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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Les immigrés, le dimanche, le travail...

Publié par Stéphane Soumier sur 19 Octobre 2013, 09:39am

C’est un slogan qu’on n’entend plus. Je m’en faisais la réflexion récemment, en me demandant pourquoi. Est-ce qu’on aurait compris quelque chose ? Ou bien l’argument serait-il devenu indicible ? Recouvert par une chape de politiquement correct et les efforts de normalisation de l’extrême droite.

Les arguments surréalistes échangés au moment de l’épisode « travail du dimanche » apportent une réponse bien triste : le raisonnement économique n’a pas progressé d’un poil, et comme on disait hier que les immigrés venaient prendre le pain des français, on dit aujourd’hui que plus d’achats le dimanche, ce sera moins d’achats dans la semaine.

Provocation !!

En partie seulement.

Le slogan évoqué dès la première ligne c’est donc bien celui-là : « les immigrés prennent le travail des Français ». Dans les années 70 il était affiché partout sous les ponts des nationales, les murs des zones industrielles. Mais déjà, la manière de le combattre était bien étrange. Personne, alors, n’avançait qu’un homme qui travaille, peu importe son statut, crée de la richesse, et, même, très cyniquement, s’il est illégal, exploité, en crée beaucoup plus qu’il n’en récupère. Non, on disait alors que les immigrés faisaient les travaux que les français refusaient. Le chômage était alors une menace plus qu’une réalité, on pouvait encore prétendre « choisir ». Mais l’idée qu’un travail supplémentaire, créant une richesse supplémentaire donc un revenu supplémentaire, qui serait dépensé, créant un nouveau besoin de travail etc… cette idée là, cette idée de croissance, jamais n’était émise.

En cela, je réalise que l’affaire du dimanche relève rigoureusement de la même logique. Le patron du groupe de distribution de pneus Point S, par exemple, s’élève contre le travail du dimanche. Pourtant Point S est une franchise importante, occupant une position forte dans un segment spécialisé, pas le commerçant de quartier qui se dit qu’on ira acheter la viande le dimanche chez Carrefour. Non, il a une conviction «  les consommateurs n’ont pas plus d’argent à dépenser et les commerces feront le même chiffre sur 7 jours, que sur 6 précédemment »

L’idée que l’on pourrait changer ses pneus plus souvent lui semble totalement saugrenue. Il a le sentiment d’être sur un marché limité où sa croissance ne viendra que des parts de marché qu’il gagnera sur ses concurrents. (1)

De même que le Front National a l’idée d’un marché du travail limité et que les immigrés, par du dumping social, viennent gagner des parts de marché au détriment des français. 

Pourquoi est-ce que je m’échine à faire ce parallèle ? Pour essayer de démontrer l’absurdité de ce raisonnement. Pour convaincre, au moins quelques lecteurs de bonne volonté, de réfléchir autrement aux processus de croissance.

Oui, on peut penser qu’un étudiant qui travaillera le dimanche, ira dans la semaine dépenser une fraction du revenu supplémentaire qu’il aura gagné. Oui, on peut penser qu’un taux d’épargne de 16% en France, le plus fort d’Europe, n’est pas seulement le fruit d’une angoisse existentielle, mais bien le résultat des freins qui pèsent sur le commerce.

Mais surtout, on peut le penser, comme une idée généreuse, comme une idée de partage, vous voyez, comme celle de l’accueil d’immigrés qui viendront nous enrichir collectivement.

Ce petit billet n’a pas d’autre objet.  

 

(1) il se trouve que j'habite au sommet d'une longue rue très pentue, parfois dangeureuse l'hiver. Plusieurs années de suite j'ai pensé équiper ma petite voiture de pneus neige. Et bien, l'offre est à ce point inaccessible que j'y ai renoncé. J'en sais plus sur les horaires d'ouverture des principales franchises de pneus que sur la vie de Saint Louis. Ce qui, vous en conviendrez, est affligeant.

 

 

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