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Le blog de Stéphane Soumier

Le blog de Stéphane Soumier


Tuons Groupon (avant qu'il ne nous tue)

Publié par eco-vibes sur 5 Novembre 2011, 10:38am

 

C'est une des clés du nouveau monde: reprendre le contrôle du prix! Et l'idée c'est que c'est enfin possible.

 

Allons-y grossièrement: la Chine est sans doute au bout de ses capacités à faire baisser les prix. Il y a 18 mois,  les hommes qui se sont jetés du haut des toits de Foxconn (le plus gros sous-traitant au monde de l'industrie high-tech) ont sans doute davantage changé le monde que les terroristes du 11/09. Les hausses de salaire qui ont suivi sont difficiles à évaluer mais dépassent de loin les gains de productivité. L'autre mouvement de fond, le mouvement de délocalisation de l’industrie vers l’ouest de la Chine, est complexe à gérer, socialement et politiquement. On ajoute à cela la hausse des matières premières, et l'on comprend que les temps sont murs pour arrêter la destruction de valeur.

 

Les temps sont murs mais nous ne le sommes pas. Le culte politique du moment, c'est celui du pouvoir d'achat, et l'on applaudi donc à la naissance de ce cancer de la consommation que représente Groupon et ses amis. Cancer, oui : dérèglement d'un mécanisme vital. 

 

Le principe est de s'appuyer sur les réseaux sociaux pour donner de la puissance aux offres promotionnelles. Dans les faits, cela amène le consommateur à ne plus vivre qu'au rythme de ces offres promotionnelles.

 

Car on les trouvera toujours, on trouvera toujours des commerçants et des industriels à l'agonie prêts à tout sacrifier pour arracher quelques semaines de trésorerie, on les trouve même davantage encore en temps de crise. Les autorités politiques elles-mêmes participent au mouvement, des opérations comme "les essentiels de la rentrée" obligent les distributeurs à de nouvelles pressions sur les marges industrielles. Personne n'explique que ces gains de pouvoir d'achat artificiels détruisent en fait les salaires. La proportion des salariés français payés au SMIC a quasiment doublé en 20 ans (en gros 8% dans les années 90, 15% aujourd'hui nous dit l'INSEE). Le poids des 35hs est évident, mais le lien avec la disparition de l'emploi industriel l'est tout autant (seuls les gains de productivité permettent d'augmenter sainement les salaires, ils sont compliqués à trouver quand on vend des glaces aux touristes ou que l'on fait les lits des chambres d'hôtels), emploi industriel justement victime de cette guerre des prix.

 

Un certain nombre d'entreprises trouvent la parade, l'exemple de la friteuse sans huile de SEB est sans doute le plus spectaculaire, permettant de multiplier par quatre les prix de vente, et d'en vendre à ce jour plus de 4 millions (parce que l'innovation est directement utile etc... mais ce n'est pas le propos de ce billet). La riposte est donc possible.

 

Nous consommerons moins?? Et alors, cette consommation est à l'égal des dettes que nous avons accumulées: la certitude de notre déclin futur. Houellebecq a même décrit parfaitement le sentiment de "déception" qui accompagne maintenant l'achat d'un produit manufacturé victime d'une politique de réduction de cout à chaque étape de sa fabrication.

 

Il ne tient qu’à nous de résister, l’ambiance du moment le permet. Retour au principe de réalité, politique de ré industrialisation, relocalisation décidée par de plus en plus d’industriels. A condition de détruire à coups de pelle ces excroissances effrayantes des réseaux sociaux

 

Ps : un lien précieux sur Foxconn :

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Foxconn#Recensement_des_suicides_av.C3.A9r.C3.A9s_dans_les_usines_de_l.27entreprise.

 

 

 

 

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Geoffroy 23/11/2011 18:04

Cher Stéphane,

Je souhaite tout comme vous que le système mis en place par les acteurs comme Groupon meure de lui-même, mais ne partage pas l’ensemble de vos arguments.

Depuis quelques années, et notamment le passage à l’euro, le prix perçu par les français d’un certain nombre de bien et services a fortement augmenté pour des raisons rarement identifiées. Je suis
par exemple toujours stupéfait de l’évolution du prix du pain au chocolat dans les boulangeries ces dix dernières années (c’est mon petit baromètre perso).

L’apparition de sociétés comme Groupon et avant elles des sociétés de ventes privées ou la tendance encore plus ancienne du low cost montre bien qu’il y a une attente forte des consommateurs à
accéder à des biens et des services à un prix jugé plus raisonnable.

Le dérèglement du mécanisme vital est à l’œuvre quand nombre de sociétés commerciales, petites ou grandes, augmentent leurs marges de manière importante en surfant sur la croissance de
l’endettement public comme celui des particuliers. Quant aux entreprises qui choisissent de travailler avec Groupon, en prodiant Montesquieu on peut dire qu’elles ont les partenaires commerciaux
qu’elles méritent ?

Enfin, si l’expression « être au SMIC » n’a pas changé, il faut quand même noter que sur les 20 ans dont vous parlez, celui-ci a augmenté de plus de 80% quand l’inflation n’était que de 39% (source
INSEE).

Je ne crois pas que l’emploi soit une matière qui se préserve, mais une matière qui se crée. Investissons donc plus d’efforts dans la mise en place des conditions de la création de nouveaux emplois
que dans la préservation d’emplois de toutes façon condamnés !

ssoumier 23/11/2011 16:54

quelques lignes de plus puisque visiblement le post n'est pas assez clair

Le fait que vous ne compreniez pas, est finalement symptomatique d’un monde économique qui a perdu ses repères. Détruire les prix n’enrichit personne, absolument personne. A commencer par les
Chinois. Ils sont en train de perdre la course aux prix. Je ne refais pas le couplet sur FOXCONN, mais vous avez peut-être entendu que les sous-traitants de Nike et d’Adidas en Chine sont en grève
parce qu’ils soupçonnent un projet de délocalisation de leurs usines vers l’ouest. Pour produire moins cher. Et quand on aura touché les montagnes du Pamir, on ira où ? La Thaïlande, l’Indonésie ?
C’est en cours, mais les tensions seront très vite les mêmes.
Le fait que vous ne compreniez pas prouve que les industriels ont perdu toutes les batailles dans ce pays, même la plus élémentaire, celle de la valeur des choses. Un industriel vous le dira : « on
peut toujours faire un prix ». Parce que vient une échéance de trésorerie, parce qu’il faut faire la paye, on peut toujours décider de brader deux jours, trois semaines, deux mois de production.
Jusqu’à présent, ce choix parfois désespéré n’avait pas grande conséquence. Vous pouviez brader un stock de pneus, ça ne dépassait pas votre zone de chalandise. Les réseaux sociaux viennent briser
cet équilibre.
Petit à petit, les consommateurs vont pouvoir passer d’une promotion à l’autre, et ne plus jamais avoir à payer une valeur de marché qui préserve le salaire et l’investissement. On peut même
penser, et c’est d’ailleurs pourquoi Groupon est retombé sur son cours d’introduction, que ces systèmes de promotion vont se faire concurrence entre eux. Celui qui croira pouvoir limiter sa
réduction à 20% se trouvera face à la concurrence du désespoir, des entreprises qui baisseront leurs prix de 50%, 60% où est la limite ?
Le gain de pouvoir d’achat n’est alors qu’une illusion. Et c’est là le point le plus important. La conséquence la plus dramatique de la disparition de l’industrie, c’est la smicardisation de la
société française. Ce que vous croyez gagner en pouvoir d’achat en achetant moins cher, vous le perdez en fait en salaire, parce que ce que vous produisez n’a plus de valeur. C’est clair, non ?
Avec l’industrie disparaît l’ouvrier qualifié, celui qui pouvait justifier des hausses de salaires par des gains de productivité. La crise des classes moyennes est une crise industrielle. Dans les
services le processus est encore plus effrayant, parce que le seul gain de productivité quand vous faites les lits dans les chambres d’hôtels, c’est de le faire plus vite. C’est le stress, c’est le
management à la schlague. D’ailleurs ce qui est très intéressant, c’est que le low-cost a touché ses limites dans les services. Parce que les consommateurs constatent en direct la dégradation du
produit qu’ils achètent et peuvent exprimer directement leur mécontentement. La firme UCAR par exemple, dit clairement à ses équipes que le prix ne suffit plus, parce qu’elle est au plancher, face
à la concurrence frontale de la grande distribution, et que le respect du client va redevenir une valeur à la mode. Pour l’industrie, les processus sont plus insidieux et de toute façon la bataille
semblait bel et bien perdue.
Aujourd’hui, et c’est tout mon propos, et c’est pour cela que Groupon émerge au plus mauvais moment, Aujourd’hui donc, du fait de ce qui se passe en Asie, du fait des hausses structurelles des
couts de l’énergie et des matières premières, il y a une chance historique de reprendre le contrôle du prix industriel. Encore faut-il que la puissance des réseaux sociaux ne se mette pas au
service d’une nouvelle vague de destruction

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