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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Le roman de Mario Draghi

Publié par eco-vibes sur 2 Novembre 2011, 17:51pm

 

 

 

Première conférence de presse du nouveau patron de la BCE demain: on peut tenter de raconter ça comme un roman. Et comme on a le melon, on va aller chercher Balzac. Le grand XIXème, et ce fils de négociant de province qui monte à Paris séduire la comtesse.

C'est ça l'enjeu pour Mario Draghi. Son péché c'est d'être Italien. Tous ceux qui pourraient trouver ça ridicule ne lisent pas le Bild, croyez-moi sur parole, ça vous évitera cette épreuve.

La comtesse, c'est la Bundesbank. Dieu qu'elle est belle. De ces beautés froides et imprenables. Dieu qu'elle est riche. De ses richesses qui vous permettent de racheter l'Europe.

Ce qui est fantastique c'est que Mario Draghi sait ce qu'il doit faire pour la séduire, dès son premier bal. Elle aime la rigueur, elle aime les meubles de vieux chêne à peine verni, quelque chose d'authentique et de dur, quelque chose qui impose l'effort.

Bon, difficile de filer plus loin la métaphore, mais l'idée est là. Draghi trouve en héritage des taux d'intérêts objectivement trop élevés. Héritage de Trichet. Il les a relevés au plus mauvais moment, sans doute d'ailleurs déjà pour calmer la Bundesbank, pour lui montrer qu'il avait beau, lui, être français, il ne laisserait pas s'imposer la langueur.

Or tous les indicateurs d'activité qui tombent depuis maintenant trois semaines disent la même chose, la situation se rétracte en Europe, et elle le fait vite. Un peu d'air sur les taux d'intérêts serait important.

 

Oui, mais c'est son premier bal, demain. Et Mario Draghi hérite aussi d'une situation de crise sans précédent, crise dont il détient une clé: une annonce demain qu'il est prêt à racheter de manière illimitée la dette italienne aura sur les marchés l'effet d'un incroyable coup de tonnerre. D'un coup s'éteindrait la spéculation sur l'Italie, d'un coup s'apaiseraient les tensions systémiques sur la zone Euro.

La Bundesbank considère que c'est un sacrilège. Elle qui l'a pourtant fait lors des crises monétaires des années 90, ne veut plus entendre parler d'une institution qui sauverait la mise de gouvernements volages.

Formidable défi! Rien n'empêche Mario Draghi de se lancer dans cette phase de rachat massif. La banque centrale européenne a dans son bilan 10 fois moins de dette publique que la réserve fédérale américaine, elle pourrait quasiment racheter l'intégralité de la dette italienne. Les traités le permettent  "dans des circonstances exceptionnelles échappant au contrôle des Etats" (article 122-2  du traité de Lisbonne qui contredit en fait le 125 du même traité qui interdit le renflouement d'un Etat par la BCE). Force est de constater que la folie financière actuelle échappe au contrôle de l'Italie.

 

Rien ne l'empêche, sauf qu'il faut séduire cette Bundesbank avec laquelle il devra travailler. Ou bien au contraire, choisira-t-il de lui dire, dès demain, qu'il est lui, le seul maître?

Bon dieu ! Qui pouvait imaginer qu'une décision de politique monétaire soit à ce point romanesque

 

 

 

 

 

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