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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Effroi

Publié par Stéphane Soumier sur 11 Avril 2014, 08:53am

 Je ne citerai pas l’endroit, parce que ce pourrait être partout en France, dans n’importe quelle chambre de commerce ou les notables se retrouvent autour d’un verre et de quelques macarons. On vient parler de l’export, devant quelques chefs d’entreprises qui ont eu l’audace de penser qu’il pourrait sortir quoi que ce soit d’intéressant d’une rencontre avec les institutions patronales. Parce que, soyons francs, on vient surtout parler de soi

Et c’est effrayant. Le président de la chambre monte à la tribune comme on faisait campagne sous la IIIème république, le ventre bas, l’air satisfait. Tout n’est que connivence, entre soi, « et mon cher président… et je remercie untel…et vous savez l’admiration que je porte à votre action… » interminable, il invente le concept du discours sans fin, avant de laisser la place à un autre important, plus important encore, celui-là dirige un organisme national d’aide à l’export, et nous assomme de banalités insondables sur la Chine Immense et l’Afrique très noire, avant, repu, de rendre hommage au ban et à l’arrière ban devant lui rassemblés.

C’est épouvantable et consternant. Et quand vont se lever les chefs d’entreprises audacieux pour poser quelques questions, on baissera la tête, on lèvera les yeux en attendant que ça passe. Et pourtant, en voilà un qui demande pourquoi on lui a fait dépenser des milliers d’Euros pour l’envoyer en Malaisie rencontrer de soi-disant clients qui ne savaient même pas ce qu’il vendait, en voilà un autre qui raconte que pas un banquier ne veut financer son projet pourtant intéressant. Grand classique me direz-vous, ah oui, mais c’est la suite qui l’est moins, parce que ce projet un business angel qui traîne là ses guêtres dit tout haut qu’il pourrait peut –être s’en occuper, provoquant le réveil soudain du président de la chambre qui s’était légèrement assoupi après son rendez-vous avec les idées reçues. 

« Je vais m’en occuper, je ne laisse jamais tomber les miens »

Les quoi ?

Oui, il a dit « les miens ». C’est un baron. Il se considère comme le suzerain des vassaux qui entreprennent sur ses terres. Et il le dit. Et il le dit fort. Et dans l’assemblée des costumes épais tout le monde trouve ça normal, applaudi même… ah, ce Prrrrésident, quel homme !

Oh, pour notre entrepreneur c’est formidable, ils vont aller voir le banquier ensemble, d’ailleurs il est là le banquier, dans la salle, tout sourire. Hier il aurait rigolé au nez de l’importun qui espérait un peu d’argent, demain, avec le « Prrresident » il va, royal, ouvrir une ligne de trésorerie.

Alors oui, je l'avoue, devant cette scène c’est un sentiment d’effroi qui vous saisit. Parce que cette assemblée satisfaite n’a pas la moindre intention de changer quoi que ce soit aux équilibres du pays.

Ce moment que nous vivons est un moment très particulier. Beaucoup d’entre nous ont compris que nous assistions à la fin du modèle de croissance né de l’après-guerre.  Depuis 20 ans, à coups tantôt de rabotage, tantôt de niches fiscales, les différentes majorités maintiennent l’illusion. Mais on est au bout.

Les solutions sont écrites dans des centaines de livres et de rapports, mais où sont les leviers pour le faire? On s'agite, on brasse, sans rien changer de fondamental, remettant, par exemple, aux calendes grecques, une réforme territoriale pourtant déjà tellement décrite qu’il n’y a plus qu’à appuyer sur le bouton. Et l’on voit, à chaque idée nouvelle, l’ensemble des représentants politiques et syndicaux prendre des poses de circonstances et nous jouer, qui le théâtre de l’approbation vigilante, qui la scène de la révolte qui couve.

Mais en fait il ne se passe rien. Les insiders protégés par le système sont trop puissants pour espérer le remettre en cause. Alors on joue sur les marges et l’on rajoute un R majuscule à la moindre évolution insignifiante.

Pendant ce temps s’enclenche un compte à rebours terrible : le Cereq a regardé ce qu’étaient devenus les 700.000 jeunes sortis du système scolaire en 2010. Tout parcours et diplômes confondus. 25% d’entre eux n’ont pas intégré le moindre emploi.

J’en ai imaginé quelques-uns dans mon assemblée de notables satisfaits. Et oui, j’ai pris peur.

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Philippe DEWOST 12/04/2014 22:56

C'est aussi bien écrit que c'est désagréable à méditer... Heureusement, pendant ce temps la, des PME totalement sous les radars convainquent, avec seulement 13 ingénieurs, le patron de la Fondation
Open Compute d'implanter leur centre de certification européen à Paris Saclay http://j.mp/opencompute-SDS

Robert Branche 12/04/2014 18:34

Merci pour ce billet qui illustre la réalité française et montre la profondeur des changements à entreprendre.
Il est urgent d'agir chacun ici et maintenant pour ne plus accepter ce qui ne doit pas l'être...

DIDIER REINACH 12/04/2014 16:27

Excellent post... Les effets de la royauté de l'empire ne sont toujours pas dissipés...

Cyril Hullin 12/04/2014 13:06

Honte à nos administrations et à nos hommes politiques ignares ou incompétents (et certainement sans aucun courage ni vision). Ça me rappel une grand messe organisée à Bercy sur la création
d'entreprise ou un fier ponte de je ne sais quelle administration s'enorgueillait du fait qu'il y avait plus de 850 aides publiques possibles pour les jeunes PME. Et ces gens là sont en effet si
fiers...

Rose 11/04/2014 19:02

M.E.R.C.I !!! ouiiiii les "INSIDERS" sont partout, et pas uniquement dans la politique. Agrippés à leurs privilèges, barrant la route à ceux qui veulent bousculer le système, ceux qui prennent des
risques et qui osent rêver ...

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