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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Richard Ferrand et la vie des affaires

Publié par Stéphane Soumier sur 1 Juin 2017, 12:10pm

A exiger l’exemplarité de ceux qui ont fait carrière dans le privé, on interdit de fait le renouvellement du personnel politique

 

La scène est instructive, le journaliste qui interroge Richard Ferrand lui pose la question que se posent tant de gens : « mais pourquoi les Mutuelles de Bretagne n’ont-elles pas acheté ce local, s’il leur convenait parfaitement ? » et là on voit Richard Ferrand hésiter, car répondre précisément à cette question, y répondre avec des mots simples, prendrait sans doute 10 bonnes minutes, il faudrait expliquer le bilan, la trésorerie, les investissements, la spécificité du risque immobilier, son traitement par les organes de régulation, il essaie un instant et répond « il fallait plutôt mobiliser des capitaux pour améliorer l’outil de travail plutôt que d’acheter des locaux », mais qu’est-ce que ça veut dire pour une masse de salariés qui vivent la propriété immobilière comme l’alpha et l’oméga de la saine gestion ? Rien évidemment, alors il renonce et lâche dans un demi sourire : « renseignez-vous, tout le monde fait comme ça »

Et oui, tout le monde fait comme ça. Tenez on approche de l’assemblée générale du grand groupe hôtelier mondial AccorHotels qui va justement scinder son activité hôtelière et son activité immobilière, non les entreprises ne possèdent pas forcément les murs dans lesquels elles travaillent, et même de moins en moins, parce que ça mobilise énormément de capitaux et que ces capitaux sont utilisés de manière plus rentable si on « améliore l’outil de travail »

C’est une évidence pour celles et ceux qui sont au contact direct de la vie des entreprises, c’est un mystère pour tous les autres

Or notre monde médiatique est assez éloigné de la vie directe des entreprises, et cette affaire lui apparait comme un mystère, coupable de surcroit. Le « tout le monde fait comme ça » n’est plus « tout le monde se détache de la propriété immobilière », mais « tout le monde tente de s’arranger avec la loi pour faire une bonne affaire »

Et c’est vrai, et c’est le point important de cette histoire : dans la vie de l’entreprise (et les Mutuelles de Bretagne ce sont 350 salariés, pas vraiment un grand groupe) tous les patrons sont coupables à un moment ou à un autre

Là encore, je vois s’élever les cris d’orfraie de tel openspace de grand groupe où l’on me sort des chartes déontologiques et des services de compliance (conformité) longs comme le bras, des donneurs de leçons habituels qui n’ont jamais fauté au grand jamais (sans doute faut-il des saints pour qu’il y ait des diables), et des salariés protégés des prises de décision les plus exposées qui n’imaginent pas que l’on ne puisse pas respecter le droit le plus strict

Et bien non, après plus de dix ans à décrypter tous les mécanismes des entreprises je sais moi que l’on franchit la ligne jaune à un moment ou à un autre dans toutes les histoires de croissance, absolument toutes. On est parfois rattrapé par la patrouille, TVA, URSSAF, RSI, Douanes, que sais-je, on paye, on se relève, et la vie continue. Xavier Niel raconte que le juge Van Ruymbeke lui-même, il y a trente ans, lui avait dit « on peut franchir la ligne avec deux roues, mais pas avec les quatre »

Et la réforme la plus importante que pourrait faire rapidement le nouveau gouvernement, c’est bien ce « droit à l’erreur » qui permettra de continuer à avancer quand on aura juste fauté à la marge, souvent par ignorance, parfois dans la précipitation, parce qu’il fallait saisir une occasion et que l’on n’avait pas le temps matériel de respecter toutes les formes (en l’occurrence, si l’on écoute Richard Ferrand, c’est ce qui explique que son nom apparaisse dans les premiers actes signant le transfert du bien, et que l’opération ait commencé avant l’accord formel du conseil d’administration : on était le 23 décembre, le bien allait être vendu par adjudication, il fallait faire vite)

Alors bien sûr, il y a le montage, et il y a celle qui en bénéficie. Et je vois là encore, les pères la morale se lever droit sur leurs ergots pour fustiger « l’impensable ». Les amis, vous sortez de quel monastère ? On a un deal qui arrange tout le monde, ne spolie personne, et on ne va pas en faire profiter ceux qui nous sont chers ? Sérieux ? Et à qui donc alors allait-on faire ce cadeau de pure opportunité? (si c'est bien de cela qu'il s'agit, évidemment, l'enquête judiciaire le dira). Il faut être armé d'un puissant sens moral pour résister; tiens, justement, c'est ce qu'on réclame d'un responsable politique! Sans doute, mais alors cherchez le bien, et gardez le précieusement quand vous l'aurez trouvé.

Non, ma conviction c’est que ceux qui répondent « non, c’est impossible, immoral » font un anachronisme grave et exigent d’une personne privée la moralité qu’elles exigeraient d’une personne publique. Et ça c'est impossible.

Pourquoi grave ? Parce qu’en l’occurrence cela ferme la porte de l’action publique à beaucoup de chefs d’entreprise, c’est même en fait fermer la porte à un renouvellement réel.

Franchement l’affaire me fait réfléchir, parce qu’on a devant nous une génération d’entrepreneurs dont je pressens qu’ils ont un réel soucis de l’intérêt général. Fortune faite, à l’américaine, j’ai le sentiment que beaucoup d’entre eux pourraient avoir envie de se consacrer au pays à temps plein. Sauf si l’on va leur demander des comptes sur leurs histoires de croissance, où l’on trouvera toujours un moment borderline

J’avoue que je ne suis pas loin de considérer qu’à force d’avoir joué avec les limites on est mieux armé pour déjouer les vrais escrocs une fois que l’on bascule au service de l’intérêt général, et qu’il faut connaitre la vie, la vraie, pour servir efficacement son pays. Mais là, partager ce sentiment, ce serait peut-être trop demander. 

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Pierre 02/06/2017 15:12

Non un patron "privé" n'a pas de raison d'être "border-line". Les gros risques c'est quand le patron de pme commence par acheter une voiture de luxe avec son premier emprunt et n'arrive plus à couvrir les traites pour payer les employés et les machines.
Pour les Mutuelles c'est le militant PS qui a d'abord fait de la com, facturé ses prestations au parti, puis s'est fait embaucher par un élu, a été recasé dans un réseau "favorable" puis continué sa carrière, donc du privé = pipeau comme beaucoup d'affairistes. Ses postes d'élu conseil général, conseil régional et député, lui donnent les moyens de contrôler et subventionner, donc de placer ses gens même peser sur la loi. Alors comme ministre du logement, de la ville, des solidarités entre secteurs riches et secteurs pauvres, on imagine le levier entre ses mains. Pauvres comme vous qui y croient, pauvre comme Macron qui très intelligent ses fait berner par un malin encore plus fort en com. t si une entreprise n'a pas d'intérêt à immobiliser de l'argent dans l'immobilier, ce n'est pas parce que tout le monde le fait, mais d'abord personne n'a immobilisé un sou (pas la mère de sa fille en 2011) puisque tout a été avancé par le Crédit Agricole et remboursé avec de larges marges par le loyer des Mutuelles. Et ce sont les fonds SCPI qui font les locations des activités les plus dynamiques. L'intervention d'un intermédiaire privé et qui plus est en lien d'intérêt avec le directeur gestionnaire est une faute caractérisée du conflit d'intérêt qui devrait rapidement ressortir de l'examen policier.

Pierre 02/07/2017 09:14

Pas grave je suis à la retraite, après avoir dirigé des dizaines de cadres dans PME, revendue et jamais mis en faillite frauduleuse. Ancien élu local, j'ai vu ce que les conflits d'intérêt pouvaient entrainer comme coûts pour les populations.

Stéphane Soumier 03/06/2017 22:49

bref, vous n'y connaissez rien ;) pas grave, j'ai l'habitude

JA Duc 02/06/2017 08:41

Bonjour Stéphane,
Je vous écoute quasiment tous les jours depuis 10 ans et pour une fois j'ai du mal à vous comprendre.
Je ne connais personne choqué de voir Accor ou Carrefour scinder leur activité professionnelle de leur immobilier. Il y a 10 ans ça choquait un peu, maintenant ceux qui connaissent cette pratique courante la comprennent.
Beaucoup de PME le font aussi, notamment familiales, souvent par prudence. C'est une assurance aux risques pris quotidiennement par leurs propriétaires en cas de plantage de leur activité, pour ne pas tout perdre.
Mais le cas de Richard Ferrand n'est pas comparable. Pas de split entre un actif immobilier existant et le business. La boîte ne lui appartient pas. Il le fait via sa compagne (comme quoi il n'est pas super à l'aise avec l'opération). Il prend zéro risque. Ca ressemble à une rémunération déguisée. Pas super moral...

Stéphane Soumier 03/06/2017 22:50

c'est exactement ce que je dis, qui ne l'aurait pas fait à sa place? Vous? ben bravo! pas moi en tt cas

lieutet 01/06/2017 22:14

Bien sûr que dans la vie d'une entreprise on fait des tas de choses à la marge, mais malheureusement quelque fois on se fait prendre. Un peu comme celui qui roule un peu vite, il a toujours une bonne excuse, ou comme les ministres "responsable, mais pas coupable"
Il y a aujourd'hui, plus de droite ou de gauche, mais une France d'en bas (75% de la population) et une France d'en haut (25%) et la France d'en bas tolère de moins en moins que l'on trouve des excuses à la France d'en haut, alors que la caissière du supermarché sera virée pour avoir conserver les tickets cadeaux que la client ne voulait pas.
Il serait peut-être temps de faire un monde plus équitable.
Quant à la connaissance de l'entreprise, cela n'a fait "broncher" personne que l'on nomme des ministres du travail qui n'ont jamais vu une société de leur vie ou qu'un ministre devient un homme à la connaissance universelle puisqu'il est capable de tenir une infinité de poste totalement opposé

Tréguer Hervé 01/06/2017 19:56

Un contre exemple à votre conclusion: Donald Trump?

Tréguer Hervé 01/06/2017 19:54

On peut aider la cause publique sans nécessairement être élu mais cela demande d'être désintéressé aussi bien au niveau pécunier qu'au niveau reconnaissance! Et les politiques aiment le show off...

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