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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 08:57
Posture

La séquence autoroutière est ahurissante.

Ok, les sociétés d’autoroutes bénéficient d’une rente indue (je le dis d’entrée pour calmer tout le monde. Il se trouve que moi je l’ai lu le rapport de l’autorité de la concurrence, et c’est quand même beaucoup moins clair que les titres de presse. Le calcul des rendements est une science des plus complexes, et, très franchement, personne ne peut apporter de réponse avant la fin des concessions, autour de 2030. Il serait judicieux de dire : rendez-vous à ce moment là pour faire les comptes. Ça supposerait qu’un responsable politique ait l’échéance 2030 en tête. On peut toujours rêver)

Donc, une fois qu’on a dit tout ça, est-ce qu’on peut s’arrêter deux secondes sur ce qui est en train de se jouer sous nos yeux. :L’état décide de suspendre brutalement la hausse des péages. 0,58% . Zéro virgule cinquante-huit pour cent. Je l’écris en toutes lettres pour que l’on sache bien de quoi l’on parle. Quelqu’un a-t-il calculé l’impact de cette décision sur notre portefeuille ? Ben non bien sûr, tout le monde s’en fout, on ne fait pas de l’économie, on fait de la politique.

Sauf que l’enjeu n’est pas là. L’enjeu il pèse 3,5 milliards. Un plan de relance négocié avec le gouvernement, et Bruxelles parce que c’est un partenariat public-privé. On lance 3,5 milliards et demi de travaux de rénovation en échange d’un allongement des concessions. Avant de pousser des cris d’orfraie, je vous incite à réfléchir au fait que sur le secteur pas un appel d’offre n’a été lancé depuis 2 ans ! Que ce secteur est aussi celui du bâtiment, que l’intérim en décembre y était en recul de 24% après deux ans de destructions d’emplois qui dépassent tous les autres secteurs.

D’ailleurs le gouvernement y avait parfaitement réfléchi, puisqu’en coulisses Ségolène Royal avait validé le protocole, et qu’encore une fois, Bruxelles, certainement pas suspect de douceur en ce domaine, avait donné son accord. Soyons clairs, on était peu ou prou sur les dispositions prévues par le processus Juncker.

Et bien tout cela vient d’exploser sur l’autel des 0,58%. Les sociétés d’autoroutes le disent : « on ne voit pas comment lancer le plan dans un tel climat d’insécurité juridique », hier elles ont reçu des dizaines de coups de fil d’investisseurs furieux, l’impression qu’on leur a caché quelque chose, quand on disait qu’un accord avait été trouvé avec le gouvernement. Non, on n’a rien caché, c’est la France, où la promesse publique a l’espérance de vie d’un papillon.

Mais c’est la chute de l’histoire qui fait frémir. Parce que les sociétés d’autoroute ont tenté de comprendre. La décision est à ce point absurde qu’elles n’ont trouvé qu’une explication : un deal politique. On offre à la gauche du PS une victoire à deux balles contre les « gredins du BTP » et en échange on laisse Macron tranquille. Le pire c’est que c’est crédible, non ?

Allez maintenant l’expliquer aux petits patrons du BTP en ruine.

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Published by Stéphane Soumier
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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 08:47
Moins de 300.000 logements, ce chiffre est un désastre

Et Cécile Duflot en est bien la première responsable, au sens propre, au sens qu'un homme, qu'une femme d'Etat devrait donner à cet adjectif

Il faut bien réaliser l'impact de cette annonce ce matin: moins de 300.000 logements mis en chantier en 2014, du jamais vu depuis 17 ans.
D'abord l'impact sur notre étrange crise immobilière, ce marché unique au monde où les prix refusent de s'effondrer, parce qu'on est en situation de pénurie. 300.000 logements, c'est un accroissement dramatique de cette pénurie. Les chiffres sont contestés, mais disons qu'il faudrait 5 à 600.000 logements chaque année pour inverser la tendance, vous voyez le gouffre ! Derrière, c'est une génération sacrifiée que nous sommes en train de construire, parce que le logement digne, proche des lieux de travail et de consommation, est la base de la vie d'un jeune adulte, parce que l'absence de mobilité est un des facteurs qui paralyse notre marché du travail, et que la pénurie immobilière en est une cause importante.

Ensuite l'impact politique, et j'en viens à Cécile Duflot. Elle dit et répète que sa loi n'est pas responsable de ce drame, que des décrets d'applications pris avant l'été ne peuvent expliquer le marasme d'une année et que l'Europe entière est logée à la même enseigne.

Une série d'explication ahurissantes qui disent toutes que Mme Duflot est incapable d'assumer la moindre responsabilité. Oui l'Europe immobilière va mal, mais elle le savait en arrivant en fonction. Sachant cela, en ministre responsable, elle aurait dû remettre à plus tard ses idées révolutionnaires et les perspectives de blocage des loyers, elle a fait tout le contraire. Elle nous parle de la date d'application de sa loi, faisant mine d'oublier que les investisseurs n'attendent pas les décrets et que ses déclarations péremptoires avaient largement suffit à faire fuir ceux qui avaient encore des velléités d'investissement. Disant cela, elle nous dit qu'elle est incapable d'assumer la moindre responsabilité et de mettre ses intérêts politiques entre parenthèse pour servir ceux de la nation.

je ne sais pas si on retiendra la leçon, et ça fera de toute façon une belle jambe à l'ensemble de ceux qui iront s'entasser dans les cages d'escaliers dans l'espoir qu'un propriétaire voudra bien leur accorder le logement qui rendrait leur vie décente

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 15:48

Après avoir digéré le risque bancaire, le risque souverain, la finance est en train de tranquillement digérer le risque gauchiste.

Syriza élu, so what? Le CAC 40 poursuit sa course vers les sommets, l'Euro effectue un tranquille rebond puisque Benoit Coeuré, l'un des gouverneurs BCE les plus proches de Draghi, a dit ce matin qu'il voulait maintenant la stabilité. L'once d'or poursuit son repli et le marché obligataire reste calme. La finance fait le pari d'une gauche radicale pas si radicale que ça, d'un gouvernement qui ne va pas prendre le moindre risque avec une situation économique et budgétaire en amélioration notable(peut-être 2,5% de croissance en 2015, un budget excédentaire si l'on retire le service de la dette, précisions que nous, français, nous ne pouvons pas en dire autant). On fait aussi le pari d'un jeune homme de 40 ans, Alexis Tsipras, qui ne va pas sacrifier une carrière naissante en tenant ses promesses. Et puis quoi encore.?
A l'arrivée, on a juste un gros créancier qui renégocie son prêt immobilier puisque les taux d'intérêts ont baissé. Ça se gère.

Il reste quoi derrière ? Le risque nationaliste. Je sais qu’on ne peut pas rire de tout, mais je me dis que celui-là, on n’est pas si mal placé pour le tester, non ? Sérieusement, les élucubrations souverainistes, c’est la dernière hypothèque de poids, avant que l’on puisse enfin parler de choses sérieuses, et voir comment faire fonctionner cette zone Euro sans queue ni tête.

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 08:43

Certainement pas anecdotique, l'échec du dialogue social nous démontre à quel point le pays est verrouillé, par ceux là mêmes qui en ont la charge

« Dans un échec chacun doit prendre sa part de responsabilité, je prends la mienne » nous dit Alexandre Saubot , le négociateur du MEDEF, « la marche était trop haute »

Mais de quoi parle-t-on ? D’une révolution du code du travail ? Non, d’un accord d’une banalité rare. On me dit qu’il recelait entre les lignes des éléments décisifs, dont acte, on ne le saura jamais parce que les articles rendus publiques n’ont rien de bouleversant : conseil d’entreprise pour fusionner les différentes instances au-delà de 50 salariés et représentation extérieure à l’entreprise, à travers des conseils territoriaux, pour les entreprises de moins de 10 salariés.

Et bien nos partenaires sociaux ne sont pas capables de trouver 2 syndicats patronaux et trois syndicats de salariés pour signer ça.

Pourquoi c’est grave ? Vous le sentez, bien sûr, parce que le champ des réformes est immense et qu’on y entrait à peine. Parce que chacun dans notre pays s’arroge le droit de flinguer les politiques, sans réaliser que les agents économiques sont à leur image : irresponsables !

On va laisser la poussière retomber, mais d’ores et déjà deux choses sont claires : les syndicats, et visiblement au premier chef la CFE-CGC, jugent bien plus important de préserver leurs intérêts que ceux du pays. Derrière le blocage syndical il y a la crainte de voir se réduire les « heures de délégation », système d’emplois fictifs qui maintient à bout de bras des syndicats exsangues. On va dire qu’il est légitime de ne pas se couper le bras ? Je réponds que c’est là que l’on mesure le courage réel, pas sur les plateaux de télé.

Côté patronal, l’exaspération est telle dans les PME/TPE que la CGPME n’a pas voulu prendre le moindre risque. Si j’en crois Alexandre Saubot, ces « commissions territoriales » concernent déjà les 2/3 des TPE/PME, « si cela avait été un outil de blocage des entreprises, on s’en serait rendu compte ». « Mais la cocotte-minute patronale reste au bord de l’explosion » répond la CGPME. On va dire qu’il est légitime d’en tenir compte ? Je réponds que c’est là que l’on mesure ce que sont des leaders, l’efficacité d’une élite. Depuis plus d’un an, les syndicats patronaux sont incapables d’accompagner le virage gouvernemental, caressant dans le sens du poil des petits patrons légitimement ulcérés. Mais de quoi ont-ils l’air, maintenant, à se tourner vers l’Etat pour qu’ils fasse le boulot qu’ils n’ont pas su faire.

J’en viens à soupçonner des ambitions machiavéliques, pousser le gouvernement à la faute, pour sortir de cette période étrange à la « je t’aime-moi non plus » et retrouver le confort d’une opposition franche.

Et puis le me raisonne. Le machiavélisme est une vertu. Je n’en vois aucune dans cet épisode tragique.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 18:22

C’est la question que je me posais en lisant son discours du 15 octobre dernier. Drôle d’idée, vous allez me dire, j’en conviens, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais une fois dedans je ne l’ai pas lâché, me demandant si l’on sera collectivement capables d’être au rendez vous

Emmanuel Macron a-t-il la moindre chance?

Parce que finalement ce sont des questions essentielles qui sont posées dans ce texte, mais c’est toujours pareil, on peut le balayer d’un revers de main, le considérer comme un exercice de style brillant mais sans lendemain.

Ou bien on peut le prendre au sérieux. Considérer que le problème de notre pays « ce n’est pas avant tout le système fiscal ou l’impatience de qui ou quoi, c’est d’abord un problème de défiance ». Dit autrement, est-ce que le problème c’est le poids des impôts (oui, évidemment) ou bien le manque de crédit total, absolu, de ceux qui les prélèvent ? Et une fois cette équation posée, comment la résoudre ? Avec le temps ? Pour la confiance je ne vois rien d’autre, or ce gouvernement n’en a plus beaucoup, donc la question trouve assez vite sa réponse : non, Emmanuel Macron n’a pas la moindre chance.

A moins que… à moins que l’on se mette à lire ce qu’il écrit : « mettre de la transparence partout (…) ne pas caricaturer les débats difficile, ne pas les hystériser »

Hystérie pourtant, ce qui se développe sur les professions du droit, les notaires par exemple. Très franchement c’est une histoire de fous. C’est quoi la réforme ? Constater qu’en certains endroits du territoire on manque de notaires, constater que les tarifs manquent parfois de transparence, constater que beaucoup de jeunes n’ont pas les moyens de s’installer du fait de règles anciennes. Rien de plus, rien de moins. Donc on propose de modifier certains règlements, et ça, c’est vu par la profession comme un attentat ? Jamais le ministre n’a émis l’idée de libéraliser un certain nombre d’actes, ce passage est d’ailleurs intéressant : « les exclusivités en termes d’actes authentiques et autres que les notaires détiennent, on ne les remettra pas en cause. Pourquoi ? Parce que personne ne m’a démontré l’efficacité d’une telle remise en cause ».

Qu’est-ce que j’aime cette phrase ! Voilà le guide du ministre : où est le problème ? Comment est-ce qu’on peut le résoudre ? Où est la limite d’efficacité ?

Vous allez me dire : mais on ne s’en fout pas un peu des notaires ?

Je vous répondrais : certes.

Un peu comme le travail du dimanche. Je ne veux pas dire que ce n’est pas un enjeu le travail du dimanche, simplement c’est un peu comme le développement des autocars, ou les prothèses auditives en vente libre, on n’a pas, comme ça, spontanément, le sentiment que ça va nous amener à 3 points de croissance. Alors quelle est la logique ?

La logique c’est d’agir là où on le peut et d’envoyer le signal que la réforme est possible. Et puis attendez : Les notaires, les professions du droit, les auto-écoles, les pharmacies, les autocars, le travail le dimanche, « dans les zones où cela a du sens », j’ajoute le travail le soir, la réforme des prud’hommes (65% des jugements partent en appel), l’épargne salariale, des dispositifs d’association au capital.

Je sais, on ne touche pas au vrais blocs de résistance : fiscalité, code du travail, temps de travail, statut des fonctionnaires (aucun problème si vous voulez rajouter la niche fiscale des journalistes) . Je sais ça n’enlève pas la pénibilité, la loi cessions d’entreprises, la dernière taxe sur les surfaces commerciales. Mais à un moment, il va bien falloir que l’on se décide à jouer le jeu, collectivement, « parce que réussir ne doit pas être une honte dans ce pays, ou un nirvana impossible. Parce que précisément on doit redonner accès à celles et ceux qui n’ont plus accès à certains pans de notre économie, à certains pans de notre territoire, à certains investissements dans notre économie. Et donc notre responsabilité c’est de restaurer une forme d’égalité des chances sur le plan économique, sur le terrain économique, et c’est ça l’esprit de cette loi »

Ce n’est pas parce que c’est dit sans mot ronflant que ça n’a pas beaucoup de sens. Mercredi prochain, tout cela va s’incarner dans un « Projet de loi pour l’activité et l’égalité des chances économiques ». Emmanuel Macron a-t-il la moindre chance de nous convaincre que c’est une étape importante ? A-t-il la moindre chance de nous entraîner ? Ou bien l'autorité de l'état est-elle à ce point cramée que plus un pas n'est possible?

Elle n’est pas médiocre la question de la semaine

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:11

…se dit le commentateur de l’air du temps rattrapé par les sondages de popularité des patrons. Les faits sont là, il fallait manifester

Franchement ces chiffres sont saisissants. Tous dans le même sens, on a ouvert la semaine avec Opinion Way, on la termine avec Odoxa et notre baromètre : la France soutient ses patrons, et les soutient dans des proportions qu’eux même sans doute n’imaginaient pas. Oui, les patrons ont raison de se mobiliser disent 2/3 de ceux que l’on interroge. Mais ce qui rend les choses plus saisissantes encore, c’est que le soutien n’est pas donné dans le vide, quand les questions deviennent précises sur la fiscalité (77% pour l’alléger), la pénibilité (64% pour la réformer), les effets de seuil (61% pour les relever), on reste sur des niveaux de soutien importants

Alors oui, c’est l’heure de manger son chapeau, et de reconnaître que cette mobilisation, dans ce climat-là, était opportune. Ne serait-ce que pour nous donner l’occasion de poser ces questions de confiance, et donc de recueillir ces réponses.

Et puis on a vu un monde patronal attaché à expliquer, à convaincre, sans provocations inutiles. Chacun a compris qu’on en restait très largement au stade de promesses et que la crise ne donne plus le temps d’attendre. On a pris la mesure de l’incompétence de Marisol Touraine sur la pénibilité, de l’irresponsabilité des députés quand ils votent une taxe sur la grande distribution qui mange 80% de la marge d’un supermarché, de la stigmatisation professionnelle qui leur permet de taper sur la Banque ou le commerce au nom de la préservation de la sainte industrie, comme si ces distinctions avaient encore un sens.

Bon, on a entendu aussi un certain nombre de contre-vérités sur les PME surtaxées par rapport aux grandes entreprises (non, M.Roubaud, c’est le contraire), je continue à penser que ce gouvernement fait en faveur des entreprises des efforts jamais vu depuis 30 ans, que beaucoup de patrons restent totalement paumés dans les différents textes qui se superposent et que la « grève » n’arrange rien.

Mais cette semaine de tous les dangers se termine sur un formidable message : ce n’est plus le premier ministre qui dit « j’aime l’entreprise », c’est le pays tout entier. Alors, ok, ça valait le coup.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 10:32

On peut aligner tous les arguments et les démonter aussi vite. A la fin reste le mouvement, la seule ligne de fracture idéologique qui vaille

Ecolo ou pas ? Tous les chiffres sont disponibles et chacun peut se faire son idée, mais c’est qu’il est de parti pris. Parce que franchement, y voir clair dans les équations qui partout s’alignent, relève en fait de l’aveuglement.

Transports déjà saturés ? Ça c’est vrai, je travaille depuis 10 ans dans le quartier c’est un cauchemar. Où plutôt non, c’est une ville. La capitale d’une puissance économique mondiale. Je n’ai jamais vécu ailleurs qu’à Paris, et je suis toujours un peu inquiet quand on y circule correctement, c’est que la vie n’y tient plus toute sa place, qu’on a réussi à la contraindre, et je frissonne à l’idée du déclin.

Déjà trop de bureaux à Paris ? Non si l’on regarde le taux de vacance du neuf, oui si l’on regarde le taux de vacance global. Alors il vaut mieux rénover l'ancien ? Rien n’est moins sûr, là encore les chiffres s’alignent au gré des cabinets de conseil, sans que personne n’ait une idée claire de ce qu’il faudrait faire. En revanche les entreprises choisissent systématiquement le plus récent dès qu’elles le peuvent, question d’état d’esprit disent-elles. On tient le sujet.

Paris « l’une des rares villes horizontales préservées », j’ai découvert cet argument ces derniers jours, il semble que ce soit une recommandation de l’UNESCO. Ça me fait sourire parce que j’ai toujours détesté le siège de l’UNESCO, le quartier qui l’entoure est vide et froid, l’exact contraire de ce qu’il est censé représenter, la culture, l’ouverture. Comme quoi.

Comme quoi ce qui compte c’est le mouvement. Beau ou laid. J’adore Montparnasse, je déteste Beaugrenelle. Les voies sur berge sont une aberration urbaine, mais elles ont porté durant des décennies la croissance de la ville, etc… etc…

On ne va pas y passer des heures, ce qui est passionnant c’est qu’on a là, finalement, le seul débat qui vaille : on bouge ou on meurt ? Et c’est bien cela qui fait de cette tour un enjeu national : on préserve ce qui a fait jusque là notre force, ou bien on bascule dans le siècle naissant, quitte à faire toutes les erreurs de la terre ? Sacré question. Vous remarquez qu’elle fait exploser les lignes politiques classiques, les lignes idéologiques classiques (des promoteurs acharnés de l’entreprise et de la croissance sont contre, des bobos à vélo sont pour), c’est donc une bonne question.

"on est le seul pays du monde aujourd'hui à se poser des question sur un investissement de 500 millions d'Euros, totalement privé, et même à se dire qu'on pourrait le refuser, c'est un exploit" dit Guillaume Poitrinal l'ancien patron d'Unibail à l'origine du projet.

La tour va faire de l’ombre à des riverains jusque là ensoleillés. Quel meilleur symbole pouvez-vous trouver des choix qui nous attendent ?

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:01

Donc on réécrit le réel. Cette phrase François Hollande ne l’aurait finalement jamais prononcée, enfin si, mais non, pas comme ça. Tu parles ! Étonnante séquence médiatique

Parce qu’il y a l’écrit, et puis l’oral. Et c’est un cri du cœur qu’il a poussé le président en parlant de ses emplois d'avenir et nous l’avons tous entendu. Bien sûr qu’il fait référence au fait que les collectivités locales n’auront pas à supporter cette charge, mais il dit aussi, par construction, que l’Etat, lui, peut tout se permettre. Et c’est bien là que cette interjection est importante : la collectivité locale est sous contrôle, qu’on le veuille ou non, Hollande le sait, ses capacités d’endettement et de déficit sont limitées. De par la loi. La capacité de l’état ne l’est pas. Et donc, il dit bien que l’état peut encore et encore ouvrir une bourse sans fond. Il ne dit pas « c’est gratuit », c'est vrai, mais combien d’entre nous l’ont entendu pourtant? Moi, en tout cas, c'est ce que j'ai compris, et, je le maintiens, à raison. Il se trouve que je ne suis pas le seul, ne cherchez pas ailleurs les raisons du buzz et le succès de cette phrase « jamais prononcée »

« Non! c’est l’Etat qui paye ! »

Mais, que le président le dise, c’est une chose. On ne va pas se refaire après 40 ans de biberonnage à la dette publique. En revanche, qu’une partie d'entre nous (sphère médiatique) se charge de la mission de rectifier le réel est étonnant. Je vis cette séquence comme le nettoyage des photos de la place rouge. Une partie des media a décidé qu'il n'était question dans cette phrase que des collectivités locales, alors que je maintiens que la question de Gilles Bouleau porte bel et bien sur le coût de ces emplois quel que soit le payeur, en témoigne l'infographie diffusée à ce moment là (voir photo). Une partie des media nous interdit désormais de reprendre « c’est l’Etat qui paye » sous peine d’être accusé du crime de manipulation. Mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous réalisez que vous défendez le plus parfait des syllogisme? Qu’est-ce qui vous dérange à ce point ? Tout à coup vous n’en pouvez plus de la litanie sur les nécessaires efforts ? Tout à coup vous n’en pouvez plus que l’on défonce le président à tout bout de champ ? Tout à coup vous vous sentez en charge de soutenir la nation contre la crise politique qui couve ?

Étonnante séquence, sans grande importance, mais qui fait quand même réfléchir sur les forces du conservatisme, sur la morphine douce de la dette éternelle qui coule dans nos veines.

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 11:27

Qu’est-ce qui faut pas faire pour vous parler de la politique de l’offre. Parce qu’elle était partout présente ce matin, triomphante.

Je vous le dis franchement : la valorisation d’Uber est un mystère pour moi. Pas tant le chiffre brut, tel qu’il est maintenant donné par le Wall Street Journal (30 milliards de dollars), il y a longtemps que l’on ne cherche plus à comprendre les ratios de la net-économie, non, c'est simplement le fait que pas une seule des procédures judiciaires lancées partout dans le monde ne semble effrayer les investisseurs. Pourtant, Uber est poursuivi absolument partout, pour une raison ou pour une autre et semble avoir contre elle l’ensemble des compagnies de taxi et donc l’ensemble des municipalités, au moins de notre hémisphère.

L.i.c.k, c’est autre chose, c’est une leçon d’économie, donnée par un entrepreneur qui n’en est pas à son coup d’essai. Stéphane Bohbot avait compris il y a près de 10 ans que le portable deviendrait un objet si particulier que la fonction téléphone serait anecdotique. Ce fut l’aventure Modelabs, qui permit aux marques de s’offrir leur propre téléphone, avant le combat de titans Apple vs Samsung. Avec L.i.c.k, il se place à la naissance de la prochaine lame de fond, les objets connectés. Mais Stéphane Bohbot ne veut ni les concevoir ni les fabriquer, non, il veut les vendre. Vendre, cette alchimie magnifique qui transforme en croissance un désir insoupçonné

Uber, L.i.c.k, vertiges de l’amour

Et c’est bien là qu’Uber et Lick se rencontrent : la politique de l’offre. Si les investisseurs ne bronchent pas devant les menaces qui pèsent sur Uber, c’est qu’ils jugent que l’offre est telle qu’elle balaiera tout sur son passage. Appelez ça « la croissance pirate » si vous voulez, c’est l’entreprise qui par sa promesse aux consommateurs fera bouger les règles, triomphera des corporatismes, même si elle franchit systématiquement la ligne jaune. Une offre qui naît d’une insatisfaction généralisée devant les systèmes de transports urbains et s’organise autour d’une techno puissante et de chauffeurs qui ont partout maintenant besoin d’un deuxième, troisième boulot, quand ce n’est pas le premier. Vous remarquerez que la question du prix n’est pas toujours mise en avant, et même pas du tout à Paris, c’est la pénurie et la rétention de l’offre qui font craquer le système, coûte que coûte.

L.i.c.k c’est plus subtile. De l’érotisme. Il faut faire naître, susciter le désir, et alors, si l’on en croit Stéphane Bohbot, tout peut aller très vite, dès que les vendeurs font le job, mettent en scène, expliquent, valorisent, démontrent, le porte-monnaie s’ouvre, comme par enchantement. 17 boutiques aujourd’hui, 40% de croissance sur le dernier trimestre, pour des objets qui réinventent le quotidien, valent souvent largement de quoi nourrir une famille sur la semaine, et sont parfois parfaitement inutiles.

Mais ces objets portent de l’innovation, de l’investissement, des emplois qualifiés, et puis ils enchantent la vie. Le patron de Netatmo, Fred Potter, me disait même un jour qu’ils étaient la seule source de réel bonheur de nos sociétés à bout de souffle. Et on me parle de marketing, de société de consommation, d'obsolescence programmée et autres foutaises qui entretiennent la misère. Balayez moi ça, bon dieu, laissez vous faire!

La morale de nos petites histoires du jour ? L’offre ! Que l’on doute encore de sa puissance me fascine. « Let freedom ring… » disait l’autre, que l’offre triomphe !

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 07:22

"demandez aux entreprises si rien n'a changé" lance Emmanuel Macron ce matin. On le fait tous les jours Monsieur le ministre, et vous n'aimeriez pas la réponse

Dans quel pays notre ministre vit-il? Dieu sait qu'on n'aimerait pas devoir écrire ça, tellement la question semble facile, quasi automatique. Et pourtant, en continuant à maintenir la fiction d'un pays en mouvement poussé par le vent de la réforme, Emmanuel Macron se trompe lourdement, gravement. La seule clé d'un retour à la confiance, c'est un budget crédible. Rien d'autre. Surtout rien d'autre.

Les entreprises de ce pays ne sont pas en mouvement, M. Le ministre, elles sont tétanisées. Tétanisées par une conjoncture qui retombe lourdement, tétanisées par de nouveaux textes qui sont bien loin de vos promesses de simplifications, tétanisées par la peur des contrôles qui accompagnent systématiquement vos mains tendues. Je vous parle des entreprises, des vraies, pas des merveilleux start uppers enthousiastes que vous croisez sans doute un peu trop.

La seule journée de vendredi a vu la publication des décrets pénibilité rassemblant l'intégralité des critères, alors que les organisations patronales pensaient que l'on se donnerait du temps pour les plus complexes à mettre en œuvre, l'annulation de l'écotaxe qui plonge dans la stupéfaction 8.000 entreprises de travaux publics, la mobilisation des représentants des PME contre l'accélération de la loi Hamon qui risque de frapper de nullité l'ensemble des cessions d'entreprises signées depuis septembre. Je ne dis pas qu'il ne fallait pas annuler l'écotaxe, je dis juste que c'est une lourde incertitude en plus, et le signe, sans doute, que le pouvoir est trop fragile pour imposer quoi que ce soit, même le bon sens.

Tenez, est-ce que vous réalisez les dégâts que peuvent provoquer une phrase comme :"les professions réglementées ont touché le CICE, nous allons donc leur demander de se moderniser et de participer à l'effort collectif"

Qu'est-ce que ça veut dire? Que les professions réglementées doivent se moderniser, c'est un fait. Mais qu'est-ce que CICE vient faire là-dedans? De deux choses l'une: soit il est "sans conditions", soit il impose des obligations. Mais vous ne l'avez jamais dit. Du moins jamais comme ça. Et en une phrase, vous confirmez que ce CICE peut être un piège, que vous vous réservez le droit de demander des comptes, toutes sortes de comptes.

Alors oui, c'est un paradoxe, mais votre volonté réformatrice a ce matin quelque chose d'inquiétant, M. le ministre. Parce que vous ne maîtrisez rien, chaque jour le démontre, et que visiblement vous ne voyez pas que les entreprises sont à bout de souffle. C'est terrible de vous demander de ne plus rien faire qu'un budget sincère et cohérent, au moment où chacun sent dans sa nuque revenir le souffle de la crise de la zone Euro, mais on a le sentiment que rien d'autre ne pourrait faire repartir l'investissement, surtout pas vos velléités désordonnées; c'est terrible, et pourtant, si vous le demandiez aux entreprises, comme vous le dites, j'ai franchement peur de leur réponse.

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