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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 08:10
Enfumage

L’obligation du détecteur de fumée est une pure opération de racket à 1 milliard qu’il est largement temps de dénoncer

Elle est ahurissante de bout en bout cette histoire de détecteur de fumée. Ahurissante mais inattaquable. Pensez donc, « vous voulez faire mourir les enfants M. Soumier ! Vous êtes irresponsable »

Qu’est-ce que c’est que cet argument ? Parce qu’alors on arrête tout. Descendez-les des mobylettes, des skis, des rollers, des vélos, des poneys, les gamins. Comprenez-moi, que l’on éprouve le besoin d’installer chez soi un détecteur est parfaitement légitime et sans doute utile mais d’où vient cette idée que l’état nounou serait en charge chez moi de la sécurité passive de mes enfants ? Qu’il s’occupe de la maltraitance, de l’abandon, des coups, évidemment, mais il veut surveiller ce que je leur donne à manger aussi ? La lâcheté du mac do du dimanche soir, pas bon pour le diabète ça. Il vient quand le détecteur dans le frigo ?

Ah oui, mais vs comprenez ce sont les pompiers qui doivent prendre des risques après. Parlons-en. Ils dépriment les pompiers. Vous ne le savez pas ? A peine 8% de leurs interventions sont consacrées au feu. En fait, il est en train de disparaître de notre environnement, l’incendie. A tel point que dans les endroits recevant du public et soumis à des règles très strictes, les tensions sont fortes sur les normes. Ah, vous les verrez les détecteurs, ce que vous ne savez pas c’est qu’ils ne sont plus reliés à rien. Que les rondes des agents de surveillances s’espacent. C’est là que ça devient dangereux d’ailleurs, c’est toute l’ambiguïté des normes absurdes. Comme vous vous croyez protégé, vous prenez des risques que vous ne prendriez pas normalement. Mais comme les systèmes dysfonctionnent (parce que plus personne n’a peur), les risques redeviennent réels.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. C’est que cette histoire m’énerve un peu, vous l’aurez compris.

Donc on assiste à une petite opération de racket, que l’on doit devoir à quelques lobbys influents dans le besoin, actant de chiffres il est vrai surprenants : moins de 3% de détecteurs de fumée dans les foyers français contre 89% en Angleterre, 95% aux Etats Unis. Un parc existant de 30 millions de logements, un prix moyen de 30 Euros, et hop un petit marché qui «représenterait a minima entre 600 et 650 millions € pour les fournisseurs (…) et susceptible de s’élever à plus de 900 millions € (…) un potentiel qui pourrait s’accroitre si le particulier choisissait judicieusement d’installer deux détecteurs» (sic !). On n’allait pas se refuser une petite norme à plus d’1 milliard, hein ?

Vous allez m’envoyer à la figure la douleur des victimes ? Elle est insupportable. La brûlure est sans aucun doute la pire des blessures, le feu le pire des traumatismes. Mais désolé, c’est justement d’utiliser cet argument, dans ces circonstances purement mercantiles qui est insupportable.

Parce que le législateur lui-même n’est pas dupe : « Aucune sanction n’est actuellement prévue par la réglementation en cas de non installation du détecteur de fumée », mieux : « la compagnie d’assurance ne peut d’ailleurs pas se prévaloir du défaut d’installation du détecteur pour s’exonérer de son obligation d’indemniser les dommages causés par un incendie ».

Elle est pas belle la norme ? Ce n’est pas une forme d’aveu ?

Et l’on va voir gonfler une petite bulle, tranquille. Je reçois des mails de jeunes entrepreneurs enthousiastes qui ont monté qui, le détecteur connecté, qui, le détecteur design, « M. Soumier, c’est génial, on ne peut pas fournir tellement il y a de demande, on est en train de courir derrière le stock »

Cours pas trop vite mon pote. Ton stock dans 6 mois il te restera sur les bras. D’ailleurs mon entrepreneur me dit que les banques ne veulent pas suivre pour lui fournir la trésorerie. Pas folles les guêpes, elles en ont vu d’autres.

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Published by Stéphane Soumier
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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 13:49
OMG! je vote Syriza

En parcourant la lettre grecque aux institutions européennes, je me demandais ce que nous serions nous capables de faire voter à l’Assemblée. Pas grand chose, en fait

Les premières lignes sur la politique fiscale passeraient « crème » comme disent les gamins

« s’assurer que toutes les sections de la société et particulièrement les plus nantis contribuent de manière juste au financement des politiques publiques ».

Pour le reste, ce serait beaucoup plus aléatoire

-« les autorités grecques vont revoir et contrôler la dépense publique dans tous les secteurs (par exemple éducation, défense, transport, collectivités locales, dépenses sociales) » (note de l’auteur : c’est le gouvernement qui cite ces exemples, et pas d’autres, ce n’est pas moi)

-« La Grèce prend l’engagement de continuer à moderniser son système de retraites » et « veut éliminer la pression sociale et politique qui pousse à partir en préretraite dans tous les secteurs de l’économie et particulièrement dans les banques et dans le secteur public, ce qui surcharge les systèmes de pensions » (…) « en apportant une assistance particulière aux travailleurs entre 50 et 65 ans » (note de l’auteur : oui, vous avez bien lu, 65 ans)

-« réduire le nombre de ministères de 16 à 10, réduire le nombre de conseillers spéciaux et les avantages des ministres, des membres du parlement et des hauts fonctionnaires »

Ensuite vient une partie très grecque, je la cite juste pour la philosophie générale du texte : -« collaborer avec la direction des banques et les institutions pour éviter les saisies des maisons des plus démunis, mais le faire avec l’esprit suivant : maintenir le soutien de la société pour le programme de réformes, empêcher une baisse supplémentaires des prix de l’immobilier (…) et promouvoir une forte culture de respect des échéances financières » (note de l’auteur : vous noterez que la dernière phrase ne manque pas de sel)

(je passe sur le chapitre privatisations où l’on insiste sur la volonté de respecter les intérêts de l’Etat, mais aussi pour l’Etat la nécessité de respecter sa signature, et donc les privatisations déjà réalisées ou en cours de finalisation ne sont pas remises en cause, la suite est intéressante:

-"adopter une approche particulière pour chacun des cas nouveaux à traiter, en insistant sur les partenariats de longue durée, les partenariats public-privé et les contrats qui ne maximisent pas seulement les revenus du gouvernement mais aussi les niveaux envisageables d'investissement privé")

Et j’en viens au chapitre sur le salaire minimum :

-« augmenter le salaire minimum de façon à respecter la compétitivité et les perspectives d’emploi » (aucun chiffre n’est précisé, mais vous noterez que les grecs, eux, font un lien entre l'emploi et le salaire minimum, laissant entendre, mais j'admets que ça n'est pas écrit, qu'un salaire minimum trop élevé est un frein à l'embauche) , que suit un chapitre sur la création d’un

-« better business environment » et sur la nécessité d’en finir « avec les rentes indues des professions réglementées » (sic)

10 petites lignes à la fin s’inquiètent des plus démunis, « absolute poverty », et tous, nous les signerions sans hésiter (« ensure that its fight against the humanitarian crisis has no negative fiscal effect »)

Ne vous méprenez pas. Ce n’est pas le récit d’une sorte de triomphe néo-libéral. Ce serait totalement inapproprié. Non, c’est la certitude qu’un jour on exigera de nous ce qu’on exige de la Grèce. Qu’une lettre comme celle-là, il faudra l’écrire. Qu'on en est incapable aujourd'hui.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 11:34
Les emplois Uber

Quelques jours pendant lesquels on a vu combien le travail se transforme. A nous tous d’en prendre la mesure

Parce que moi, ma semaine, elle a commencé avec une rencontre que je n’attendais pas. Exactement, dont je n’imaginais pas l’intérêt. Une rencontre avec le patron d’Elis. Vous connaissez Elis. Non? Alors, allez vous laver les mains, et vous lirez Elis sur le rouleau de tissu bloqué déjà humide où vous renoncerez à les essuyer, vos mains. Ok ? Vous y êtes ? Blanchisserie industrielle.

Et qu’est-ce que j’apprends en discutant avec le patron? J’apprends que le gars que je croise tous les matins et qui décharge son camion avec les draps de l’hôtel juste à côté, que ce gars-là est un agent commercial, un vrai. Qu’après le déchargement et la manutention il va voir le patron des services généraux de l’immeuble pour discuter du contrat, proposer de nouveaux services (vêtements de travail, fontaines à eau…) qu’il a été formé pour ça, qu’il dirige parfois une petite unité de business et qu’il est évidemment rémunéré en conséquence.

L’agent Securitas qui reste maintenant devant l’entrée de l’immeuble, lui, n’en est pas encore là, mais tout est en train de se mettre en place pour qu’il le soit. Il sera peut-être bientôt remplacé par une caméra, ça veut dire que l’entrée sera totalement blindée, et ça veut dire aussi qu’il sera lui, au chaud, dans un pc sécurité, à faire le même job, mais en surveillant une dizaine de sites à la fois. Non, ça ne fera pas des emplois en moins, ça fera des emplois en mieux. Ce qui est important c’est que ça va se négocier en partie avec lui, que les équipes de surveillances font maintenant les premiers audits sécurité et sont en mesure elles aussi de « vendre des solutions » au client avec lequel elles sont en contact permanent, et là aussi ce sont de nouveaux dispositifs de rémunérations qui se mettent en place (des partages de marges sur les contrats, complexes et bluffants). Mais en surveillant plusieurs sites, il fait baisser les coûts, rend l’offre plus abordable, et ça tombe bien puisque la demande de sécurité est en augmentation.

Et Macron dans tout ça

J’en viens à la loi Macron, et à ce culte industriel dont on ne veut décidemment pas sortir. Croyez-vous qu’on aurait eu les mêmes émois frondeurs si on avait dit que ce sont les usines PSA qui allaient tourner 7/7. Ce qu’elles ont déjà fait d’ailleurs. Chacun souhaite qu’elles le fassent à nouveau. Là c’est respect. La noblesse ouvrière.

Alors que le commerce…

Mais pourquoi refuse-t-on de considérer qu’à travers les Zones Touristiques Internationales, et plus encore à travers les Zones Commerciales, on va faire sortir de terre 10, 20, 30 usines tertiaires qui vont produire 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires ? Oui, 1 milliard, ce sont les Galeries, Boulevard Haussmann. Pensez que la Samaritaine, à deux pas, est fermée depuis plus de 10 ans ! Une usine à l’arrêt, la question aurait été réglée en 6 mois. Et arrêtez de me dire que « les gens n’ont plus d’argent », regardez le taux d’épargne qui ne cesse de croitre. Y en a du pognon, manquent les vendeurs pour le faire cracher !

Mais ce n’est pas mon sujet, parce que ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le mal que nous avons à admettre les mutations profondes de notre machine économique. Les chiffres du cabinet d’analyse Trendeo publiés ce matin par Les Echos sont très intéressants. On crée à nouveau des usines. Il y a moins d’ouvriers à l’intérieur. Ils ne reviendront pas. Jamais. Quand va-t-on l’accepter ? Un spécialiste de l’usine du futur me disait en souriant : « bientôt dans une usine il y aura un homme et un chien. Un chien pour s’assurer que l’homme ne touche à rien, un homme pour donner à manger au chien ». Je ferme la parenthèse, et reviens à mes équipes d’Elis et de Securitas : d’autres formes d’emplois sont en train de se développer, qui ne sont pas moins nobles que les anciens emplois industriels, qui offrent des perspectives passionnantes et de réelles carrières à ceux qui voudront les embrasser.

Non, nous ne sommes pas condamnés à un monde d’ingénieurs hyper qualifiés entourés de chômeurs désespérés. Pour peu que l’on regarde ces nouvelles formes d’emploi, toutes les formes d’emploi

Et Uber dans tout ça

Et j’en viens à Uber. Ça y est, la chasse est lancée contre Uber Pop. Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire, Uber Pop est manifestement illégal. L’idée, c’est que n’importe quel particulier prend sa voiture quelques heures et transporte n’importe qui n’importe où. Plus de licence, plus de contrôle, plus rien. Plus rien que du travail et de l’activité. C’est l’autre bout de la chaîne, l’autre aspect de ces nouveaux jobs qui partout sont en train de naître. Vouloir les bloquer, les interdire, c’est forcément entretenir le chômage de masse, parce que rien d’autre ne viendra prendre leur place.

« Ce ne sont pas de vrais emplois », 10 fois j’ai entendu ça cette semaine. L'économiste Patrick Arthus décrit très clairement ce qui est en train de se jouer: "au siècle dernier on a vidé les campagnes pour remplir les usines, avec des gains de productivité qui ont nourrit la croissance de l'après guerre, maintenant on vide les usines, vers les emplois de service et les Mc Donald's, et là c'est très inquiétant parce qu'on descend en qualification, et donc en productivité et donc en croissance. Il faut absolument arrêter cela". les pistes ouvertes aujourd'hui par les sociétés de service ébauchent une réponse et les "emplois Uber" viennent apporter des compléments de revenu.

En réalité, plus personne ne sait ce que sont de « vrais emplois », on peut tout juste décrire des formes de travail qui m’ont l’air de construire un bout d’avenir

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 08:54
Lâchez nous avec le Rafale

Le Rafale c’est un vieux monde, une vieille guerre, l’entente et les gros pardessus, l’entregent et les protections indues, et un système médiatique qui vit au 20ème siècle

Elle sent la naphtaline, la France du Rafale. C’est difficile à dire quand on fait des déclinologues ses principaux ennemis. On vient gâcher la fête. Mais bon dieu, qu’est-ce qui motive cette hystérie médiatique. Je dis médiatique, parce que je me demande très sincèrement si ça intéresse vraiment qui que ce soit à part les militaires, les ingénieurs en aéronautique et les journalistes, ce qui fait une population finalement réduite

On ne sait rien de ce contrat, mais on nous dit que c’est « une bonne nouvelle pour le contribuable », on bombarde en pure perte l’Irak depuis 10 ans mais on nous dit que c’est encore la guerre du XXIème siècle, on est sur les derniers feux d’un programme vieux de 35 ans, mais on nous dit que c’est le début d’une grande aventure.

En fait on vient de vendre notre dernier minitel, et on va nous en faire l’aventure économique du mois ? Il ya peu Stéphane Richard, le patron d'Orange, émettait l'idée saugrenue que Boeing avait été remplacé par Google dans les priorités de puissance américaines. La france du Rafale doit considérer que c'est un saltimbanque.

Je rajoute quelques lignes en apprenant que Paris a été survolé dans la nuit par une demi douzaine de drones. L'idée saugrenue qu'on aurait décidément une guerre de retard ne peut-elle pas venir agiter quelques cerveaux embués? Je vous raconte ma vie, mais je pense furieusement au débarquement des marines à Mogadiscio, Somalie, avec hélicoptères de combat et chars Abrams. J'y étais. Ils ont fini découpés dans une ruelle. Il y a 20 ans. Derrière ce fut une révolution stratégique fondamentale, parce qu'on sortait d'une première guerre du Golfe marquée, au contraire, par la toute puissance des bombardiers. Les américains comprenaient brutalement que ce serait la dernière.

Lâchez nous avec le Rafale

Et je ne parle pas des conditions politico-stratégiques. On en est à un tel point qu’on se dit que si la Corée du Nord avait émis l’idée d’en acheter un bout …

Bon, et alors ? Et alors j’aimerais que le récit quotidien de la vie économique soit davantage en phase avec ce qui fera notre croissance. Qu’on arrête de nous recevoir avec un sourire sceptique quand on dit que le premier créateur d’emploi en France est une boite extraordinaire de services à la personne, qu’on prenne à sa juste mesure l’incroyable performance d’ Hermès qui bat une nouvelle fois son record historique, qu’on arrête de tordre le nez devant les performances de Renault parce qu’on n’aime pas le design de la dernière Laguna.

Les technologies, les usages bougent si vite, tous les jours je reste saisi par ces mouvements immenses que me racontent les chefs d’entreprise, nos gamins ont un appétit insatiable pour l'aventure planétaire, arrêtons de leur projeter l’image d’un monde disparu

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 13:52
Et si Médecins du Monde se trompait ?

En tout cas, en attaquant le brevet de Gilead sur l’hépatite C, Médecins du Monde nous oblige à poser les bonnes questions

Et la première c’est bien celle de l’efficacité des traitements. Depuis quelques années, ces start up de la pharmacie que l’on appelle les Biotechs sont en train de résoudre à une vitesse considérable des problèmes importants de santé publique. Le patron de Genfit (spécialisé dans les nouvelles maladies du foie) nous expliquait la mécanique, entre une recherche fondamentale qui reste dans les laboratoires publics et la « big pharma » qui se concentre sur le marketing des molécules matures, les biotechs sont le chaînon indispensable, ultra risqué, qui permet d’aller de l’un, à l’autre.

Ultra-risqué, tout est là. A la sortie d’un labo de recherche, on a une piste, rien d’autre : premiers tests, effets secondaires, tout reste à faire, et les capitaux à engager sont considérables. La finance, le marché, a décidé de s’en occuper.

Non pas pour le bien de l’humanité. Elle s’en fout comme de l’an 40, mais pour des perspectives de rentabilité considérables. Je reprends l’exemple de Genfit, elle s’attaque à ce qui va devenir une épidémie dans les pays développés : une cirrhose du foie, non plus provoquée par l’alcool mais par l’abus de graisses. Les autorités de santé américaines considèrent que c’est une urgence. Le marché à 10 ans est estimé à 35 milliards de dollars (le prix des cirrhoses qu’on ne sait pas soigner), trois biotechs font la course, autant dire que Genfit, dans 10 ans, peut-être assise sur 10 à 12 milliards de revenus annuels.

« peut », tout est dans le peut. La finance le sait, et va s’acheter des tickets dans 5/10/15 biotechs, sachant qu’une seule, finalement arrivera au bout. Mais j’insiste, ces tickets sont des investissements importants, parce que c’est une course de vitesse on ne refuse rien aux molécules, les millions sont dépensés à une vitesse vertigineuse.

C’est là qu’on en vient à Médecins du Monde. Elle s’attaque à la rentabilité d’une molécule contre l’hépatite C. Vous en avez entendu parler, sous le nom commercial de Sovaldi… parce que la France n’a pas les moyens de se la payer ! Plus exactement, le traitement coûte tellement cher que nos autorités de santé la réservent aux malades les plus atteints, les autres peuvent attendre. C’est vrai. Et c’est peut-être une première réponse.

Médecin du Monde juge que la rentabilité de Gilead, le laboratoire qui commercialise cette molécule, est honteuse. C’est vrai, mais c’est là que c’est une erreur dangereuse.

Oui, les actionnaires de Gilead ont gagné au loto. Mais oui, le ticket qu’ils ont acheté a permis un traitement efficace à quasi 100% de l’hépatite C. L’erreur, c’est de calculer leur rentabilité sur cette seule molécule. Il faut en fait prendre en compte l’ensemble des recherches financées par les mêmes actionnaires (souvent des fonds spécialisés qui ne font que ça) qui ont avorté. Difficile.

Vous comprenez le danger. C’est bien cette perspective de rentabilité exceptionnelle, ce ticket de loto, qui nourrit la croissance des biotechs et leur permet d’avancer toujours plus vite. Y porter atteinte au nom d’une morale très relative, c’est prendre le risque de couper cette pompe à finance. On se congratulera en disant que l’on a fait reculer les spéculateurs, et on comptera les morts de la prochaine Hépatite C.

La question du prix de ces traitements est une sacrée question, l’une des plus importantes qui puissent se poser dans les pays développés frappés par le vieillissement. Penser la résoudre tapant sur les spéculateurs est sans doute la solution la pire. Oublier qu’ils sont à l’origine des solutions médicales que personne n’imaginait il y a quelques années. Ne vous inquiétez pas pour eux, ils trouveront leur rentabilité ailleurs.

Pour me faire comprendre je me permets un parallèle avec les matières premières alimentaires. Les mêmes idées généreuses ont amené les banques a totalement déserter ce terrain. On s’en félicite, on retrouve la stabilité des prix. Personne ne voit les milliards d’investissements qui auraient pu se déverser dans le secteur et qui ne viendront pas. Ils étaient pourtant la seule solution à l’autre grande question qui devrait nous hanter : nourrir correctement 9 milliards d’individus.

Les nourrir et les soigner. On est sur du lourd !

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 13:00

...on a une belle semaine devant nous. Deux questions importantes : la Grèce peut-elle trouver un porte parole crédible pour poser à sa place les bonnes questions qu’elle pose ? Que faire de la loi Macron ? Rien à voir ? Quoi que …

Parce que la Grèce a raison, mais qu’elle est inaudible. Celui qui a braqué la caisse est assez peu légitime pour dire qu’on pourrait mieux utiliser le pognon qui dormait dans le tiroir. Je résume, mais c’est à peu près ça. La zone Euro joue les fiers à bras en ce moment, faisant mine d’oublier qu’elle n’a réglé aucun de ses problèmes structurels. Aucun. Il y a toujours une totale incompatibilité entre les traités européens, leurs critères de convergence (déficit, dette etc…) et la réalité de l’endettement. S’il est supportable aujourd’hui, c’est que nous vivons sur le nuage d’argent gonflé par les banques centrales. Quand reviendra l’heure d’un fonctionnement économique un peu plus rationnel, en clair, quand les taux d’intérêts remonteront, nous redécouvrirons que les Grecs ne sont sans doute pas les plus à plaindre. Difficile d’imaginer que l’on puisse éviter une forme de mutualisation de cette dette, d’ailleurs dans les propositions de Varoufakis, on revoit ressortir les idées de « dette bleue-dette rouge » portée par le français Jacques Delpla, ou par… le conseil des sages que consulte le gouvernement allemand. Elles ont quatre ans ces idées, on n’a pas avancé d’un poil

Le problème c’est que la Grèce se fout de nous, évidemment. Si les Espagnols, les Irlandais tenaient le même discours, on écouterait. Sauf que les Espagnols et les Irlandais, ils ont l’impression d’avoir fait le boulot, l’idée d’offrir une porte de sortie aux Grecs, pire encore, d’assumer une partie de leur fardeau, est politiquement injouable.

Donc retour à la case départ. Mais le temps tourne

C’est là que déboule Macron. Que faire de cette loi ? Je ne sais pas pour vous, mais moi je change d’avis tous les jours. Tenez le permis de conduire, j’avais l’impression d’une défaite des libéraux en rase campagne. Et voilà que les auto écoles manifestent. Allons bon. Deux coups de fil, et les start upper type Ornikar me disent qu’ils sont effectivement ravis des ouvertures prévues par la loi… mais chuuut… faut pas trop que ça se voit, qu’ils puissent bosser tranquille. Dont acte. (Discrète avancée aussi sur les « actions gratuites » que l’on pourra de nouveau distribuer aux salariés dans des conditions fiscalement décentes, mais même chose, chut ! Pour les notaires, j’y arrive plus, j’ai renoncé à comprendre, mais je me demande de plus en plus s’il ne sagit pas d’un leurre pour faire passer tout le reste en douce...)

Là c’est quand même l’heure de vérité : la bataille du dimanche ! Oui ou non va-t-on laisser les touristes chinois déambuler l’âme en peine le dimanche sur les trottoirs déserts, ou bien va-t-on leur ouvrir les magasins ? Si c’est le préfet qui décide (zone touristique internationale), halleluïa, chaud devant, c’est l’open bar ! Si c’est le maire de Paris… pom, pom, popommmm… marche funêbre, la ville continuera de crever doucement sous l’œil satisfait de ses nouveaux maîtres. Macron face à l’attelage des frondeurs, des écolos et de Mme le maire. Eye of the tiger ! Rocky 4 !

Bon, le rapport avec la Grèce ? Le temps, camarades, le temps. Les banquiers centraux nous donnent du temps, et l’équation de la dette insoluble en période de stagnation devient plus simple à résoudre avec un peu de croissance. Or, on va pas se refaire, nous sommes un certain nombre convaincus que les réformes sont les clés de la croissance, moins d’ailleurs par leur impact réel et mesurable que par l’ambition qu’elles pourraient diffuser et l’idée, mille fois répétée, qu’un chef d’entreprise n’a finalement besoin que d’une étincelle, parfois, pour investir. Macron qui résiste sur la bataille du dimanche, Valls qui vient le soutenir, et c’est peut-être une digue derrière laquelle on peut espérer se sentir un peu à l’abri… allez… en faisant un effort

Comme quoi, mine de rien, belle semaine

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 12:29
Reprenons l’exploitation des riches

Dernier stade de l’évolution du gouvernement, après « j’aime l’entreprise », c’est l’heure de « j’aime les riches », matière première du nouveau siècle

Ainsi périt la taxe à 75%. Elle est morte de sa belle mort dimanche dernier et je rêve d’une cérémonie, place de la bourse, où le gouvernement viendra dire combien il s’est fourvoyé dans le respect de promesses absurdes lancées à l’emporte-pièce.

Car c’est bien l’heure de radicalement changer de braquet, et tels les jésuites, remarquables tenanciers de bordel, d’élever le riche au rang de trésor national

Car de quoi parle-t-on ? Des puits de pétrole du XXIème siècle. Le nombre de milliardaires a battu un nouveau record en 2014, et si l’on comprend Thomas Piketty, ça ne risque pas de s’arrêter. Il ajoute d'ailleurs que les riches deviennent mécaniquement de plus en plus riches. Fort bien, profitons-en!

Alors, deux, trois notions essentielles : le riche se développe à l’air libre, mais à la différence du mouton, le tondre provoque chez lui des maladies mortelles, et d’ailleurs, le riche évite sagement les contrées où il peut courir ce risque.

Il faut donc lui constituer un environnement stable, fait de garanties juridiques et d’endroits propices à son développement. Or les endroits, on les a. Tous ceux qui ont voyagé savent que Paris n’a pas d’équivalent dans le monde, malgré les efforts déployés depuis quelques années pour le rendre inhabitable. On n’efface pas comme ça 10 siècles d’histoire. Ce biotope est un atout majeur

Mais c’est après que ça devient sérieux, car une fois qu’il s’est installé, le riche offre un potentiel de croissance considérable, durable, et bien plus efficace que les gaz de schistes.

On raconte qu’une des ruptures de l’affaire Bettencourt, c’est la réaction de Liliane sur une ultime demande de Banier pour se faire construire une piscine, 3 millions d’Euros. « Là, ça suffit » aurait dit la veuve. Et pourtant, elle m’intéresse cette piscine. Parce que c’est une raffinerie.

Vous l’imaginez ? D’abord viennent les architectes, puis les artisans, maçons, décorateurs, enfin l’entretien. Voilà. Vous avez là tout ce dont une société à besoin, métiers hautement qualifiés à forte marge, et emplois non délocalisables nécessitant peu de formations. Ils servent à quoi, sinon, ces 3 millions ? A dormir dans des SICAV monétaires pour nourrir l’endettement d’états irresponsables, à nourrir la hausse des prix de l’immobilier haussmannien? Et de même que la raffinerie transforme en essence un pétrole dont on ne sait que faire, la piscine de Banier transforme en emplois, un argent qui sommeille

Ce qui veut dire que le tout n’est pas d’attirer le riche, il faut l’aimer, et lui donner des preuves d’amour pour qu’il n’ait plus envie de se cacher mais qu’il dépense à foison, assumant la mutation économique que nous sommes en train de vivre et que décrit ainsi mon confrère Emmanuel Lechypre : la fin d’une ère de production et d’accumulation, pour une ère de mieux vivre et de culte du moi.

Bon, on peut en plaisanter, et puis on peut aussi se dire qu’il est complètement dingue, avec ces atouts culturels, historiques, géographiques, que l’on renonce à devenir le paradis des riches, complètement dingue que la terre d’LVMH et d’Hermès ne soit pas le havre des fortunes émergentes, complètement dingue que l’on ne regarde pas ces riches du monde comme des sites de production, je le répète, des puits de pétrole.

Il n’est pas trop tard. La France est si belle, qu’il lui sera beaucoup pardonné

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 08:57
Posture

La séquence autoroutière est ahurissante.

Ok, les sociétés d’autoroutes bénéficient d’une rente indue (je le dis d’entrée pour calmer tout le monde. Il se trouve que moi je l’ai lu le rapport de l’autorité de la concurrence, et c’est quand même beaucoup moins clair que les titres de presse. Le calcul des rendements est une science des plus complexes, et, très franchement, personne ne peut apporter de réponse avant la fin des concessions, autour de 2030. Il serait judicieux de dire : rendez-vous à ce moment là pour faire les comptes. Ça supposerait qu’un responsable politique ait l’échéance 2030 en tête. On peut toujours rêver)

Donc, une fois qu’on a dit tout ça, est-ce qu’on peut s’arrêter deux secondes sur ce qui est en train de se jouer sous nos yeux. :L’état décide de suspendre brutalement la hausse des péages. 0,58% . Zéro virgule cinquante-huit pour cent. Je l’écris en toutes lettres pour que l’on sache bien de quoi l’on parle. Quelqu’un a-t-il calculé l’impact de cette décision sur notre portefeuille ? Ben non bien sûr, tout le monde s’en fout, on ne fait pas de l’économie, on fait de la politique.

Sauf que l’enjeu n’est pas là. L’enjeu il pèse 3,5 milliards. Un plan de relance négocié avec le gouvernement, et Bruxelles parce que c’est un partenariat public-privé. On lance 3,5 milliards et demi de travaux de rénovation en échange d’un allongement des concessions. Avant de pousser des cris d’orfraie, je vous incite à réfléchir au fait que sur le secteur pas un appel d’offre n’a été lancé depuis 2 ans ! Que ce secteur est aussi celui du bâtiment, que l’intérim en décembre y était en recul de 24% après deux ans de destructions d’emplois qui dépassent tous les autres secteurs.

D’ailleurs le gouvernement y avait parfaitement réfléchi, puisqu’en coulisses Ségolène Royal avait validé le protocole, et qu’encore une fois, Bruxelles, certainement pas suspect de douceur en ce domaine, avait donné son accord. Soyons clairs, on était peu ou prou sur les dispositions prévues par le processus Juncker.

Et bien tout cela vient d’exploser sur l’autel des 0,58%. Les sociétés d’autoroutes le disent : « on ne voit pas comment lancer le plan dans un tel climat d’insécurité juridique », hier elles ont reçu des dizaines de coups de fil d’investisseurs furieux, l’impression qu’on leur a caché quelque chose, quand on disait qu’un accord avait été trouvé avec le gouvernement. Non, on n’a rien caché, c’est la France, où la promesse publique a l’espérance de vie d’un papillon.

Mais c’est la chute de l’histoire qui fait frémir. Parce que les sociétés d’autoroute ont tenté de comprendre. La décision est à ce point absurde qu’elles n’ont trouvé qu’une explication : un deal politique. On offre à la gauche du PS une victoire à deux balles contre les « gredins du BTP » et en échange on laisse Macron tranquille. Le pire c’est que c’est crédible, non ?

Allez maintenant l’expliquer aux petits patrons du BTP en ruine.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 08:47
Moins de 300.000 logements, ce chiffre est un désastre

Et Cécile Duflot en est bien la première responsable, au sens propre, au sens qu'un homme, qu'une femme d'Etat devrait donner à cet adjectif

Il faut bien réaliser l'impact de cette annonce ce matin: moins de 300.000 logements mis en chantier en 2014, du jamais vu depuis 17 ans.
D'abord l'impact sur notre étrange crise immobilière, ce marché unique au monde où les prix refusent de s'effondrer, parce qu'on est en situation de pénurie. 300.000 logements, c'est un accroissement dramatique de cette pénurie. Les chiffres sont contestés, mais disons qu'il faudrait 5 à 600.000 logements chaque année pour inverser la tendance, vous voyez le gouffre ! Derrière, c'est une génération sacrifiée que nous sommes en train de construire, parce que le logement digne, proche des lieux de travail et de consommation, est la base de la vie d'un jeune adulte, parce que l'absence de mobilité est un des facteurs qui paralyse notre marché du travail, et que la pénurie immobilière en est une cause importante.

Ensuite l'impact politique, et j'en viens à Cécile Duflot. Elle dit et répète que sa loi n'est pas responsable de ce drame, que des décrets d'applications pris avant l'été ne peuvent expliquer le marasme d'une année et que l'Europe entière est logée à la même enseigne.

Une série d'explication ahurissantes qui disent toutes que Mme Duflot est incapable d'assumer la moindre responsabilité. Oui l'Europe immobilière va mal, mais elle le savait en arrivant en fonction. Sachant cela, en ministre responsable, elle aurait dû remettre à plus tard ses idées révolutionnaires et les perspectives de blocage des loyers, elle a fait tout le contraire. Elle nous parle de la date d'application de sa loi, faisant mine d'oublier que les investisseurs n'attendent pas les décrets et que ses déclarations péremptoires avaient largement suffit à faire fuir ceux qui avaient encore des velléités d'investissement. Disant cela, elle nous dit qu'elle est incapable d'assumer la moindre responsabilité et de mettre ses intérêts politiques entre parenthèse pour servir ceux de la nation.

je ne sais pas si on retiendra la leçon, et ça fera de toute façon une belle jambe à l'ensemble de ceux qui iront s'entasser dans les cages d'escaliers dans l'espoir qu'un propriétaire voudra bien leur accorder le logement qui rendrait leur vie décente

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 15:48

Après avoir digéré le risque bancaire, le risque souverain, la finance est en train de tranquillement digérer le risque gauchiste.

Syriza élu, so what? Le CAC 40 poursuit sa course vers les sommets, l'Euro effectue un tranquille rebond puisque Benoit Coeuré, l'un des gouverneurs BCE les plus proches de Draghi, a dit ce matin qu'il voulait maintenant la stabilité. L'once d'or poursuit son repli et le marché obligataire reste calme. La finance fait le pari d'une gauche radicale pas si radicale que ça, d'un gouvernement qui ne va pas prendre le moindre risque avec une situation économique et budgétaire en amélioration notable(peut-être 2,5% de croissance en 2015, un budget excédentaire si l'on retire le service de la dette, précisions que nous, français, nous ne pouvons pas en dire autant). On fait aussi le pari d'un jeune homme de 40 ans, Alexis Tsipras, qui ne va pas sacrifier une carrière naissante en tenant ses promesses. Et puis quoi encore.?
A l'arrivée, on a juste un gros créancier qui renégocie son prêt immobilier puisque les taux d'intérêts ont baissé. Ça se gère.

Il reste quoi derrière ? Le risque nationaliste. Je sais qu’on ne peut pas rire de tout, mais je me dis que celui-là, on n’est pas si mal placé pour le tester, non ? Sérieusement, les élucubrations souverainistes, c’est la dernière hypothèque de poids, avant que l’on puisse enfin parler de choses sérieuses, et voir comment faire fonctionner cette zone Euro sans queue ni tête.

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