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Le blog de Stéphane Soumier

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La télé, Kerviel, Juppé, et la "finance folle"

Publié par Stéphane Soumier sur 9 Octobre 2016, 16:24pm

Jérome Kerviel face à Alain Juppé? Allons bon. Pour un coup d'audience, France 2 a fait prendre un risque considérable au candidat. Mais avec la finance folle, on peut tout se permettre

La télé, Kerviel, Juppé, et la "finance folle"

 

Jérome Kerviel : « aujourd’hui vous voyez des techniques du type shadow banking, la finance fantôme, qui sera probablement..heu… et qui échappe totalement aux contrôles, parce qu’il n’y a aucune règlementation faite sur ces… sur ces produits là… heu… on parle de 80.000 milliards de.. de dollars… heu… et c’est absolument hors de contrôle (plan de coupe sur Juppé qui opine, les yeux mi-fermés) et absolument pas réglementé »

David Pujadas : « une finance hors bilan, hein, c’est ça ? » 

Jérome Kerviel : « tout à fait, c’est du hors bilan »

David Pujadas : « Alain Juppé…

Alain Juppé : « comme vous venez de le dire, dès qu’on pose une règlementation, l’imagination est sans limite et d’autres processus apparaissent, la bataille doit continuer, et il faut que l’on progresse là aussi dans ces régulations, moi je n’ai sur ce plan-là aucun… aucune réticence, c’est même un engagement très fort, il faudra aller plus loin pour faire cesser ces comportements qui sont négatifs pour tout le monde »

Léa Salamé : « comment ? »

Alain Juppé : … par … heu… comme on l’a fait

Léa Salamé : aller plus loin, c’est une intention, tout le monde le dit mais …

Alain Juppé : « non, non, non… y a des méthodes pour le faire, on l’a fait

Lea Salamé : comment concrètement

Alain Juppé : « hé bien… heu… en fonction de ces méthodes que je ne connais pas aussi bien que M. Kerviel , (plan de coupe sur Jérome Kerviel, souriant) je vous le dis tout de suite , je ne suis pas un spécialiste de ce que vous avez appelé le… ?

Jérome Kerviel « Shadow banking »

David Pujadas : « la finance de l’ombre »

Alain Juppé (sourire) : « voilà… en fonction de l’imagination des banquiers et bien il faut que les régulateurs les gouvernements, l’autorité..heu.. de régulation européenne… a… adapte les répo.. les réponses qu’elle peut apporter pour faire cesser ces comportements, bien entendu »

 

… et là, Juppé doit se dire qu’il s’en sort bien. D’ailleurs le sourire général autour du plateau à ce moment-là montre que tout le monde est soulagé. Ils ne sont pas idiots, ils se rendaient bien compte que l’on partait en vrille, et pour dire les choses simplement, que personne, absolument personne, ne maitrisait cette histoire de shadow banking, peut-être même pas Jérome Kerviel, avançant sans visiblement les maîtriser les chiffres officiels du Conseil de stabilité financière, parlant de « pratiques » puis de « produits ».

Le shadow banking est-il une menace pour la stabilité du monde financier ? Ce n’est pas le sujet de ce billet. En quelques clics sur internet vous trouverez une définition : « tous les intermédiaires financiers qui sont en dehors du système bancaire traditionnel ». Vous voulez que je vous fasse la liste ? Fonds de pension, hedge funds, private equity, mais même SCPI, produits d’assurance, crowfunding, crowdlending. Allez savoir si Ebay ou Le bon coin ne font pas du shadow banking.

Mais tout le monde s’en fout, on a intronisé un expert, Jérome kerviel, et demandé à un très sérieux candidat à la présidentielle de se prononcer sur les obsessions du trader. Soyons franc, Jérome Kerviel, ancien trader du desk Delta One, doit en savoir à peu près autant sur les stratégies financières des grandes banques que le garagiste de la porte Vanves sur la stratégie de Renault. Ça ne l’empêche pas de réparer des Clio, le garagiste, mais de là à l’inviter face à Juppé pour parler réindustrialisation de la France? On n’y penserait pas bien sûr. Mais avec la finance, on peut. Parce qu'avec la finance on peut tout se permettre.

Avec l’affaire Kerviel aussi, d’ailleurs. Car le pire était à venir. Le pire c’est un piège : Juppé obligé d’avaliser la vision Kerviellienne de l’affaire Kerviel : « la Société Générale reconnue responsable de 99,98% de la perte ». Ben non. Enfin, on peut le dire, mais on peut aussi dire que ce n’est nulle part dans le jugement de la cour d’appel de Versailles. A ce compte-là, la commission bancaire qui, en 2008, avait déjà fait la liste de toutes les fautes de la banque, et l’avait condamnée à 4 millions d’amende, rendait Jérome Kerviel responsable du reste ? C’est idiot, évidemment. La cour constate une responsabilité partagée et condamne Jérome Kerviel à des dommages et intérêts qu’elle n’explique pas. Point.

Mon propos n’est pas de reprocher quoi que ce soit à Jérome Kerviel . Mon propos, c’est de m’affoler devant la légèreté de ceux qui ont choisi Jérome Kerviel pour un simple coup d’audience.

Car Juppé est bel et bien piégé. Il s’en sortira avec les honneurs sur la ristourne fiscale et les fameux 2 milliards que la Société Générale devra peut-être un jour rendre au Trésor, « nous sommes dans un état de droit, laissons les juges juger », mais sur le dossier lui-même, il reste coi, avalisant d’une certaine manière la version de la défense, aujourd’hui, de toute façon, version officielle médiatique.

Tout cela n’aurait pas beaucoup d’importance si la finance n’était pas aujourd'hui profondément  malade, confrontée à des défis extraordinaires. Les banques centrales nous ont entraîné dans une situation que personne ne maîtrise, un territoire totalement nouveau, jamais exploré.Elles ont acquis un pouvoir considérable sur lequel celui qui s’apprête à diriger la France a dû forcément réfléchir.

Ou pas. Parce que rien ne l’y pousse, rien ne l’y oblige. La finance est médiatiquement traitée comme un monstre rusé qu’il faut dresser, domestiquer. Jérome kerviel apparaît comme une sorte de rescapé, ancien fauve aujourd’hui végétarien, mais qui connaît toute les ruses.

Quelle pantalonnade, quelle misère, et quel échec, alors que des milliers de milliards tournent autour de nous sans contrôle. Oh ce n’est pas du shadow banking, non ce sont les sommes injectées dans le système par les banques centrales pour tenter de le relancer. « Le moteur est noyé » dirait le garagiste de la porte de Vanves, le faire repartir devrait être le seul sujet financier de cette campagne, mais ça nous éloignerait de Jérome Kerviel, et de la « finance folle »

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Carlos 26/10/2016 18:09

Cher Stéphane,
Parfaitement d'accord avec vous. Cet invité ci pour un sujet qui le dépasse lui même... no comment. Tout ça pour nous remettre son jugement et sa situation toute personelle sur la table. Bof.
La finance folle, malheureusement, elle est moins dans notre hexagone que chez d'autres, particulièrement un, dont le programme comprenait aussi une plus grosse règlementation dès son premier mandat.
Le President français aura fort à faire mais il devra peut être facher des partenaires s'il veut brider la finance folle....
Bien à vous,
Carlos

edouard 09/10/2016 19:56

Cher Monsieur Soumier si cela devrait revenir au président de la république de nous éclairer sur les banques centrales on serait bien mal; votre attente participe à mon sens de cette idee que le président de la république est un génie universel type De VInci capable de parler de facon pointue de lutte contre le théorisme, de partité couverte des taux d'intérêt, du risque nucléaire, de politique agricole, etc. bref un type capable d etre prix nobel en tout. C est d ailleurs pour cela qu en France - plus qu ailleurs j ai verifié sur un petit échantillon de pays - les ministres passent d une spécialité à une autre et que tout le monde trouve cela "normal" Wauquiez a aindi été en charge de l'emploi 2 ans et demi, puis aux affaires européennens (8 mois), puis a l enseignement et a la recherche 10 mois L honneteté des présidents devraient etre de dire il y a un cap (celui de réguler la finance, ou de la liberaliser, ou de la déreglementer etc) ca c est pour le cap pour le truc précis je verrai cela avec mon ministre en charge (qui devrait etre specialiste mais en France le sministres sont juste de spolitiques habiles) donc le presidentiable devrait dire je verrai cela avec les experts (sur ce sujet Michel Aglietta et Tirole etant des références (à vue opposée donc complementaire)

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