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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Laissez les agences en paix. La saga des triples B

Publié par eco-vibes sur 13 Novembre 2011, 05:17am

J'avoue avoir du mal à comprendre ce que l'on reproche aux agences de notation. Conflits d'intérêts, erreurs grossières, manque de transparence? Bienvenue sur terre!

On rappelle assez peu que la puissance des agences de notation est toute récente. Notamment vis à vis des  Etats.

C'est  l'Australie qui a remis les agences dans le jeu, au milieu des années 80. Elle est alors aux prises, depuis 10 ans, avec une crise économique et financière dont elle n'arrive pas à sortir et le gouvernement demande aux agences un audit complet pour lui permettre justement d'emprunter sur les marchés internationaux. Le verdict sera violent, à tel point que le ministre des finances de l'époque Paul  Keating, dans une itw qui est à l'histoire australienne ce que le 18 juin est à l'histoire de France (14 mai 86) dira que si le pays ne se réforme pas dans l'urgence, il aura l'avenir d'une "république bananière". L'Australie va se réformer, privatisation, dérèglementation, baisse des droits de douane, faible taux d'intérêts... etc... loin de moi l'idée d'être spécialiste de l'économie australienne, disons d'un mot, après avoir beaucoup lu, que le pays a eu, en plus, beaucoup de chance quand le décollage du marché des matières premières a pris le relai au début des années 2000. 

Mais tout est dit dans cette histoire: il n'y a tout simplement pas de sujet! Les agences n'interviennent qu'à la demande d'un client. Libre à vous de vous en passer. Elles donnent un verdict qui, à la différence de celui du FMI, n'a aucune conséquence pratique. Ce sont les investisseurs qui décident d'en tenir compte. Ils le décident, et l'ont toujours décidé librement. Fermez le ban. Tenez, une seule référence dans la masse vertigineuse de ce qui a été écrit depuis 2008, les travaux de l'universitaire Yasmine Guessoum, je cite :

 

« L’avantage décisionnel qu’offre la notation aux agents économiques, est incontestable. En effet, les organismes  de  rating  publient régulièrement  une évaluation des  risques, dispensée  sous  forme  de

notes alphabétiques  ou numériques,  simples à interpréter, synthétiques et  directement  accessibles.

Elles sont  souvent  accompagnées  de  rapports  explicatifs,  complétant les  études  de  marché et permettant  de  procéder  à  un  arbitrage entre  risque et  rendement.  Il  s’agit  donc  d’un  instrument tactique, tant  pour  les  créditeurs  (investisseurs, banquiers,  exportateurs), que pour  les  débiteurs (émetteurs  de  titres,  importateurs).  Le  contenu informationnel  du  rating  permet  ainsi  aux  agents pouvant subir le risque pays mais aussi à ceux qui en sont à l’origine, de mieux l’appréhender.

Pour conclure, rappelons que si les agences de notation estiment le risque, elles ne prévoient pas sa réalisation.  Il  faut  donc  prendre  les ratings  comme  une  sorte  de compte-rendu  de  la  situation politique et économico-financière  d’un pays.  Or,  la  plupart  des  opérateurs sur les marchés internationaux les utilisent pour orienter leurs transactions, influençant directement la situation des pays et indirectement le rating des agences : un cercle vicieux est instauré »

 

http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/guessoum_nice.pdf

 

 

Même cercle vicieux que l'utilisation des sondages en politique. Allez lire ce court travail universitaire, on vous redonne les grilles de notes des différentes agences: il y a plus de dix crans de dégradation possible dans la catégorie investissement!! Vous pouvez être dégradé 10 fois et garder une qualité encore tout à fait satisfaisante pour les investisseurs. D'où vient ce psychodrame pour un AAA? 

Il vient de nos faiblesses évidemment. Parce que nous n'avons pas besoin des agences de notation pour savoir que nous avons des efforts terribles à accomplir, nous ne supportons pas qu'elles nous le disent. Parce que notre incompétence a fait de ce AAA un enjeu politique majeur.

 

De même vous verrez dans ce mémoire que S&P privilégie une approche plus politique. Ce n'est pas une "black box"; elle le dit, l'explique, le revendique. Et c'est bien parce que le personnel politique américain a donné un spectacle désastreux au début du mois d'août sur le relèvement du plafond de la dette, que l'Amérique a été dégradée. Quel geste d'ailleurs!!  ça ne vous bluffe pas? Ce courage là ne compense-t-il pas tous les Enron de la terre? C'est bien parce que notre gouvernement est incapable de constance dans sa politique de rigueur que nous risquons la même sanction.

 

Encore une citation, je la dois à Fabrice Quinet, conseiller pour les investissements étrangers à Bruxelles. Pour se défendre les agences de notation disent souvent que leur domaine relève plus de l'art que de la science. Il cite André Maurois en réponse: "une œuvre d'art n'expose pas une vérité préétablie, elle incarne une vérité vécue"

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 

 

 

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