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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Après les paradis fiscaux, les paradis numériques

Publié par Stéphane Soumier sur 12 Avril 2015, 08:04am

La lutte contre le terrorisme va-t-elle créer deux classes d'états, ceux qui laisseront transiter les données numériques sans contrôle, et les autres? Et comme les paradis fiscaux qui attirent les capitaux par milliers de milliards, ces "paradis numériques" vont-ils attirer les nouveaux investissements industriels?

Après les paradis fiscaux, les paradis numériques

C'est une sacré question que pose le discret Octave Klaba. Enfin, discret, il l'est de moins en moins. Octave Klaba commence à peser lourd et son entreprise OVH est un des acteurs mondiaux maintenant du stockage de données numériques. OVH fait des data center, à Roubaix, Wasquehal ou Strasbourg, par exemple. Des usines qui stockent, traitent, raffinent, diffusent, à la demande des clients, les données numériques nées de leurs activités. C'est un lieu commun que de dire maintenant que ces données numériques sont "le pétrole du XXIème siècle " (je crois que même François Bayrou a compris), ces data center en sont donc à la fois les cuves et les raffineries.

C'est de là que partiront les voitures autonomes, les objets connectés, la santé à distance, et bien sûr les jeux, les films etc...

Tout cela doit aller vite, très vite, et OVH investit, lourdement, d'abord sur les technologies de traitement de ces données, ensuite sur la qualité de l'hébergement. Des centaines de millions d'Euros sont programmées pour les mois qui viennent.

Et bien, la question que pose Octave Klaba, c'est de savoir s'il va les investir en France.

Parce que le projet de loi sur le renseignement qui entre en discussion à l'Assemblée va imposer un contrôle permanent de l'ensemble de ces données avec "la mise en place de boites noires au contour flou dans les infrastructures". L'Etat veut se donner les moyens de ne rien rater d'un éventuel échange de données pour monter une action terroriste, et pour cela veut pouvoir, en théorie, tout surveiller et va donc imposer ces "boites noires" au coeur des Data center du pays.

Mon propos n'est pas technique. Je n'y connais rien. Il est économique.

Disons, pour finir de savoir de quoi l'on parle, que dans quelques années assembler des voitures va devenir ce qu'on appelle une "commodité", une action économique sans valeur ajoutée. C'est bien le système de contrôle numérique de la voiture qui détiendra toute la valeur.

Or, ces raffineries numériques géantes abriteront l'ensemble des systèmes de contrôle, comme elles abritent déjà quantités de secrets économiques. Tout y est, tout y sera de plus en plus: des plans, des stratégies, des brevets, des données clients... Et c'est bien cela d'ailleurs qui a aidé à la croissance d'OVH. Parce que beaucoup de ces secrets ont quitté les Etats Unis ces dernières années depuis que Washington a mis en place des systèmes de surveillance comparables. D'ailleurs OVH s'est développé au Canada et pas aux US pour rassurer ses clients justement.

Il est clair que si l'Etat français donne à son administration les moyens légaux de regarder l'ensemble du trafic numérique du pays, un état français, d'autre part, actionnaire important d'entreprises industrielles majeures, comment pensez vous que les concurrents de ces entreprises industrielles majeures vont-ils réagir? En allant voir ailleurs si on y est! Et OVH n'aura pas le choix, il faudra bien qu'il y soit, au Luxembourg ou en en Allemagne, par exemple (Klaba, qui a grandi dans la Pologne communiste, est persuadé que l'Allemagne ne mettra jamais en place une telle législation du fait des souvenirs de la Stasi).

Et donc, tiens, on retrouve le Luxembourg. Je trouve éclairante la comparaison avec les paradis fiscaux. Va-t-on voir se développer une économie de "l'évasion numérique", des pays qui garantiront le secret absolu sur les données hébergées sur leur sol et capteront les data center du monde ? (Je vais vite mais il ne faut pas sous estimer la masse industrielle que cela représente, ces data center ont besoin d'énergie, d'énormément d'énergie, et donc les infrastructures de production suivront nécessairement, et avec elles les infrastructures d'entretien, d'hébergement, de loisir... mais je m'égare...)

C'est bien cette question là, question fondamentale dans l'économie de notre siècle naissant que pose le communiqué publié par les hébergeurs francais, les industriels de la donnée numérique, qui menacent clairement, maintenant, de délocaliser leur activité

Loin de moi l'idée d'avoir l'intention de trancher cette question. Simplement je trouve qu'elle est sacrément bonne. Ce n'est pas seulement: quel est le prix de notre sécurité? Non, c'est que justement il nous est impossible, à nous, citoyens lambda, d'avoir un avis sur des questions qui deviennent très vite techniques (parce que les hébergeurs disent, en gros, que ce système massif sera inefficace du fait, justement, de son importance. Bref, on va faire fuir les agents économiques sans vraiment inquiéter les terroristes)

Et donc on se retrouve à devoir arbitrer dans un brouillard épais entre l'Etat, sa police, et les entrepreneurs.

Je vous laisse faire

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Bruno B. 17/04/2015 09:12

Ne nous leurrons pas, c'est d'ores et déjà cuit. La question de Klaba est purement réthorique. Il n'y aura plus de mise en place de grands data centers en France.

Le fait que les parlementaires français puissent imaginer, dans leur quasi-unanimité, à droite comme à gauche, d'imposer à tous les acteurs de mettre une boîte espion dans chaque data center est un message clair pour les entrepreneurs. Si la loi ne passait pas cette fois-ci, elle passerait dans deux ans. La menace sera permanente.

Dans le même ordre d'idées, j'ai regardé à l'occasion d'un projet d'appli mobile la réglementation sur les données de santé et la télémédecine. Dans certains cas, si le siège de la société est en France, il faut obtenir une autorisation dans chaque région. A comparer avec l'Espagne, par exemple, où une déclaration suffit.
Tout le secteur de la santé connectée se développera ailleurs qu'en France, même si Withings fait figure actuellement de leader.

Chroniques Cartographiques 15/04/2015 09:36

Super article qui soulève effectivement des questions qui nous dépassent tous. En même temps, les services secrets français n'ont pas attendu cette hypothétique loi sur le renseignement pour tout scruter sur la toile (Cf : http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/france-terribles-revelations-sur-la-surveillance-massive-13-04-2015-1920630_506.php)
Et puis attention au chantage. Comme justement ceux qui nous gouvernent sont, eux aussi, dépassés par ces questions, il ne faudrait pas que ces e-entreprises fassent pression pour faire ce qu'elles désirent. Aujourd'hui la commission européenne prend conscience du monopole Google et de son hégémonie... Un peu tard, non?

corrector 24/06/2015 02:54

"Aujourd'hui la commission européenne prend conscience du monopole Google"

IL N'Y A PAS DE MONOPOLE DE GOOGLE.

Je le mets en gros pour que personne n'oublie le FAIT incontestable.

Tout cette histoire de lutte contre Google n'est que de la poudre aux yeux.

Paul 13/04/2015 15:16

Débat 1er jour :
"« Art. L. 821‑7. – Les techniques de recueil du renseignement mentionnées au titre V du présent livre ne peuvent être mises en œuvre à l’encontre d’un magistrat, un avocat, un parlementaire, ou un journaliste ou concerner leurs véhicules, bureaux ou domiciles que sur autorisation du Premier ministre prise après avis de la commission réunie."

Uniquement sous "contrôle" et demande de l'exécutif !

Paul 13/04/2015 12:23

Quand on sait que les terroristes ne parlent plus au téléphone car ils se savent écouté, vous croyez qu'ils vont s'échanger des emails non cryptés ?
Qui peut m'assurer que cette mesure (même pas d'exception, aucune date de fin n'est prévue) ne vas pas s'étendre ? le prochain champ d'action de nos grandes oreilles : l'évasion fiscale, les sources journalistiques, une application à géométrie variable selon la couleur du gouvernement ? Plus l'on donne de pouvoir à un dirigeant sans contrôle (contrôle parlementaire par exemple), plus le risque de dérive est grand. Il faut relire Montesquieu (qui demandez aux assemblées de ne modifier la loi que d'une main tremblante), se souvenir de Machiavel (pour le pouvoir donné au Prince) et se souvenir de notre histoire pas si lointaine (écoute de l'Elysée, Plombier du Canard enchainé, ...)

Le Parisien Libéral 13/04/2015 09:07

bonnes interrogations

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