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Le blog de Stéphane Soumier

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« Merci Patron » et la vertu du capitalisme

Publié par Stéphane Soumier sur 3 Avril 2016, 11:20am

Le film documentaire « Merci patron » tourne en ridicule LVMH et rend finalement hommage à la force du capital

Soyons pédant, citons Marx: « le capital est incapable de dépasser ses intérêts grossiers et malpropres ». Les gauchistes ont enfin compris qu’il fallait appliquer cette phrase à la lettre pour sérieusement changer le monde : qu’une cause généreuse et noble devienne un intérêt « grossier et malpropre » et alors le capital mettra toute sa puissance à son service

Résumé bref : le film merci patron s’attache à un couple de chômeurs victime des restructurations industrielles menées par Bernard Arnaud dans la construction du groupe LVMH. Par une habile manipulation, ils vont pousser LVMH à verser 40.000 euros à ce couple qui sauve ainsi sa maison.

Sur le mode ironique, le film se fixe le but de réconcilier la misère et le capital. Je ne sais pas s'il se rend compte qu'il y parvient.

Rappel bref : j’ai grandi dans une Europe où l’extrême gauche était violente, la référence de mon adolescence s’appelait Action Directe, héritière des groupes terroristes allemands et italiens. J’ai assisté au procès de Jean Marc Rouillan et Nathalie Ménigon, les leaders d’Action Directe. La détermination de ce groupe était impressionnante, ils ont été brisés. De leur action ne reste rien, que de la douleur et des cadavres.

"Merci patron" est une arme bien différente. Une extrême gauche qui affirme son opposition radicale au capitalisme, mais décide de le ridiculiser. Elle le fait avec talent, et démontre finalement, elle, une réelle capacité à changer le monde.

Car il s’agit de frapper le capital là où ça fait vraiment mal : sur le moteur du profit. Quel est le moteur du profit ? Le patron ? Rarement. Le client ? Toujours.

LVMH, dans ce qu’on comprend de sa démarche, va céder une infime fraction de ce profit, parce qu’il a peur d’une manifestation un samedi après-midi devant le grand magasin des Champs Elysées. Les comptes ont été très vite faits, 40.000 euros face à un week-end sans touristes chinois, ils auraient sans doute pu donner le double.

En cela, le réalisateur/activiste a bel et bien fait de ce couple de chômeurs un intérêt « grossier et malpropre » du capital

L’entreprise LVMH peut légitimement apparaître ridicule, en fait elle est remarquable de rigueur. Elle plonge à la source du problème, identifie les menaces les plus sérieuses, tente de saisir les lignes de force (Marc Antoine Jamet, le secrétaire général, qui apparaît comme le vrai dindon de cette farce, fait finalement parfaitement bien son boulot, parce qu’à un moment, quelque chose lui échappe. Il ne va pas jusqu’à saisir l’arnaque, mais il comprend qu’il y a un loup, et tente d’évaluer la force de sa mâchoire), et parvient finalement à ses fins: le touriste chinois n'a pas été indisposé

C’est une magnifique leçon et l’application de ce que j’essaie d’expliquer à tous ceux qui me disent qu’il faut « transformer le capitalisme ».

Car, vous savez, quand on a décidé de faire profession de la défense de l’économie de marché, les prises à partie sont nombreuses. A force, j’ai trouvé une image : l’eau. Le capital est aussi utile et idiot que l’eau. L’eau ne va pas spontanément irriguer les cultures, il faut pour cela lui créer une pente, et la pente la plus favorable. De même, le capital suivra toujours, sans réfléchir, la pente la plus favorable. Il suffit de la creuser.

Je me place évidemment dans le cadre de nos sociétés démocratiques et relativement apaisées, les seules que je connaisse un peu, quand le capital a renoncé à l'assassinat direct et à l'esclavage, modes de production finalement assez chaotiques.

Exemple : le marché des droits à polluer. Il y a quinze ans, l’entreprise chimique Rhodia s’est sauvée de la faillite en spéculant sur le marché du CO2. Mais en faisant cela, elle a profondément modifié son processus de production pour apparaître comme une des plus vertueuses du secteur, et son patron est un militant acharné de l’industrie propre. La disparition de ce marché est une catastrophe. Il faut absolument que la lutte contre le réchauffement redevienne un intérêt « grossier et malpropre » du capital et vous verrez comment les janissaires de LVMH feront des militants écolos les héros des temps modernes

La spéculation sur les matières premières agricoles : si la production agricole devenait un intérêt « grossier et malpropre » vous verriez les investissements massifs sur le secteur, les rendements croissants, la mise en culture de terres oubliées.

La réforme de la production textile, les conditions de travail dans les usines d’Apple etc, etc… c'est bien quand, par le talent des activistes, des causes nobles et justes deviennent des intérêts grossiers et malpropres, que l'on voit réellement les choses changer. L’a-t-on vu autrement sur les dernières décennies ?

Je m’arrête là. Mais c’est bien ce qui est réjouissant dans ce film formidable : affronter le capital est une perte d’énergie, il est plus fort que vous. En revanche, creusez le lit de la rivière qui mène au bonheur de l’humanité, il la financera dans l’allégresse.

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Damien 12/04/2016 08:28

Pour info voici une petite vidéo d'un des cadres de LVMH qui tente de se défendre. Accessoirement cette personne est aussi cadre du ...PS, ce nouveau parti capitaliste de droite !
https://www.youtube.com/watch?v=2Ljc0bxEGEA

Philippe Peret 05/04/2016 11:42

Merci pour cette analyse

romain blachier 04/04/2016 01:22

" la référence de mon adolescence s’appelait Action Directe" soit vous étiez dans un milieu bien spécial, soit vous en faites beaucoup. Action Directe a toujours été un groupe TRES marginal.

Stéphane Soumier 07/04/2016 19:24

heu... vous viviez sur quelle planète à l'époque de l'assassinat de George Besse?

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