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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


35h, Henry IV et la poule au pot

Publié par eco-vibes sur 3 Décembre 2011, 09:13am

C’est une opération des plus simples : 5 = 12,5% de 40. Si vous retirez 5 heures de travail par semaine et par unité de production à une entreprise qui en avait 40, vous lui retirez 12,5% de sa capacité de production. Si vous considérez que la production crée la richesse, vous retirez 12,5% de richesse.

Cette phrase simple, vous n’avez plus le droit de l’écrire. Cette phrase simple est une sorte de « point Godwin » de l’économie en France, le point extrême au-delà duquel la discussion n’est plus possible, la ligne de fracture absolue.

Chez un interlocuteur de bonne foi, cette phrase simple suscite l’incrédulité amusée, un peu comme si l’on racontait que l’on avait envoyé un fax, cherché une information sur minitel, renouvelé son abonnement à France Télécom. Un truc de vieux qui « décidément ne comprendra rien »

Chez un interlocuteur militant bien disposé, cette phrase simple suscite une avalanche de chiffres sur les gains de productivité, les allègements de charges, le temps de travail comparé dans les pays développés.

Chez un interlocuteur militant hostile, c’est l’anathème. Vous êtes la voix du patronat le plus rassis, c’est l’exploitation, les russes blancs, le commerce triangulaire.

Pourtant vous avez juste fait une opération.

Les 35 heures sont tellement inscrites dans notre vie que même les entreprises hésitent à en demander l’abrogation. Le MEDEF est-il vraiment clair sur cette question ? J’en doute.  l’UIMM, le porte parole de l’industrie, insiste sur les charges sociales, la flexibilité du contrat de travail, la refondation du dialogue social. Pas sur les 35 heures. Parce que beaucoup d'entreprises ont « fait avec », comme elles font avec les 2500 pages du code du travail. Parce que l’Etat accepte de payer des dizaines de milliards pour compenser la perte d'exploitation et qu'on ne fait pas toujours le lien, justement, avec les charges qui reviennent en boomerang. Ces 35 heures sont pourtant à l’origine de la smicardisation de notre société (les allègements de charge pour compenser s’arrêtent à 1,6 SMIC, et donc passer au-dessus devient une augmentation compliquée à gérer pour les entreprises), elles bloquent le pouvoir d'achat, mais les syndicats et les partis de gauche considèrent qu’il s’agit d’un acquis social.

 Voilà pourquoi rallumer cette guerre c’est rallumer une guerre de religion.

Vous pensez sincèrement que c'est le moment? 

M. Macron prend bien soin de ne pas prononcer le chiffre maudit, il préfère parler de "temps de travail et de rémunération", et l'on peut penser qu'il veut, comme ses prédécesseurs, continuer une discrète opération de détricotage entamée en 2008. Après tout, on n'est plus à un reniement près et bien des députés socialistes reconnaissent publiquement que l'abandon des heures supplémentaires défiscalisées était une erreur. Le travail sur les effets de seuils est fondamental, l'amélioration des marges est à peine entamée.

Quoi qu’on en pense, un homme d’ Etat aujourd'hui en France doit encore s’inspirer d’Henry IV, entrer dans l’Eglise des 35heures, même s’il sait que 5 = 12,5% de 40 . 

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Alain Marc Chaumet 04/12/2011 11:16

Attention au simplisme des évidences ; celle-ci ressemble à l'arbre qui cache la forêt; toujours preneur d'une auto-interview de votre part sur ce sujet.

Alain Marc Chaumet 03/12/2011 16:26

Merci de soulever ce sujet mais...,
pourquoi comparer 35 heures à 40, chiffre en vigueur de 1936 à 1981, plutôt qu'à 39, (de 1981 à 1998), ou 48 (de 1919 à 1936), ou à 60 (1906, six jours et 10 heures par jour) ? Que dire enfin des
70 heures d'activité hebdo menées aujourd'hui encore par des hauts fonctionnaires, des patrons d'entreprises,..., et, j'ai bien l'impression, par quelques journalistes, et d'autres encore.

Pourquoi ne pas comparer les durées annuelles moyennes des actifs à temps plein, ou le nombre d'heures travaillées/habitant, avec nos plus proches partenaires commerciaux, dont l'Allemagne ? Ces
chiffres me semble beaucoup plus significatifs quant à la réalité de la situation économique française et de l'emploi.

Pour aller dans le détail, avec des éléments que tous comprennent bien, salariés de tous niveaux, professions libérales, entreprises grandes et petites, etc, il faudrait largement s'interroger non
seulement sur la durée hebdomadaire, mais aussi et surtout sur la durée annuelle, la flexibilité journalière ou saisonnale ou encore en fonction du "carnet de commande" (au fait, comment nomme-t-on
le "carnet de commande" d'une infirmière libérale ou d'un policier du RAID ?), ainsi, bien sûr, que le "total travaillé tout au long de la vie".

C'est bien avec ces éléments que l'on peut caractériser l'état économique de la France au regard de l'emploi, et ce sont bien sur ces paramètres qu'il va falloir élaborer des consensus entre
entreprises et salariés pour aller chercher les points de croissance qui manquent, toutes choses égales par ailleurs.

J'apprécie beaucoup vos interviews du matin, qui poussent les invités dans leur retranchements, mais sans les déstabiliser ; aussi, sur ce point, que vous avez traité de manière très réductrice, je
vous suggère de procéder à une interview par vous-même, ce sera sans doute plus riche qu'un vague commentaire d'une sarçonnerie glanée en rase campagne.

Bien cordialement

eco-vibes 04/12/2011 09:13



mais justement, non! entrer dans une bataille de chiffres, secteur, annualisation, productivité, valeur ajoutée, c'est vous condamner à ne pas en sortir et refuser l'évidence d'un simple calcul.



AA 03/12/2011 15:58

Interessant. Nicolas Sarkozy est effectivement de mauvaise foi sur le sujet car il pourrait revenir sur les 35 heures.
Vous oubliez neanmoins que les 35 heures sont avant tout un probleme social : elles ont degouté les jeunes actifs de la valeur travail et les cadres passent maintenant leur temps a atte dre leur
prochain weekend de trois jours.
Le drame est là : nous ne voulons plus travailler.

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