvriers à l’intérieur. Ils ne reviendront pas. Jamais. Quand va-t-on l’accepter ? Un spécialiste de l’usine du futur me disait en souriant : « bientôt dans une usine il y aura un homme et un chien. Un chien pour s’assurer que l’homme ne touche à rien, un homme pour donner à manger au chien ». Je ferme la parenthèse, et reviens à mes équipes d’Elis et de Securitas : d’autres formes d’emplois sont en train de se développer, qui ne sont pas moins nobles que les anciens emplois industriels, qui offrent des perspectives passionnantes et de réelles carrières à ceux qui voudront les embrasser.

Non, nous ne sommes pas condamnés à un monde d’ingénieurs hyper qualifiés entourés de chômeurs désespérés. Pour peu que l’on regarde ces nouvelles formes d’emploi, toutes les formes d’emploi

Et Uber dans tout ça

Et j’en viens à Uber. Ça y est, la chasse est lancée contre Uber Pop. Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire, Uber Pop est manifestement illégal. L’idée, c’est que n’importe quel particulier prend sa voiture quelques heures et transporte n’importe qui n’importe où. Plus de licence, plus de contrôle, plus rien. Plus rien que du travail et de l’activité. C’est l’autre bout de la chaîne, l’autre aspect de ces nouveaux jobs qui partout sont en train de naître. Vouloir les bloquer, les interdire, c’est forcément entretenir le chômage de masse, parce que rien d’autre ne viendra prendre leur place.

« Ce ne sont pas de vrais emplois », 10 fois j’ai entendu ça cette semaine. L'économiste Patrick Arthus décrit très clairement ce qui est en train de se jouer: "au siècle dernier on a vidé les campagnes pour remplir les usines, avec des gains de productivité qui ont nourrit la croissance de l'après guerre, maintenant on vide les usines, vers les emplois de service et les Mc Donald's, et là c'est très inquiétant parce qu'on descend en qualification, et donc en productivité et donc en croissance. Il faut absolument arrêter cela". les pistes ouvertes aujourd'hui par les sociétés de service ébauchent une réponse et les "emplois Uber" viennent apporter des compléments de revenu.

En réalité, plus personne ne sait ce que sont de « vrais emplois », on peut tout juste décrire des formes de travail qui m’ont l’air de construire un bout d’avenir

Commenter cet article

Sam VTC solidarie 04/03/2015 13:39

Bonjour Monsieur Soumier,

Rare sont ceux qui osent pointer du doigt les réalités! Bravo.
Si vous avez besoin d'un réel affrontement pour éviter de vous emmerder en itw sur le sujet Taxi/LOTI/VTC/application je reste à votre disposition.

Prenez le temps de venir voir d'autres horreurs en détails sur notre page: https://www.facebook.com/association.vtc

Noter solution globale mettra fin au pseudo conflit Taxi/vtc et aux intermédiaires sans valeur ajoutée.

En attendant RDV le 9 mars pour la manifestation nationale contre les abus du RSI, CIPAV...

Bien à vous.
Sam VTC solidaire.

Vivien 18/02/2015 14:02

"ça ne fera pas des emplois en moins, ça fera des emplois en mieux"
- Que feront les neufs autres vigiles ?
- C'est la caméra qui achètera la voiture pour amener son fiston manger des glaces l'été au bord de l'eau ?

"manquent les vendeurs pour le faire cracher"
J'épargne pour pouvoir payer un logement à ma famille ! Le jour où les prix de l'immobilier redescendront, on pourra peut-être envisager de consommer de nouveau.

Vivien 19/02/2015 13:15

Merci pour vos réponses, c'est souvent stimulant de vous écouter ou de vous lire :)

Stéphane Soumier 19/02/2015 12:47

l'idée c'est que 1/ en faisant baisser les coûts il élargit l'offre, plus de clients et donc sur les neuf autres vigiles, trois ou quatre seront avec lui, au chaud dans le PC, deux ou trois resteront quand même en faction parce que le client voudra un effet de dissuasion et paiera plus cher 2/ l'ensemble de ces gars seront mieux payés, moins de turn over et donc plus de formation et pour ceux qui restent développement de nouvelles offres. Globalement, aujourd'hui, les boites sérieuses manquent de main d'oeuvre te n'ont aucune intention de licencier. Quant à votre épargne, je n'ai pas de conseil à vous donner, mais aller la mettre dans un appart dont les prix sont appeler à baisser ne me semble pas le meilleur des calculs. Mais ça, c'est vous qui voyez (le CAC vient de prendre 20% en deux mois, par exemple)

Stéphane Kirkland 18/02/2015 13:29

Bravo. Collectivement, nous allons bientôt devoir nous décider à affronter les défis de demain et non pas ceux d'hier.

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