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Le blog de Stéphane Soumier

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Télécom, l’étrange cessez le feu

Publié par Stéphane Soumier sur 17 Novembre 2015, 16:50pm

La guerre de la bande 700 n’a pas eu lieu. Etonnant, alors qu’un des acteurs pouvait y laisser sa peau

Télécom, l’étrange cessez le feu

Tout le monde est content. Voilà bien une ambiance qu’on ne connaissait plus dans les télécoms. Même le gouvernement. Parce qu’il y avait un petit match Sapin vs Macron dans cette affaire de fréquences 4G

Je vous la fait courte, une bande de fréquences dites « en or », elles sont puissantes, elles vont partout, elles sont libérées par la télé qui prend moins de place sur les réseaux. Sapin voulait en tirer le maximum, parce que le fruit de cette vente est reversé au budget de la défense. Macron, pensait lui à ne pas trop dégrader les capacités du secteur, et préserver les investissements sur la fibre par exemple. A l’arrivée c’est match nul. On est un peu au-dessus du prix fixé par l’Etat, mais pas non plus dans des proportions dangereuses

C’est que personne n’a déclaré la guerre. Sacré surprise ! C’est l’attitude de Free par exemple qui laisse perplexe. Le régulateur, organisateur du processus, avait laissé une grande latitude au nouvel entrant : en gros il pouvait rafler, à lui seul, près de la moitié des lots disponibles. En faisant cela, il enclenchait un processus qui aurait obligé les deux gros acteurs, Orange et SFR, à suivre. Bouygues aurait eu beaucoup de mal alors à trouver sa place. Or on l’a vu, ces fréquences sont indispensables, pas tout de suite, mais assez vite, dans les deux ans qui viennent. Free n’a pas voulu, ou n’a pas pu, affaiblir fortement celui que l’on présente comme son grand adversaire, alors même que ses derniers résultats ont montré une santé éclatante, pourquoi ?

« Ne tirez pas trop de plans sur la comète », me dit un des acteurs, « le processus était très opaque, le régulateur a tout fait pour qu’aucun des acteurs ne puisse deviner le jeu de la concurrence, n’allez pas chercher de la stratégie, là où il n’y a qu’une saine prudence »

Sauf qu’on n’avait pas l’habitude de voir Free prudent. Mais c’est vrai qu’il l’est. On attend toujours la keynote qui déchire de Xavier Niel pour à nouveau dévaster le secteur, « c’est vrai qu’on s’est endormi » disait-il il y a un an sur BFMbusiness, et bien le réveil n’a visiblement toujours pas sonné

"la vérité c'est qu'il n'y avait pas de surprise à attendre", dit une source très proche des enchères, "Free a lancé une première enchère pour prendre un maximum de lots, mais a vu que tout le monde suivait. Dès lors la messe était dite. Martin Bouygues sait que BT vaut 10 milliards, vous pensez qu'il serait resté en plan pour 500 millions en plus ou en moins? Plutôt que de partir dans des enchères qu'auraient finalement payées les consommateurs, il valait mieux en rester là"

L’autre élément intéressant, c’est SFR. Mais là on comprend. D’abord parce que Michel Combes, le nouveau patron, a joué la transparence la semaine dernière au moment des résultats en admettant le retard pris dans les investissements. En gros SFR a déjà bien à faire pour valoriser les fréquences qu’elle possède déjà, pas besoin de monter au cocotier, d’autant que les marchés ont envoyé de clairs signaux d’alerte sur les finances de la maison mère Altice, bref, toutes les raisons de rester raisonnable

On se retrouve donc avec un jeu à quatre parfaitement assumé par l’ensemble des acteurs. Le régulateur a joué son rôle visiblement de manière remarquable, sous l’impulsion de Macron (« le dialogue entre l’ARCEP et Bercy est à nouveau possible », dit un acteur, « et ça c’est une bonne nouvelle pour tout le monde ») à qui on ne connaissait pas ce talent de pacificateur.

Mais la guerre des télécoms est-elle pour autant terminée ? C’est bien possible, et c'est encore Free qui en détient la clé. 17 millions de clients aujourd'hui, un réseau 4G qui devient puissant mais une itinérance (soutien de son réseau par Orange) qui va s'éteindre alors qu'il a encore un problème pour trouver de la place à Paris pour ses antennes: ce n'est pas l'heure de provoquer les acteurs.

Mieux vaut regarder ce qui se passe hors de France, ça tombe bien, c'est ce que font aussi les autres. ça calme.

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