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Le blog de Stéphane Soumier

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35h, Henry IV et la poule au pot

Publié par Stéphane Soumier sur 28 Août 2014, 10:51am

C’est une opération des plus simples : 5 = 12,5% de 40. Si vous retirez 5 heures de travail par semaine et par unité de production à une entreprise qui en avait 40, vous lui retirez 12,5% de sa capacité de production. Si vous considérez que la production crée la richesse, vous retirez 12,5% de richesse.

Cette phrase simple, vous n’avez plus le droit de l’écrire. Cette phrase simple est une sorte de « point Godwin » de l’économie en France, le point extrême au-delà duquel la discussion n’est plus possible, la ligne de fracture absolue.

Chez un interlocuteur de bonne foi, cette phrase simple suscite l’incrédulité amusée, un peu comme si l’on racontait que l’on avait envoyé un fax, cherché une information sur minitel, renouvelé son abonnement à France Télécom. Un truc de vieux qui « décidément ne comprendra rien »

Chez un interlocuteur militant bien disposé, cette phrase simple suscite une avalanche de chiffres sur les gains de productivité, les allègements de charges, le temps de travail comparé dans les pays développés.

Chez un interlocuteur militant hostile, c’est l’anathème. Vous êtes la voix du patronat le plus rassis, c’est l’exploitation, les russes blancs, le commerce triangulaire.

Pourtant vous avez juste fait une opération.

Les 35 heures sont tellement inscrites dans notre vie que même les entreprises hésitent à en demander l’abrogation. Le MEDEF est-il vraiment clair sur cette question ? J’en doute.  l’UIMM, le porte parole de l’industrie, insiste sur les charges sociales, la flexibilité du contrat de travail, la refondation du dialogue social. Pas sur les 35 heures. Parce que beaucoup d'entreprises ont « fait avec », comme elles font avec les 2500 pages du code du travail. Parce que l’Etat accepte de payer des dizaines de milliards pour compenser la perte d'exploitation et qu'on ne fait pas toujours le lien, justement, avec les charges qui reviennent en boomerang. Ces 35 heures sont pourtant à l’origine de la smicardisation de notre société (les allègements de charge pour compenser s’arrêtent à 1,6 SMIC, et donc passer au-dessus devient une augmentation compliquée à gérer pour les entreprises), elles bloquent le pouvoir d'achat, mais les syndicats et les partis de gauche considèrent qu’il s’agit d’un acquis social.

 Voilà pourquoi rallumer cette guerre c’est rallumer une guerre de religion.

Vous pensez sincèrement que c'est le moment? 

M. Macron prend bien soin de ne pas prononcer le chiffre maudit, il préfère parler de "temps de travail et de rémunération", et l'on peut penser qu'il veut, comme ses prédécesseurs, continuer une discrète opération de détricotage entamée en 2008. Après tout, on n'est plus à un reniement près et bien des députés socialistes reconnaissent publiquement que l'abandon des heures supplémentaires défiscalisées était une erreur. Tout le problème des aménagements décidés au fil des années c'est qu'ils sont défensifs, le patronat voudrait que l'on passe à la phase offensive et que l'heure supplémentaire devienne une heure classique quand le carnet de commande le permet. Chacun comprend que l'on peut discuter là dessus, en restant tranquillement à l'ombre du totem des 35heures.  De même, le travail sur les effets de seuils est fondamental, l'amélioration des marges est à peine entamée.

Tout cela pour dire que c'est sans doute le signe ultime des blocages du pays et de la débilité, au sens propre, du dialogue social, mais un homme d’ Etat aujourd'hui en France doit encore s’inspirer d’Henry IV, entrer dans l’Eglise des 35heures comme on entre en religion, quelles que soient ses convictions, même s’il sait que 5 = 12,5% de 40 . 

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