16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 12:22

Les quelques points qui font vaciller les marchés

Vous imaginez un pare-brise. Et puis les impacts qui peuvent venir le fragiliser. Aucun ne semble vraiment grave, sauf qu’à un moment le pare-brise se fissure. On y est.

Le premier impact ? On va dire qu’on l’a pris sur une route des Etats Unis, parce que quand vous regardez les marchés, il faut toujours commencer par les Etats Unis. La présidente de la banque centrale avoue à demi-mots il y a 10 jours qu’elle a un peu de mal à lire ce qui se passe sur le marché de l’emploi. Oui, elle a un taux de chômage au plus bas, mais pas de tension sur les salaires, pas de réels signes d’inflation, ça ne colle pas.

Impact

On se tourne vers l’Europe. Oh personne n’avait de réelles illusions, mais quand même, une baisse importante de la production industrielle en Allemagne au cœur du mois d’août, c’est moche. « C’est la Russie » nous dit le cœur des experts. On va dire ça.

Impact

Ces français, décidemment ! Personne n’est surpris de leur incapacité à retrouver l’équilibre. Ah oui mais là ça ne passe plus. Le nord recommence à donner de la voix. Angela Merkel ne dit rien mais l’ensemble européen donne des signes de fragilité. Et les papiers se multiplient sur une « crise européenne 2.0 » (Paul Krugman) qui nous renverrait au printemps 2012. Tiens, printemps 2012, la plus forte baisse de Wall Street sur les dernières années. Retour aux US, la boucle est bouclée, sauve qui peut

Là tout va très vite, les machines programmées pour trader plus vite que la lumière, les gérants qui avaient pris des risques importants, tout le monde tente de limiter la casse sous le regard ahuris des investisseurs de long terme (il en reste) qui pensaient avoir fait quelques choix intelligents

L’argent qui se diffusait partout se retire comme la marée à la veille d’un tremblement de terre, à commencer par les endroits où il était le plus en risque : les banques grecques. Elles appellent à l’aide, le gouvernement se tourne vers la BCE, son taux souverain s’envole à nouveau. La messe est dite. L'argent imprimé par les banques centrales est tellement abondant que certains avaient pris beaucoup de risques. La violence des mouvements en est la traduction.

La question fondamentale reste celle d’un nouveau modèle de croissance pour le monde développé. Mazette ! Elle n’est évidemment pas résolue à coup de planche à billets. Mais la remise en route, aux Etats Unis, d’un nouveau programme d’injection d’argent gratuit dans le circuit semble une hypothèse crédible. C’est dire où on en est. Dans un cul de sac

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 09:22

"demandez aux entreprises si rien n'a changé" lance Emmanuel Macron ce matin. On le fait tous les jours Monsieur le ministre, et vous n'aimeriez pas la réponse

Dans quel pays notre ministre vit-il? Dieu sait qu'on n'aimerait pas devoir écrire ça, tellement la question semble facile, quasi automatique. Et pourtant, en continuant à maintenir la fiction d'un pays en mouvement poussé par le vent de la réforme, Emmanuel Macron se trompe lourdement, gravement. La seule clé d'un retour à la confiance, c'est un budget crédible. Rien d'autre. Surtout rien d'autre.

Les entreprises de ce pays ne sont pas en mouvement, M. Le ministre, elles sont tétanisées. Tétanisées par une conjoncture qui retombe lourdement, tétanisées par de nouveaux textes qui sont bien loin de vos promesses de simplifications, tétanisées par la peur des contrôles qui accompagnent systématiquement vos mains tendues. Je vous parle des entreprises, des vraies, pas des merveilleux start uppers enthousiastes que vous croisez sans doute un peu trop.

La seule journée de vendredi a vu la publication des décrets pénibilité rassemblant l'intégralité des critères, alors que les organisations patronales pensaient que l'on se donnerait du temps pour les plus complexes à mettre en œuvre, l'annulation de l'écotaxe qui plonge dans la stupéfaction 8.000 entreprises de travaux publics, la mobilisation des représentants des PME contre l'accélération de la loi Hamon qui risque de frapper de nullité l'ensemble des cessions d'entreprises signées depuis septembre. Je ne dis pas qu'il ne fallait pas annuler l'écotaxe, je dis juste que c'est une lourde incertitude en plus, et le signe, sans doute, que le pouvoir est trop fragile pour imposer quoi que ce soit, même le bon sens.

Tenez, est-ce que vous réalisez les dégâts que peuvent provoquer une phrase comme :"les professions réglementées ont touché le CICE, nous allons donc leur demander de se moderniser et de participer à l'effort collectif"

Qu'est-ce que ça veut dire? Que les professions réglementées doivent se moderniser, c'est un fait. Mais qu'est-ce que CICE vient faire là-dedans? De deux choses l'une: soit il est "sans conditions", soit il impose des obligations. Mais vous ne l'avez jamais dit. Du moins jamais comme ça. Et en une phrase, vous confirmez que ce CICE peut être un piège, que vous vous réservez le droit de demander des comptes, toutes sortes de comptes.

Alors oui, c'est un paradoxe, mais votre volonté réformatrice a ce matin quelque chose d'inquiétant, M. le ministre. Parce que vous ne maîtrisez rien, chaque jour le démontre, et que visiblement vous ne voyez pas que les entreprises sont à bout de souffle. C'est terrible de vous demander de ne plus rien faire qu'un budget sincère et cohérent, au moment où chacun sent dans sa nuque revenir le souffle de la crise de la zone Euro, mais on a le sentiment que rien d'autre ne pourrait faire repartir l'investissement, surtout pas vos velléités désordonnées; c'est terrible, et pourtant, si vous le demandiez aux entreprises, comme vous le dites, j'ai franchement peur de leur réponse.

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 08:37

Qu'il le fasse ou pas, l'affirmation par Arnaud Montebourg de sa volonté de devenir entrepreneur est un formidable révélateur d'une prise de conscience collective

extrait JDD

extrait JDD

Evidemment qu'il aurait pu trouver un point de chute public. Mais non, un sens politique aiguisé lui dit de se tourner maintenant vers l'entrepreneuriat. Attention, pas l'entreprise, non, vous avez bien lu, "une vie de liberté, de risque et d'audace" (selon L'Express, il souhaite se lancer dans "les technologies de la santé")

Mazette!! Je pense que c'est un révélateur considérable, bien plus fort que le "j'aime l'entreprise" de Valls. Jamais avant je n'avais vu un homme politique se lancer publiquement un tel défi. Il affirme qu'il n'aura de réelle crédibilité qu'en se coltinant la création de richesse, la vraie. Il affirme que le risque en est la source, la seule. Oui, je le répète, c'est une révolution.

Trois choses rapidement

1/ on sort enfin du culte de la PME. C'est très bien la PME, évidemment, mais comme seul horizon économique de nos responsables, c'est un peu court. la PME "souffre", la PME "on l'aide", la PME "on la défend contre les gros", bref on est encore dans une logique d'assistance. L'entrepreneur on comprend que c'est autre chose, "ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous... etc"

2/ j'insiste, même si c'est une manœuvre, même si finalement il ne fait rien, le simple fait d'affirmer vouloir manœuvrer sur ce terrain là est fondamental (précisons, qu'évidemment il a le droit d'échouer, j'oserais presque dire qu'il en a le devoir), parce que cela veut sans doute dire qu'il perçoit que c'est maintenant ce que veut le pays.

Vous réalisez? Nous serions sortis du culte de l'Etat nounou pour entrer dans le monde du risque? Et c'est Arnaud-madeinFrance-Florange-Laciernementpas-Montebourg qui l'affirme?

3/ la droite a plutôt intérêt à se réveiller. Parce que là c'est pas un cabinet d'avocat ou une étude notariale, seul horizon entrepreneurial que connaissent aujourd'hui nos responsables libéraux

Enfin, sachez que pour attirer les investisseurs, "3 minutes pour convaincre", "Hello Start Up", "BFM Academy" sont à votre disposition, M.le ministre. Mais n'espérez pas le moindre passe droit.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 11:05

Il n’en parle pas. D’ailleurs personne n’en parle. Le combat à droite ne se fera pas sur ce terrain là. Et pourtant y en a-t-il un autre ?

C’est un indice de plus de notre ignorance collective, je parie que ce soir, au-delà d’une phrase pleine de bons sentiments sur le « drame du chômage » pas une question ne sera posée sur les idées économiques de celui qui veut reprendre le leadership à droite. On parlera de valeurs et de désespoirs, on poussera des cris d’orfraie sur la dette, on regrettera l’atonie de la croissance, on saluera le modèle allemand (même pas sûr, d’ailleurs), et après ?

Après c’est le brouillard. Qui veut se pencher sur les déclarations économiques de Nicolas Sarkozy en ressortira avec la légère nausée qui vous accompagne à la descente du manège : on s’est bien amusé, mais on a tourné en rond.

« Travailler plus pour gagner plus ». Ce slogan là est-il toujours d’actualité, et quelles conclusions en tire-t-il ? La fin des 35 heures ? Elle a déjà été annoncée très précisément à 3 reprises par celui qui était alors président de la république, et cette volonté n’a accouché que du dispositif d’heures supplémentaires défiscalisées, certes très utile, mais certainement pas à la hauteur du défi. La TVA sociale n’a été lancée que dans les tous derniers mois du quinquennat, comme s’il fallait d’urgence se donner une médaille économique sur le champ de bataille du coût du travail, on n’a pas le sentiment que ce soit le fruit d’une conviction profonde, non ? Nicolas Sarkozy a-t-il la volonté de vraiment dynamiter les innombrables barrages qui se dressent devant le travail ? Est-il séduit par le contrat « 0 heures » de David Cameron (contrat de travail sans aucun engagement d’aucune sorte en termes de durée) ? Quelle est son opinion sur le niveau du SMIC ?

La dette, les déficits ? J’entends qu’il est impossible de juger là-dessus l’ancien président pris dans la tourmente de la crise et qui a mis en place un dispositif efficace de baisse des effectifs publics (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite). Ben voyons. La TVA restauration c’était pour lutter contre la crise ? Cette décision clientéliste est devenue en son temps la première charge fiscale de l’Etat, avant même le crédit d’impôt recherche (la palme de l’incohérence est toutefois attribuée à la politique du logement : on laisse prospérer le dispositif Scellier, avant de brutalement couper les vivres, du jour au lendemain).

Quand on regarde dans le détail, la lutte contre les régimes spéciaux de retraite apparaît comme le seul point vraiment déterminant. Mais là encore, bien trop étroit pour juger. En fait il s’agissait bien davantage d’une bataille interne à la SNCF, dans un climat très particulier que traversait l’entreprise, mure pour en finir avec la culture de la grève (elle a d’ailleurs été achevée, cette culture, au printemps dernier, avec la détermination d’un autre gouvernement, qui n’a pas été capable d’en récupérer le crédit)

Bref, un homme politique de premier plan peut aujourd’hui revenir sans qu’on ait comme priorité de l’interroger sur l’état de sa réflexion économique, sans qu’il éprouve le besoin, lui-même, de glisser le moindre indice. La semaine dernière François Baroin a avancé quelques pistes « je baisserai le coût du travail jusqu’à 10% », l’UMP et Gilles Carrez font voltiger les économies possibles sur les dépenses de l’Etat etc… Tout cela mériterait davantage de détails, mais, disons-le, tout le monde s’en fout.

Et finalement comment le reprocher aux différents acteurs, hommes politiques et journalistes qui les interrogent, quand le MEDEF lui-même, cette semaine, va se livrer à une rare performance d’improvisation économique nous promettant 1 point de croissance pour deux jours fériés (mais, n’insultons pas l’avenir, le pire n’est jamais sur)

Les valeurs ou la valeur ? Et si on commençait à mettre le mot au singulier, si on s’intéressait à la création de cette foutue valeur, avant le respect de celles qui nous sont chères ? Pour enfin parler de choses sérieuses

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 09:31

Les deux chiffres que rien, jamais, ne devrait lier, et que notre formidable « modèle social français » arrive à marier comme le lierre et la vigne vierge.

C’est un exploit : vous avez en même temps des salaires qui ne cessent d’augmenter (+2,6% en 2015 selon les prévisions de diverses études, ce qui est peu ou prou le chiffre constant ces dernieres années, 2,1% en 2012, 2,3% en 2011 constate la DARES) et le niveau de vie qui baisse (-1% sur 2012 nous dit l’INSEE. ).

WTF ? dit-on maintenant sur les réseaux sociaux, comment est-ce possible ?

Les impôts ? Non, ou à la marge, le chiffre INSEE est 2012, juste avant la flambée fiscale

Le chômage ? Assurément, et le choix historique du chômage de masse, au profit des salariés en place, dont on refuse de toucher les rémunérations. Des salaires qui ne s’ajustent pas aux rythmes économiques, ce sont des entreprises moins compétitives et c’est forcément un impact sur le marché du travail. En France on ne baisse pas les salaires, on licencie. Fermez le ban. Responsabilité historique et généralisée que nous portons tous collectivement

Cercle infernal, ce chômage qui se creuse, creuse les déficits sociaux, accroit les charges sur le travail et fragilise un peu plus les entreprises et donc l’emploi… Oui, on en est là

D’autres indicateurs le démontrent : 93% des embauches en CDD, la forteresse du travail vous laisse approcher du pont levis pour déposer vos offrandes, mais pas question d’entrer, bande de manants ! Le chômage des jeunes, celui des seniors. N’en jetez plus

Deux chiffres ce matin illustrent nos impasses. Où que l’on se place sur l’échiquier politique, comment peut-on encore défendre ce modèle ?

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 10:50

… mais 1000 fois tort sur le terrain.

 Vous lirez peut-être la dernière tribune de Cécile Duflot qui tente de défendre sa loi, mais les arguments sont connus, et tous parfaitement recevables. En fait Cécile Duflot a même raison sur toute la ligne : Manuel Valls vient d’appuyer sur les pires leviers que l’on puisse trouver pour relancer le secteur, la niche fiscale, la rente et l’héritage.

(update : c'est volontairement que je laisse de côté l'encadrement des loyers et la garantie universelle. Faut choisir. Sinon plus personne ne lit) 

Elle a même raison quand elle dit que « La crise de la construction ne date pas du 26 mars, date de la promulgation de cette loi ». Non, la crise de la construction a des causes multiples évidemment liées à la conjoncture européenne (on la retrouve peu ou prou dans tous les pays d’Europe), mais elle s’est amplifiée en France quand François Fillon a commencé à débrancher les perfusions qui maintiennent en vie le secteur en France. Oui, François Fillon, oui la droite.  

Un responsable politique qui n’aurait comme souci que le bien du pays l’aurait évidemment remarqué, une responsable politique qui veut appliquer sans faiblir ses promesses de campagne pour soigner les électeurs au détriment des citoyens a choisi de l’ignorer

Là où le discours de Cécile Duflot est irresponsable, c’est que je ne doute pas une seconde qu’elle connaisse parfaitement les tenants et les aboutissants du marché de l’immobilier français, et qu’elle soit pleinement consciente de ce que ce marché est drogué. Sévèrement drogué. Drogué à la dépense publique (45 milliards d’euros par an) à l’héritage et à la rente.

Si on prive brutalement un drogué de sa drogue, on le tue.

Désolé du parallèle, mais il est efficace : on ne peut pas militer pour la méthadone et les salles de shoot, et sevrer dans la violence le secteur de la construction (je vous la fait courte: drogué depuis plus de 30 ans à la défiscalisation, l'investisseur national se met automatiquement en position d'attente quand il se sent menacé, quand Cécile Duflot parle de la "date" de sa loi, elle fait mine d'ignorer qu'investir c'est d'abord anticiper)

Cela met les acteurs de bonne foi dans une position intenable. Evidemment que la rente tue la croissance, évidemment que l’héritage est une arme stérile, évidemment que l’ensemble des aides publiques viennent soutenir les prix, évidemment que les niches fiscales provoquent des dérèglements de marchés et des ZCA (zones de construction absurdes), mais la réalité c’est que vous n’avez pas d’autre solution pour maintenir le malade en vie

Où alors, on proclame l’état d’urgence. Permis de construire entre les mains des préfets, plan de construction obligatoire et l’on vide en 2 ans la colossale poche du livret A qui dort dans les coffre de la caisse des dépôts. Faut-il réaliser que ça prendrait des allures de coup d’état ? Les maires qui perdraient le droit de construire sont aussi les parlementaires qui devraient voter ces lois.  Cécile Duflot n’avait pas les moyens d’aller jusque-là, et donnons-lui acte d’avoir poussé les nouveaux pouvoirs donnés aux intercommunalités. Le nerf de la guerre immobilière est entre les mains des maires de France, tant qu’on ne le leur enlève pas, on peut siffler dans un pipot

Notre crise immobilière est une affaire de génération. Les derniers mois nous ont démontré une fois encore que s’y attaquer à coups de slogans ne fait qu’aggraver le mal. Avoir raison sur le papier ne sert à rien, si l’on a tort sur les chantiers. Parce qu'alors tout s'arrête et l'on coûte effectivement 0,5 point de croissance à la France.  

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 12:51

C’est une opération des plus simples : 5 = 12,5% de 40. Si vous retirez 5 heures de travail par semaine et par unité de production à une entreprise qui en avait 40, vous lui retirez 12,5% de sa capacité de production. Si vous considérez que la production crée la richesse, vous retirez 12,5% de richesse.

Cette phrase simple, vous n’avez plus le droit de l’écrire. Cette phrase simple est une sorte de « point Godwin » de l’économie en France, le point extrême au-delà duquel la discussion n’est plus possible, la ligne de fracture absolue.

Chez un interlocuteur de bonne foi, cette phrase simple suscite l’incrédulité amusée, un peu comme si l’on racontait que l’on avait envoyé un fax, cherché une information sur minitel, renouvelé son abonnement à France Télécom. Un truc de vieux qui « décidément ne comprendra rien »

Chez un interlocuteur militant bien disposé, cette phrase simple suscite une avalanche de chiffres sur les gains de productivité, les allègements de charges, le temps de travail comparé dans les pays développés.

Chez un interlocuteur militant hostile, c’est l’anathème. Vous êtes la voix du patronat le plus rassis, c’est l’exploitation, les russes blancs, le commerce triangulaire.

Pourtant vous avez juste fait une opération.

Les 35 heures sont tellement inscrites dans notre vie que même les entreprises hésitent à en demander l’abrogation. Le MEDEF est-il vraiment clair sur cette question ? J’en doute.  l’UIMM, le porte parole de l’industrie, insiste sur les charges sociales, la flexibilité du contrat de travail, la refondation du dialogue social. Pas sur les 35 heures. Parce que beaucoup d'entreprises ont « fait avec », comme elles font avec les 2500 pages du code du travail. Parce que l’Etat accepte de payer des dizaines de milliards pour compenser la perte d'exploitation et qu'on ne fait pas toujours le lien, justement, avec les charges qui reviennent en boomerang. Ces 35 heures sont pourtant à l’origine de la smicardisation de notre société (les allègements de charge pour compenser s’arrêtent à 1,6 SMIC, et donc passer au-dessus devient une augmentation compliquée à gérer pour les entreprises), elles bloquent le pouvoir d'achat, mais les syndicats et les partis de gauche considèrent qu’il s’agit d’un acquis social.

 Voilà pourquoi rallumer cette guerre c’est rallumer une guerre de religion.

Vous pensez sincèrement que c'est le moment? 

M. Macron prend bien soin de ne pas prononcer le chiffre maudit, il préfère parler de "temps de travail et de rémunération", et l'on peut penser qu'il veut, comme ses prédécesseurs, continuer une discrète opération de détricotage entamée en 2008. Après tout, on n'est plus à un reniement près et bien des députés socialistes reconnaissent publiquement que l'abandon des heures supplémentaires défiscalisées était une erreur. Tout le problème des aménagements décidés au fil des années c'est qu'ils sont défensifs, le patronat voudrait que l'on passe à la phase offensive et que l'heure supplémentaire devienne une heure classique quand le carnet de commande le permet. Chacun comprend que l'on peut discuter là dessus, en restant tranquillement à l'ombre du totem des 35heures.  De même, le travail sur les effets de seuils est fondamental, l'amélioration des marges est à peine entamée.

Tout cela pour dire que c'est sans doute le signe ultime des blocages du pays et de la débilité, au sens propre, du dialogue social, mais un homme d’ Etat aujourd'hui en France doit encore s’inspirer d’Henry IV, entrer dans l’Eglise des 35heures comme on entre en religion, quelles que soient ses convictions, même s’il sait que 5 = 12,5% de 40 . 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 09:46

Faire de la réforme des professions réglementées une campagne de communication économique


Encore faudrait-il ne pas résumer cette affaire à une question de pouvoir d’achat. Soyons trivial, on s’en fout du pouvoir d’achat, la baisse structurelle des prix ne sauvera personne.

C’est pourtant comme ça que les responsables politiques abordent le problème : « 6 milliards d’euros rendus aux Français » proclame Arnaud Montebourg, sans trop détailler. Surtout pas. Ben oui, aborder autrement cette question des professions réglementées, obligerait à des remises en cause considérables.

C’est quoi autrement ? C’est le biais des entrepreneurs, le développement de la politique de l’offre, et convaincre chacune de ces professions qu’elle peut sortir plus forte de ces réformes.

Combat très compliqué à mener, parce qu’il faut s’attaquer au dogme du gâteau. Cette conviction qui anime tant de chefs d’entreprise, que leur marché est un marché fini, un gâteau qu’il s’agit de se partager, en parts plus ou moins grosses, et donc de moins en moins grosses à mesure que se multiplient les acteurs.

La réalité est pourtant bien différente, et bien plus proche de la Chantilly qui monte quand on l’agite. C’est bien le développement de nouvelles offres, initiatives, innovations,  qui permettent à un secteur de croitre et d’enrichir davantage l’ensemble des acteurs qui participent au mouvement. Ah, bien sûr, plus difficile dans ces conditions de s’endormir à l’abri des rentes, mais pour peu que l’on ait envie d’avancer, de nouvelles portes s’ouvrent régulièrement et nourrissent le cercle vertueux de la création de richesse

Le problème c’est que ces belles phrases ne convainquent personne. En tout cas elles n’ont absolument pas convaincu les taxis, malgré les chiffres que l’on pouvait leur présenter d’une hausse générale du transport de personne pour tous les acteurs dans toutes les villes où l’on a ouvert le secteur à la concurrence. De même que les légions de patrons qui refusent l’ouverture du dimanche ne comprendront  jamais que l’on puisse acheter  leur produit ce jour-là et pas un autre, pour des raisons diverses et variées, le temps, l’envie, l’opportunité : « les gens n’ont plus d’argent dans la semaine, ils ne vont pas tout à coup en avoir le dimanche »… même si vous leur démontrez par A + B qu’il y a « des » gens (beaucoup de gens), qui en ont encore de l’argent, et que leur talent commercial pourrait donner sa pleine mesure au cœur de l’ennui d’un dimanche d’hiver.

Les entrepreneurs sont là, on en reçoit quotidiennement, ils apportent des solutions nouvelles et enthousiasmantes qui tentent de fissurer les murailles des professions réglementées. On comprend parfaitement qu’elles se défendent ces professions. Il y a derrière ces « charges » des investissements qui prenaient en compte des règles très strictes et les modifier brutalement serait sans doute plus dévastateur qu’autre chose.  En cela les leçons sur le secteur des télécoms sont passionnnantes : trop de brutalité sans doute, mais à l’arrivée une accélération des investissements (4G) et l’acteur historique qui retrouve toute sa légitimité

On pourrait donc prendre le temps de chercher à convaincre que chacun peut sortir gagnant de cette affaire et que le dynamisme des entrepreneurs peut décupler la valeur de tous les secteurs. Ce serait une opération salutaire.

Encore faudrait-il prendre le sujet par le bon bout : renoncer à ces chimères sur le pouvoir d’achat, pour foncer vers l’offre et l’innovation.

 

 

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 10:53

 Je ne citerai pas l’endroit, parce que ce pourrait être partout en France, dans n’importe quelle chambre de commerce ou les notables se retrouvent autour d’un verre et de quelques macarons. On vient parler de l’export, devant quelques chefs d’entreprises qui ont eu l’audace de penser qu’il pourrait sortir quoi que ce soit d’intéressant d’une rencontre avec les institutions patronales. Parce que, soyons francs, on vient surtout parler de soi

Et c’est effrayant. Le président de la chambre monte à la tribune comme on faisait campagne sous la IIIème république, le ventre bas, l’air satisfait. Tout n’est que connivence, entre soi, « et mon cher président… et je remercie untel…et vous savez l’admiration que je porte à votre action… » interminable, il invente le concept du discours sans fin, avant de laisser la place à un autre important, plus important encore, celui-là dirige un organisme national d’aide à l’export, et nous assomme de banalités insondables sur la Chine Immense et l’Afrique très noire, avant, repu, de rendre hommage au ban et à l’arrière ban devant lui rassemblés.

C’est épouvantable et consternant. Et quand vont se lever les chefs d’entreprises audacieux pour poser quelques questions, on baissera la tête, on lèvera les yeux en attendant que ça passe. Et pourtant, en voilà un qui demande pourquoi on lui a fait dépenser des milliers d’Euros pour l’envoyer en Malaisie rencontrer de soi-disant clients qui ne savaient même pas ce qu’il vendait, en voilà un autre qui raconte que pas un banquier ne veut financer son projet pourtant intéressant. Grand classique me direz-vous, ah oui, mais c’est la suite qui l’est moins, parce que ce projet un business angel qui traîne là ses guêtres dit tout haut qu’il pourrait peut –être s’en occuper, provoquant le réveil soudain du président de la chambre qui s’était légèrement assoupi après son rendez-vous avec les idées reçues. 

« Je vais m’en occuper, je ne laisse jamais tomber les miens »

Les quoi ?

Oui, il a dit « les miens ». C’est un baron. Il se considère comme le suzerain des vassaux qui entreprennent sur ses terres. Et il le dit. Et il le dit fort. Et dans l’assemblée des costumes épais tout le monde trouve ça normal, applaudi même… ah, ce Prrrrésident, quel homme !

Oh, pour notre entrepreneur c’est formidable, ils vont aller voir le banquier ensemble, d’ailleurs il est là le banquier, dans la salle, tout sourire. Hier il aurait rigolé au nez de l’importun qui espérait un peu d’argent, demain, avec le « Prrresident » il va, royal, ouvrir une ligne de trésorerie.

Alors oui, je l'avoue, devant cette scène c’est un sentiment d’effroi qui vous saisit. Parce que cette assemblée satisfaite n’a pas la moindre intention de changer quoi que ce soit aux équilibres du pays.

Ce moment que nous vivons est un moment très particulier. Beaucoup d’entre nous ont compris que nous assistions à la fin du modèle de croissance né de l’après-guerre.  Depuis 20 ans, à coups tantôt de rabotage, tantôt de niches fiscales, les différentes majorités maintiennent l’illusion. Mais on est au bout.

Les solutions sont écrites dans des centaines de livres et de rapports, mais où sont les leviers pour le faire? On s'agite, on brasse, sans rien changer de fondamental, remettant, par exemple, aux calendes grecques, une réforme territoriale pourtant déjà tellement décrite qu’il n’y a plus qu’à appuyer sur le bouton. Et l’on voit, à chaque idée nouvelle, l’ensemble des représentants politiques et syndicaux prendre des poses de circonstances et nous jouer, qui le théâtre de l’approbation vigilante, qui la scène de la révolte qui couve.

Mais en fait il ne se passe rien. Les insiders protégés par le système sont trop puissants pour espérer le remettre en cause. Alors on joue sur les marges et l’on rajoute un R majuscule à la moindre évolution insignifiante.

Pendant ce temps s’enclenche un compte à rebours terrible : le Cereq a regardé ce qu’étaient devenus les 700.000 jeunes sortis du système scolaire en 2010. Tout parcours et diplômes confondus. 25% d’entre eux n’ont pas intégré le moindre emploi.

J’en ai imaginé quelques-uns dans mon assemblée de notables satisfaits. Et oui, j’ai pris peur.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 14:41

Quelques mots, à titre privé, sur une question récurrente


« Comment vous, qui défendez partout les vertus de la concurrence, pouvez-vous la refuser pour votre chaîne ? #faitescequejedispascequejefais »

Elle est légitime la question 

Et la seule réponse en fait c’est : ne vous inquiétez pas, on va les défoncer !

Bon. Après cet engagement managérial, il n’est pas interdit de s’interroger sur le dossier. 

De quoi parle-t-on quand on parle de LCI et de son éventuel passage en gratuit ? Du groupe de télévision qui, contrôle déjà 50% des recettes publicitaires du secteur, 13,2 millions de téléspectateurs par jour soit 31% du secteur de l’information télévisée. En fait de concurrence, en proposant la gratuité de LCI, il s’agit bien de la tuer en fragilisant le nouvel entrant Nextradio : 2% des recettes publicitaires, 4% de l’audience sur la TNT gratuite, 15,4% de l'audience du secteur gratuit de l’information télévisée

Ces trois chiffres sont importants. La faiblesse des deux premiers vous donne une idée de la fragilité des équilibres du groupe, l’importance du troisième témoigne de votre appétit pour une offre d’information différente.

Et c’est bien le problème. En tout cas j’en suis convaincu. Pourquoi donc l’hypothèse du passage en gratuit de LCI écarté il y a 2 ans revient elle en force ? Parce que l'info de la TNT commence à inquiéter TF1, et qu'il faut tout faire pour la fragiliser.

Car ça n’est pas une histoire d’argent, soyons sérieux. Au regard des résultats  et de la puissance d’un groupe comme TF1, LCI ne pourrait être, au mieux, qu’un foyer de profit anecdotique. LCI n'a jamais gagné d'argent en 20 ans d'existence, ça ne dérangeait pourtant personne. Alors, les pouvoir publics, comme ils le disent parfois, veulent-ils des « groupes audiovisuels puissants à l’échelle européenne » ? Très bien, mais qu’on le dise. Qu’on dise que c’est une histoire de concentration et pas une histoire de concurrence.  

Ça n’est pas non plus une création du marché. LCI ne doit sa notoriété qu’au monopole dans lequel elle a pu évoluer de nombreuses années. Monopole de fait parce que seul le groupe TF1  pouvait essuyer ses pertes importantes. TF1 se payait là un canal d’influence auprès des responsables politiques, canal qu’elle a perdu avec l’émergence de la TNT gratuite. Canal qu’elle souhaite aujourd’hui récupérer? Pourquoi pas.  Mais je vous en prie, ne me dîtes pas que cela doit se faire au nom du respect de la concurrence

D'ailleurs, LCI aurait pu très légitimement passer en gratuit en 2007, justement au moment d'une nouvelle accélération de la concurrence. Elle l'a refusé, "nous ne sommes pas candidat au cimetière" disait son directeur à l'époque. Et oui, il aurait fallu prendre des "risques". Plus simple de venir maintenant revendiquer l'utilisation d'une recette inventée par d'autres... pour mieux les étouffer

Dans une décision récente, l'autorité britannique de la concurrence a décidé d'interdire à Eurotunnel le droit d'opérer une compagnie de Ferry entre Calais et Douvres. Pourtant seules deux compagnies opèrent, ne serait-ce pas un accroissement salutaire de la concurrence? Non! Répondent les Anglais, le renforcement du plus fort (Eurotunnel) est souvent synonyme d'une disparition rapide de la concurrence réelle

Et on entre là dans le chapitre le plus polémique de cette affaire, le capitalisme de connivence, le capitalisme de la barbichette, le capitalisme des réseaux et des héritiers. Quand on regarde, depuis 10 ans l’évolution de notre CAC40, on constate qu’il est en train de reculer, la mondialisation oblige à l’ouverture.  Même sur le secteur des media, l’activisme de Xavier Niel modifie les équilibres, remet un peu de rationalité économique dans un secteur qui se croit au-dessus des comptes (comme d’autres se croient au-dessus des lois) , justement parce qu’il est protégé par les habitudes.

Or, c’est bien cet esprit de réseaux qui sortirait renforcé de toute cette affaire. Là encore, ne me parlez pas de concurrence.

Pas question pour moi d’aller sur un autre terrain, celui de la démocratie, de l’équilibre des pouvoirs et bla bla bla. Je milite pour que l’on considère l’information comme une marchandise (dans un cadre régulé, évidemment, comme beaucoup de marchandises) seul moyen justement d’assurer l’indépendance et la rentabilité de ceux qui la cherchent, l’extraient, la diffusent.

Et c’est donc économiquement, rationnellement, que l’on peut considérer que le passage de LCI en gratuit serait inefficace.

Et c'est bien économiquement qu'il faut conclure par la conviction qu'une boite d'entrepreneurs comme Nextradio sortia finalement vainqueur des batailles qu'on lui imposera

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Published by Stéphane Soumier
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