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Le blog de Stéphane Soumier

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Neutralité du Net : ce débat n’est pas technique, il est idéologique. Enfin !

Publié par Stéphane Soumier sur 1 Mars 2015, 10:29am

Le débat économique se perd trop souvent en bavardages sur des détails, il y a finalement peu de sujets pour retrouver de réels clivages idéologiques, la neutralité du net en fait partie.

Voilà finalement un beau débat, en ce qu’il pose des principes essentiels d’organisation du monde et de la société. Soit vous faites globalement confiance au capitalisme et au fonctionnement du marché pour nous conduire sur la route du progrès et d’un accroissement des richesses, soit vous vous en méfiez et vous considérez que ces buts universels ne peuvent être atteints que par un encadrement strict de cette économie capitaliste (je reste dans le cadre de l’économie de marché, bien sûr, sinon, vous nationalisez l’ensemble des facteurs de production et la question ne se pose plus)

J’entends déjà ceux qui me reprochent de simplifier à outrance. C’est le but de ce billet, figurez-vous. On ne peut pas considérer le réseau internet comme un bien essentiel, et verrouiller le débat entre 2000 ingénieurs télécoms

Et c’est d’ailleurs le mérite de cette question de la neutralité du net, un peu comme la spéculation sur les matières premières alimentaires (je vous rassure, ce sera pour une prochaine fois, à chaque jour suffit sa peine), ou l’obsolescence programmée : de permettre de réfléchir sur les éléments fondamentaux du fonctionnement des entreprises, de l’investissement, du profit etc…

Neutralité du Net : en bref, les opérateurs télécom voudraient pouvoir faire varier les tarifs de circulation de l’information sur leurs réseaux. Plus ou moins cher, en fonction de la taille des paquets de données qui circulent et de la vitesse à laquelle ils circulent. Jusqu’à présent internet a toujours fonctionné sur le principe de l’égalité parfaite entre tous les acteurs. Vos mails sont traités comme les vidéos de You Tube. Les autorités de régulation américaines viennent de décider de maintenir ce principe, d’en faire même, quasiment, un principe constitutionnel au titre du « bien essentiel » que représente aujourd’hui le réseau internet

Vous imaginez bien que le débat est vaste, ses implications multiples, et je veux juste là m’en tenir à quelques lignes de principe, face à l’unanimité des louanges mondiales qui considèrent, en gros, que la FCC américaine a sauvé la civilisation contemporaine.

Donc, soit vous faites confiance à un fonctionnement à peu près cohérent du système d'économie de marché et vous pensez alors que les opérateurs de réseaux veulent faire payer davantage, non pas vos mails anodins et votre relation client, mais bien ceux qui prennent beaucoup de place sur leur réseau et qui en dégagent aujourd’hui des profits considérables. Il s’agit de récupérer une partie de ces profits pour améliorer les marges des opérateurs, continuer à investir et susciter davantage de concurrence dans les contenus pour assurer l’avenir et, surtout, ne pas se mettre entre les mains de quelques acteurs surpuissants.

Quand les opérateurs européens, par exemple, demandent une action forte à l'échelle européenne face au pouvoir grandissant de Google, il faut une dose de défiance très forte vis à vis des grandes entreprises pour penser qu'en fait ils n'en pensent pas un mot et fourbissent en secret une alliance contre les jeunes entrepreneurs et les e-commerçants. Non. Il n' y a pas d'alliance secrète, et les géants californiens sont bien l'obsession quotidienne des géants des télécom.

Il faut d'ailleurs ajouter que la rentabilité des réseaux télécoms doit se calculer au regard de la rentabilité des autres infrastructures, ou services aux collectivités. Le capital n'évolue jamais dans un monde fermé.

Ce qui revient à dire que c’est bien le rapport de force entre les entreprises qui, seul, peut fabriquer un système efficace dans l'intérêt de tous. D'ailleurs il est significatif à cet égard de remarquer que Google et Netflix sont ravis du maintien de la neutralité du net. D'une certaine manière la dégradation des réseaux et la réduction des marges des opérateurs sert leur monopole et leur position installée. Au pire ils ont la capacité d’investir pour constituer leur propre réseau (ils ont déjà commencé à le faire).

L'autre solution, c'est de demander au client final de payer plus cher la connexion, demander à chacun d’entre nous de payer plus cher pour que Google maintienne ses marges. Bon, j'avoue avoir du mal à comprendre la démarche intellectuelle qui sous-tend ce raisonnement.

Mais ce fonctionnement finalement assez rationnel de l'économie de marché, beaucoup d’entre vous le contestent. On peut, en effet, légitimement considérer (et c’est même l’idée la plus communément admise) que la fin de la neutralité du net provoquera des ententes entre les opérateurs de réseaux et leurs principaux clients, et se fera donc au détriment de la concurrence, des nouveaux entrants, des start up etc...

J’admets qu’il n'y a aucun argument rationnel à opposer à cela (outre l’idée que ce serait micro-économiquement stupide, que cette idée est en fait le symptôme d’une méconnaissance profonde du comportement des entreprises, et que la neutralité du net est une mutualisation qui n'a jamais donné de résultats efficaces, mais j’avoue, je suis de parti pris).

Et c’est bien la preuve qu’on est devant un débat idéologique et non pas un débat technique.

Et puisque l'internet est élevé au rang de bien essentiel, on pourrait espérer que l'ensemble des points de vue se fasse une place médiatique. Force est de constater, ces derniers jours, que c’est un peu compliqué

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electricien paris 09/03/2015 10:52

J'apprécie votre blog, n'hésitez pas a visiter le mien.
Cordialement

Chouteau 01/03/2015 19:06

Non ce n'est pas un débat idéologique, c'est un débat du moment car on parle de "pénurie" de bande passante (purement technique) pour l'instant mais rdv dans 5 ans quand chaque utilisateur disposera d'un débit de 1Gb sur son mobile en standard grâce aux avancées techno, 3G, 4G, 4G+, 5G, ect...

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