16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 10:32

On peut aligner tous les arguments et les démonter aussi vite. A la fin reste le mouvement, la seule ligne de fracture idéologique qui vaille

Ecolo ou pas ? Tous les chiffres sont disponibles et chacun peut se faire son idée, mais c’est qu’il est de parti pris. Parce que franchement, y voir clair dans les équations qui partout s’alignent, relève en fait de l’aveuglement.

Transports déjà saturés ? Ça c’est vrai, je travaille depuis 10 ans dans le quartier c’est un cauchemar. Où plutôt non, c’est une ville. La capitale d’une puissance économique mondiale. Je n’ai jamais vécu ailleurs qu’à Paris, et je suis toujours un peu inquiet quand on y circule correctement, c’est que la vie n’y tient plus toute sa place, qu’on a réussi à la contraindre, et je frissonne à l’idée du déclin.

Déjà trop de bureaux à Paris ? Non si l’on regarde le taux de vacance du neuf, oui si l’on regarde le taux de vacance global. Alors il vaut mieux rénover l'ancien ? Rien n’est moins sûr, là encore les chiffres s’alignent au gré des cabinets de conseil, sans que personne n’ait une idée claire de ce qu’il faudrait faire. En revanche les entreprises choisissent systématiquement le plus récent dès qu’elles le peuvent, question d’état d’esprit disent-elles. On tient le sujet.

Paris « l’une des rares villes horizontales préservées », j’ai découvert cet argument ces derniers jours, il semble que ce soit une recommandation de l’UNESCO. Ça me fait sourire parce que j’ai toujours détesté le siège de l’UNESCO, le quartier qui l’entoure est vide et froid, l’exact contraire de ce qu’il est censé représenter, la culture, l’ouverture. Comme quoi.

Comme quoi ce qui compte c’est le mouvement. Beau ou laid. J’adore Montparnasse, je déteste Beaugrenelle. Les voies sur berge sont une aberration urbaine, mais elles ont porté durant des décennies la croissance de la ville, etc… etc…

On ne va pas y passer des heures, ce qui est passionnant c’est qu’on a là, finalement, le seul débat qui vaille : on bouge ou on meurt ? Et c’est bien cela qui fait de cette tour un enjeu national : on préserve ce qui a fait jusque là notre force, ou bien on bascule dans le siècle naissant, quitte à faire toutes les erreurs de la terre ? Sacré question. Vous remarquez qu’elle fait exploser les lignes politiques classiques, les lignes idéologiques classiques (des promoteurs acharnés de l’entreprise et de la croissance sont contre, des bobos à vélo sont pour), c’est donc une bonne question.

"on est le seul pays du monde aujourd'hui à se poser des question sur un investissement de 500 millions d'Euros, totalement privé, et même à se dire qu'on pourrait le refuser, c'est un exploit" dit Guillaume Poitrinal l'ancien patron d'Unibail à l'origine du projet.

La tour va faire de l’ombre à des riverains jusque là ensoleillés. Quel meilleur symbole pouvez-vous trouver des choix qui nous attendent ?

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:01

Donc on réécrit le réel. Cette phrase François Hollande ne l’aurait finalement jamais prononcée, enfin si, mais non, pas comme ça. Tu parles ! Étonnante séquence médiatique

Parce qu’il y a l’écrit, et puis l’oral. Et c’est un cri du cœur qu’il a poussé le président en parlant de ses emplois d'avenir et nous l’avons tous entendu. Bien sûr qu’il fait référence au fait que les collectivités locales n’auront pas à supporter cette charge, mais il dit aussi, par construction, que l’Etat, lui, peut tout se permettre. Et c’est bien là que cette interjection est importante : la collectivité locale est sous contrôle, qu’on le veuille ou non, Hollande le sait, ses capacités d’endettement et de déficit sont limitées. De par la loi. La capacité de l’état ne l’est pas. Et donc, il dit bien que l’état peut encore et encore ouvrir une bourse sans fond. Il ne dit pas « c’est gratuit », c'est vrai, mais combien d’entre nous l’ont entendu pourtant? Moi, en tout cas, c'est ce que j'ai compris, et, je le maintiens, à raison. Il se trouve que je ne suis pas le seul, ne cherchez pas ailleurs les raisons du buzz et le succès de cette phrase « jamais prononcée »

« Non! c’est l’Etat qui paye ! »

Mais, que le président le dise, c’est une chose. On ne va pas se refaire après 40 ans de biberonnage à la dette publique. En revanche, qu’une partie d'entre nous (sphère médiatique) se charge de la mission de rectifier le réel est étonnant. Je vis cette séquence comme le nettoyage des photos de la place rouge. Une partie des media a décidé qu'il n'était question dans cette phrase que des collectivités locales, alors que je maintiens que la question de Gilles Bouleau porte bel et bien sur le coût de ces emplois quel que soit le payeur, en témoigne l'infographie diffusée à ce moment là (voir photo). Une partie des media nous interdit désormais de reprendre « c’est l’Etat qui paye » sous peine d’être accusé du crime de manipulation. Mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous réalisez que vous défendez le plus parfait des syllogisme? Qu’est-ce qui vous dérange à ce point ? Tout à coup vous n’en pouvez plus de la litanie sur les nécessaires efforts ? Tout à coup vous n’en pouvez plus que l’on défonce le président à tout bout de champ ? Tout à coup vous vous sentez en charge de soutenir la nation contre la crise politique qui couve ?

Étonnante séquence, sans grande importance, mais qui fait quand même réfléchir sur les forces du conservatisme, sur la morphine douce de la dette éternelle qui coule dans nos veines.

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 11:27

Qu’est-ce qui faut pas faire pour vous parler de la politique de l’offre. Parce qu’elle était partout présente ce matin, triomphante.

Je vous le dis franchement : la valorisation d’Uber est un mystère pour moi. Pas tant le chiffre brut, tel qu’il est maintenant donné par le Wall Street Journal (30 milliards de dollars), il y a longtemps que l’on ne cherche plus à comprendre les ratios de la net-économie, non, c'est simplement le fait que pas une seule des procédures judiciaires lancées partout dans le monde ne semble effrayer les investisseurs. Pourtant, Uber est poursuivi absolument partout, pour une raison ou pour une autre et semble avoir contre elle l’ensemble des compagnies de taxi et donc l’ensemble des municipalités, au moins de notre hémisphère.

L.i.c.k, c’est autre chose, c’est une leçon d’économie, donnée par un entrepreneur qui n’en est pas à son coup d’essai. Stéphane Bohbot avait compris il y a près de 10 ans que le portable deviendrait un objet si particulier que la fonction téléphone serait anecdotique. Ce fut l’aventure Modelabs, qui permit aux marques de s’offrir leur propre téléphone, avant le combat de titans Apple vs Samsung. Avec L.i.c.k, il se place à la naissance de la prochaine lame de fond, les objets connectés. Mais Stéphane Bohbot ne veut ni les concevoir ni les fabriquer, non, il veut les vendre. Vendre, cette alchimie magnifique qui transforme en croissance un désir insoupçonné

Uber, L.i.c.k, vertiges de l’amour

Et c’est bien là qu’Uber et Lick se rencontrent : la politique de l’offre. Si les investisseurs ne bronchent pas devant les menaces qui pèsent sur Uber, c’est qu’ils jugent que l’offre est telle qu’elle balaiera tout sur son passage. Appelez ça « la croissance pirate » si vous voulez, c’est l’entreprise qui par sa promesse aux consommateurs fera bouger les règles, triomphera des corporatismes, même si elle franchit systématiquement la ligne jaune. Une offre qui naît d’une insatisfaction généralisée devant les systèmes de transports urbains et s’organise autour d’une techno puissante et de chauffeurs qui ont partout maintenant besoin d’un deuxième, troisième boulot, quand ce n’est pas le premier. Vous remarquerez que la question du prix n’est pas toujours mise en avant, et même pas du tout à Paris, c’est la pénurie et la rétention de l’offre qui font craquer le système, coûte que coûte.

L.i.c.k c’est plus subtile. De l’érotisme. Il faut faire naître, susciter le désir, et alors, si l’on en croit Stéphane Bohbot, tout peut aller très vite, dès que les vendeurs font le job, mettent en scène, expliquent, valorisent, démontrent, le porte-monnaie s’ouvre, comme par enchantement. 17 boutiques aujourd’hui, 40% de croissance sur le dernier trimestre, pour des objets qui réinventent le quotidien, valent souvent largement de quoi nourrir une famille sur la semaine, et sont parfois parfaitement inutiles.

Mais ces objets portent de l’innovation, de l’investissement, des emplois qualifiés, et puis ils enchantent la vie. Le patron de Netatmo, Fred Potter, me disait même un jour qu’ils étaient la seule source de réel bonheur de nos sociétés à bout de souffle. Et on me parle de marketing, de société de consommation, d'obsolescence programmée et autres foutaises qui entretiennent la misère. Balayez moi ça, bon dieu, laissez vous faire!

La morale de nos petites histoires du jour ? L’offre ! Que l’on doute encore de sa puissance me fascine. « Let freedom ring… » disait l’autre, que l’offre triomphe !

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 10:22

Les quelques points qui font vaciller les marchés

Vous imaginez un pare-brise. Et puis les impacts qui peuvent venir le fragiliser. Aucun ne semble vraiment grave, sauf qu’à un moment le pare-brise se fissure. On y est.

Le premier impact ? On va dire qu’on l’a pris sur une route des Etats Unis, parce que quand vous regardez les marchés, il faut toujours commencer par les Etats Unis. La présidente de la banque centrale avoue à demi-mots il y a 10 jours qu’elle a un peu de mal à lire ce qui se passe sur le marché de l’emploi. Oui, elle a un taux de chômage au plus bas, mais pas de tension sur les salaires, pas de réels signes d’inflation, ça ne colle pas.

Impact

On se tourne vers l’Europe. Oh personne n’avait de réelles illusions, mais quand même, une baisse importante de la production industrielle en Allemagne au cœur du mois d’août, c’est moche. « C’est la Russie » nous dit le cœur des experts. On va dire ça.

Impact

Ces français, décidemment ! Personne n’est surpris de leur incapacité à retrouver l’équilibre. Ah oui mais là ça ne passe plus. Le nord recommence à donner de la voix. Angela Merkel ne dit rien mais l’ensemble européen donne des signes de fragilité. Et les papiers se multiplient sur une « crise européenne 2.0 » (Paul Krugman) qui nous renverrait au printemps 2012. Tiens, printemps 2012, la plus forte baisse de Wall Street sur les dernières années. Retour aux US, la boucle est bouclée, sauve qui peut

Là tout va très vite, les machines programmées pour trader plus vite que la lumière, les gérants qui avaient pris des risques importants, tout le monde tente de limiter la casse sous le regard ahuris des investisseurs de long terme (il en reste) qui pensaient avoir fait quelques choix intelligents

Tout va d'autant plus vite que "les bilans des banques ne sont plus capables d'absorber les chocs qu'ils pouvaient encore absorber il y a quelques années, du fait des nouvelles régulations" nous précise le patron de BNP Paribas, qui, en passant, donne la mesure du choc :"les mouvements ont été plus violents qu'aux pires jours de 2008, mais il va falloir s'y habituer, et se dire que ça n'est pas si grave"

L’argent qui se diffusait partout se retire comme la marée à la veille d’un tremblement de terre, à commencer par les endroits où il était le plus en risque : les banques grecques. Elles appellent à l’aide, le gouvernement se tourne vers la BCE, son taux souverain s’envole à nouveau. La messe est dite. L'argent imprimé par les banques centrales est tellement abondant que certains avaient pris beaucoup de risques. La violence des mouvements en est la traduction.

La question fondamentale reste celle d’un nouveau modèle de croissance pour le monde développé. Mazette ! Elle n’est évidemment pas résolue à coup de planche à billets. Mais la remise en route, aux Etats Unis, d’un nouveau programme d’injection d’argent gratuit dans le circuit semble une hypothèse crédible. C’est dire où on en est. Dans un cul de sac

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 07:22

"demandez aux entreprises si rien n'a changé" lance Emmanuel Macron ce matin. On le fait tous les jours Monsieur le ministre, et vous n'aimeriez pas la réponse

Dans quel pays notre ministre vit-il? Dieu sait qu'on n'aimerait pas devoir écrire ça, tellement la question semble facile, quasi automatique. Et pourtant, en continuant à maintenir la fiction d'un pays en mouvement poussé par le vent de la réforme, Emmanuel Macron se trompe lourdement, gravement. La seule clé d'un retour à la confiance, c'est un budget crédible. Rien d'autre. Surtout rien d'autre.

Les entreprises de ce pays ne sont pas en mouvement, M. Le ministre, elles sont tétanisées. Tétanisées par une conjoncture qui retombe lourdement, tétanisées par de nouveaux textes qui sont bien loin de vos promesses de simplifications, tétanisées par la peur des contrôles qui accompagnent systématiquement vos mains tendues. Je vous parle des entreprises, des vraies, pas des merveilleux start uppers enthousiastes que vous croisez sans doute un peu trop.

La seule journée de vendredi a vu la publication des décrets pénibilité rassemblant l'intégralité des critères, alors que les organisations patronales pensaient que l'on se donnerait du temps pour les plus complexes à mettre en œuvre, l'annulation de l'écotaxe qui plonge dans la stupéfaction 8.000 entreprises de travaux publics, la mobilisation des représentants des PME contre l'accélération de la loi Hamon qui risque de frapper de nullité l'ensemble des cessions d'entreprises signées depuis septembre. Je ne dis pas qu'il ne fallait pas annuler l'écotaxe, je dis juste que c'est une lourde incertitude en plus, et le signe, sans doute, que le pouvoir est trop fragile pour imposer quoi que ce soit, même le bon sens.

Tenez, est-ce que vous réalisez les dégâts que peuvent provoquer une phrase comme :"les professions réglementées ont touché le CICE, nous allons donc leur demander de se moderniser et de participer à l'effort collectif"

Qu'est-ce que ça veut dire? Que les professions réglementées doivent se moderniser, c'est un fait. Mais qu'est-ce que CICE vient faire là-dedans? De deux choses l'une: soit il est "sans conditions", soit il impose des obligations. Mais vous ne l'avez jamais dit. Du moins jamais comme ça. Et en une phrase, vous confirmez que ce CICE peut être un piège, que vous vous réservez le droit de demander des comptes, toutes sortes de comptes.

Alors oui, c'est un paradoxe, mais votre volonté réformatrice a ce matin quelque chose d'inquiétant, M. le ministre. Parce que vous ne maîtrisez rien, chaque jour le démontre, et que visiblement vous ne voyez pas que les entreprises sont à bout de souffle. C'est terrible de vous demander de ne plus rien faire qu'un budget sincère et cohérent, au moment où chacun sent dans sa nuque revenir le souffle de la crise de la zone Euro, mais on a le sentiment que rien d'autre ne pourrait faire repartir l'investissement, surtout pas vos velléités désordonnées; c'est terrible, et pourtant, si vous le demandiez aux entreprises, comme vous le dites, j'ai franchement peur de leur réponse.

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 06:37

Qu'il le fasse ou pas, l'affirmation par Arnaud Montebourg de sa volonté de devenir entrepreneur est un formidable révélateur d'une prise de conscience collective

extrait JDD

extrait JDD

Evidemment qu'il aurait pu trouver un point de chute public. Mais non, un sens politique aiguisé lui dit de se tourner maintenant vers l'entrepreneuriat. Attention, pas l'entreprise, non, vous avez bien lu, "une vie de liberté, de risque et d'audace" (selon L'Express, il souhaite se lancer dans "les technologies de la santé")

Mazette!! Je pense que c'est un révélateur considérable, bien plus fort que le "j'aime l'entreprise" de Valls. Jamais avant je n'avais vu un homme politique se lancer publiquement un tel défi. Il affirme qu'il n'aura de réelle crédibilité qu'en se coltinant la création de richesse, la vraie. Il affirme que le risque en est la source, la seule. Oui, je le répète, c'est une révolution.

Trois choses rapidement

1/ on sort enfin du culte de la PME. C'est très bien la PME, évidemment, mais comme seul horizon économique de nos responsables, c'est un peu court. la PME "souffre", la PME "on l'aide", la PME "on la défend contre les gros", bref on est encore dans une logique d'assistance. L'entrepreneur on comprend que c'est autre chose, "ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous... etc"

2/ j'insiste, même si c'est une manœuvre, même si finalement il ne fait rien, le simple fait d'affirmer vouloir manœuvrer sur ce terrain là est fondamental (précisons, qu'évidemment il a le droit d'échouer, j'oserais presque dire qu'il en a le devoir), parce que cela veut sans doute dire qu'il perçoit que c'est maintenant ce que veut le pays.

Vous réalisez? Nous serions sortis du culte de l'Etat nounou pour entrer dans le monde du risque? Et c'est Arnaud-madeinFrance-Florange-Laciernementpas-Montebourg qui l'affirme?

3/ la droite a plutôt intérêt à se réveiller. Parce que là c'est pas un cabinet d'avocat ou une étude notariale, seul horizon entrepreneurial que connaissent aujourd'hui nos responsables libéraux

Enfin, sachez que pour attirer les investisseurs, "3 minutes pour convaincre", "Hello Start Up", "BFM Academy" sont à votre disposition, M.le ministre. Mais n'espérez pas le moindre passe droit.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:05

Il n’en parle pas. D’ailleurs personne n’en parle. Le combat à droite ne se fera pas sur ce terrain là. Et pourtant y en a-t-il un autre ?

C’est un indice de plus de notre ignorance collective, je parie que ce soir, au-delà d’une phrase pleine de bons sentiments sur le « drame du chômage » pas une question ne sera posée sur les idées économiques de celui qui veut reprendre le leadership à droite. On parlera de valeurs et de désespoirs, on poussera des cris d’orfraie sur la dette, on regrettera l’atonie de la croissance, on saluera le modèle allemand (même pas sûr, d’ailleurs), et après ?

Après c’est le brouillard. Qui veut se pencher sur les déclarations économiques de Nicolas Sarkozy en ressortira avec la légère nausée qui vous accompagne à la descente du manège : on s’est bien amusé, mais on a tourné en rond.

« Travailler plus pour gagner plus ». Ce slogan là est-il toujours d’actualité, et quelles conclusions en tire-t-il ? La fin des 35 heures ? Elle a déjà été annoncée très précisément à 3 reprises par celui qui était alors président de la république, et cette volonté n’a accouché que du dispositif d’heures supplémentaires défiscalisées, certes très utile, mais certainement pas à la hauteur du défi. La TVA sociale n’a été lancée que dans les tous derniers mois du quinquennat, comme s’il fallait d’urgence se donner une médaille économique sur le champ de bataille du coût du travail, on n’a pas le sentiment que ce soit le fruit d’une conviction profonde, non ? Nicolas Sarkozy a-t-il la volonté de vraiment dynamiter les innombrables barrages qui se dressent devant le travail ? Est-il séduit par le contrat « 0 heures » de David Cameron (contrat de travail sans aucun engagement d’aucune sorte en termes de durée) ? Quelle est son opinion sur le niveau du SMIC ?

La dette, les déficits ? J’entends qu’il est impossible de juger là-dessus l’ancien président pris dans la tourmente de la crise et qui a mis en place un dispositif efficace de baisse des effectifs publics (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite). Ben voyons. La TVA restauration c’était pour lutter contre la crise ? Cette décision clientéliste est devenue en son temps la première charge fiscale de l’Etat, avant même le crédit d’impôt recherche (la palme de l’incohérence est toutefois attribuée à la politique du logement : on laisse prospérer le dispositif Scellier, avant de brutalement couper les vivres, du jour au lendemain).

Quand on regarde dans le détail, la lutte contre les régimes spéciaux de retraite apparaît comme le seul point vraiment déterminant. Mais là encore, bien trop étroit pour juger. En fait il s’agissait bien davantage d’une bataille interne à la SNCF, dans un climat très particulier que traversait l’entreprise, mure pour en finir avec la culture de la grève (elle a d’ailleurs été achevée, cette culture, au printemps dernier, avec la détermination d’un autre gouvernement, qui n’a pas été capable d’en récupérer le crédit)

Bref, un homme politique de premier plan peut aujourd’hui revenir sans qu’on ait comme priorité de l’interroger sur l’état de sa réflexion économique, sans qu’il éprouve le besoin, lui-même, de glisser le moindre indice. La semaine dernière François Baroin a avancé quelques pistes « je baisserai le coût du travail jusqu’à 10% », l’UMP et Gilles Carrez font voltiger les économies possibles sur les dépenses de l’Etat etc… Tout cela mériterait davantage de détails, mais, disons-le, tout le monde s’en fout.

Et finalement comment le reprocher aux différents acteurs, hommes politiques et journalistes qui les interrogent, quand le MEDEF lui-même, cette semaine, va se livrer à une rare performance d’improvisation économique nous promettant 1 point de croissance pour deux jours fériés (mais, n’insultons pas l’avenir, le pire n’est jamais sur)

Les valeurs ou la valeur ? Et si on commençait à mettre le mot au singulier, si on s’intéressait à la création de cette foutue valeur, avant le respect de celles qui nous sont chères ? Pour enfin parler de choses sérieuses

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 07:31

Les deux chiffres que rien, jamais, ne devrait lier, et que notre formidable « modèle social français » arrive à marier comme le lierre et la vigne vierge.

C’est un exploit : vous avez en même temps des salaires qui ne cessent d’augmenter (+2,6% en 2015 selon les prévisions de diverses études, ce qui est peu ou prou le chiffre constant ces dernieres années, 2,1% en 2012, 2,3% en 2011 constate la DARES) et le niveau de vie qui baisse (-1% sur 2012 nous dit l’INSEE. ).

WTF ? dit-on maintenant sur les réseaux sociaux, comment est-ce possible ?

Les impôts ? Non, ou à la marge, le chiffre INSEE est 2012, juste avant la flambée fiscale

Le chômage ? Assurément, et le choix historique du chômage de masse, au profit des salariés en place, dont on refuse de toucher les rémunérations. Des salaires qui ne s’ajustent pas aux rythmes économiques, ce sont des entreprises moins compétitives et c’est forcément un impact sur le marché du travail. En France on ne baisse pas les salaires, on licencie. Fermez le ban. Responsabilité historique et généralisée que nous portons tous collectivement

Cercle infernal, ce chômage qui se creuse, creuse les déficits sociaux, accroit les charges sur le travail et fragilise un peu plus les entreprises et donc l’emploi… Oui, on en est là

D’autres indicateurs le démontrent : 93% des embauches en CDD, la forteresse du travail vous laisse approcher du pont levis pour déposer vos offrandes, mais pas question d’entrer, bande de manants ! Le chômage des jeunes, celui des seniors. N’en jetez plus

Deux chiffres ce matin illustrent nos impasses. Où que l’on se place sur l’échiquier politique, comment peut-on encore défendre ce modèle ?

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 08:50

… mais 1000 fois tort sur le terrain.

 Vous lirez peut-être la dernière tribune de Cécile Duflot qui tente de défendre sa loi, mais les arguments sont connus, et tous parfaitement recevables. En fait Cécile Duflot a même raison sur toute la ligne : Manuel Valls vient d’appuyer sur les pires leviers que l’on puisse trouver pour relancer le secteur, la niche fiscale, la rente et l’héritage.

(update : c'est volontairement que je laisse de côté l'encadrement des loyers et la garantie universelle. Faut choisir. Sinon plus personne ne lit) 

Elle a même raison quand elle dit que « La crise de la construction ne date pas du 26 mars, date de la promulgation de cette loi ». Non, la crise de la construction a des causes multiples évidemment liées à la conjoncture européenne (on la retrouve peu ou prou dans tous les pays d’Europe), mais elle s’est amplifiée en France quand François Fillon a commencé à débrancher les perfusions qui maintiennent en vie le secteur en France. Oui, François Fillon, oui la droite.  

Un responsable politique qui n’aurait comme souci que le bien du pays l’aurait évidemment remarqué, une responsable politique qui veut appliquer sans faiblir ses promesses de campagne pour soigner les électeurs au détriment des citoyens a choisi de l’ignorer

Là où le discours de Cécile Duflot est irresponsable, c’est que je ne doute pas une seconde qu’elle connaisse parfaitement les tenants et les aboutissants du marché de l’immobilier français, et qu’elle soit pleinement consciente de ce que ce marché est drogué. Sévèrement drogué. Drogué à la dépense publique (45 milliards d’euros par an) à l’héritage et à la rente.

Si on prive brutalement un drogué de sa drogue, on le tue.

Désolé du parallèle, mais il est efficace : on ne peut pas militer pour la méthadone et les salles de shoot, et sevrer dans la violence le secteur de la construction (je vous la fait courte: drogué depuis plus de 30 ans à la défiscalisation, l'investisseur national se met automatiquement en position d'attente quand il se sent menacé, quand Cécile Duflot parle de la "date" de sa loi, elle fait mine d'ignorer qu'investir c'est d'abord anticiper)

Cela met les acteurs de bonne foi dans une position intenable. Evidemment que la rente tue la croissance, évidemment que l’héritage est une arme stérile, évidemment que l’ensemble des aides publiques viennent soutenir les prix, évidemment que les niches fiscales provoquent des dérèglements de marchés et des ZCA (zones de construction absurdes), mais la réalité c’est que vous n’avez pas d’autre solution pour maintenir le malade en vie

Où alors, on proclame l’état d’urgence. Permis de construire entre les mains des préfets, plan de construction obligatoire et l’on vide en 2 ans la colossale poche du livret A qui dort dans les coffre de la caisse des dépôts. Faut-il réaliser que ça prendrait des allures de coup d’état ? Les maires qui perdraient le droit de construire sont aussi les parlementaires qui devraient voter ces lois.  Cécile Duflot n’avait pas les moyens d’aller jusque-là, et donnons-lui acte d’avoir poussé les nouveaux pouvoirs donnés aux intercommunalités. Le nerf de la guerre immobilière est entre les mains des maires de France, tant qu’on ne le leur enlève pas, on peut siffler dans un pipot

Notre crise immobilière est une affaire de génération. Les derniers mois nous ont démontré une fois encore que s’y attaquer à coups de slogans ne fait qu’aggraver le mal. Avoir raison sur le papier ne sert à rien, si l’on a tort sur les chantiers. Parce qu'alors tout s'arrête et l'on coûte effectivement 0,5 point de croissance à la France.  

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 10:51

C’est une opération des plus simples : 5 = 12,5% de 40. Si vous retirez 5 heures de travail par semaine et par unité de production à une entreprise qui en avait 40, vous lui retirez 12,5% de sa capacité de production. Si vous considérez que la production crée la richesse, vous retirez 12,5% de richesse.

Cette phrase simple, vous n’avez plus le droit de l’écrire. Cette phrase simple est une sorte de « point Godwin » de l’économie en France, le point extrême au-delà duquel la discussion n’est plus possible, la ligne de fracture absolue.

Chez un interlocuteur de bonne foi, cette phrase simple suscite l’incrédulité amusée, un peu comme si l’on racontait que l’on avait envoyé un fax, cherché une information sur minitel, renouvelé son abonnement à France Télécom. Un truc de vieux qui « décidément ne comprendra rien »

Chez un interlocuteur militant bien disposé, cette phrase simple suscite une avalanche de chiffres sur les gains de productivité, les allègements de charges, le temps de travail comparé dans les pays développés.

Chez un interlocuteur militant hostile, c’est l’anathème. Vous êtes la voix du patronat le plus rassis, c’est l’exploitation, les russes blancs, le commerce triangulaire.

Pourtant vous avez juste fait une opération.

Les 35 heures sont tellement inscrites dans notre vie que même les entreprises hésitent à en demander l’abrogation. Le MEDEF est-il vraiment clair sur cette question ? J’en doute.  l’UIMM, le porte parole de l’industrie, insiste sur les charges sociales, la flexibilité du contrat de travail, la refondation du dialogue social. Pas sur les 35 heures. Parce que beaucoup d'entreprises ont « fait avec », comme elles font avec les 2500 pages du code du travail. Parce que l’Etat accepte de payer des dizaines de milliards pour compenser la perte d'exploitation et qu'on ne fait pas toujours le lien, justement, avec les charges qui reviennent en boomerang. Ces 35 heures sont pourtant à l’origine de la smicardisation de notre société (les allègements de charge pour compenser s’arrêtent à 1,6 SMIC, et donc passer au-dessus devient une augmentation compliquée à gérer pour les entreprises), elles bloquent le pouvoir d'achat, mais les syndicats et les partis de gauche considèrent qu’il s’agit d’un acquis social.

 Voilà pourquoi rallumer cette guerre c’est rallumer une guerre de religion.

Vous pensez sincèrement que c'est le moment? 

M. Macron prend bien soin de ne pas prononcer le chiffre maudit, il préfère parler de "temps de travail et de rémunération", et l'on peut penser qu'il veut, comme ses prédécesseurs, continuer une discrète opération de détricotage entamée en 2008. Après tout, on n'est plus à un reniement près et bien des députés socialistes reconnaissent publiquement que l'abandon des heures supplémentaires défiscalisées était une erreur. Tout le problème des aménagements décidés au fil des années c'est qu'ils sont défensifs, le patronat voudrait que l'on passe à la phase offensive et que l'heure supplémentaire devienne une heure classique quand le carnet de commande le permet. Chacun comprend que l'on peut discuter là dessus, en restant tranquillement à l'ombre du totem des 35heures.  De même, le travail sur les effets de seuils est fondamental, l'amélioration des marges est à peine entamée.

Tout cela pour dire que c'est sans doute le signe ultime des blocages du pays et de la débilité, au sens propre, du dialogue social, mais un homme d’ Etat aujourd'hui en France doit encore s’inspirer d’Henry IV, entrer dans l’Eglise des 35heures comme on entre en religion, quelles que soient ses convictions, même s’il sait que 5 = 12,5% de 40 . 

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