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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 12:33

Où l'on réalise que l'état ne sait absolument pas où atterrissent les 46 milliards qu'il dépense chaque année dans le logement. Où l'on se demande s'il n'en est pas de même pour les 1000 autres milliards de dépenses publiques

Immobilier: 46 milliards d'argent public dans le brouillard

Ce n’est pas un rapport c’est un aveu. Le rapport? Celui de la Direction Générale des Finances publiques intitulé: Mission d'évaluation de la politique du logement. l'Aveu? Aveu d’ignorance, l’aveu que l’Etat dépense chaque année 46 milliards d’euros sans avoir la moindre idée de leur efficacité.

46 milliards, 2% de la richesse nationale (la défense c’est 38 milliards, l’enseignement scolaire 65 milliards, vous voyez dans quels ordres de grandeur on est). C’est ce qui est dépensé par l’ensemble des administrations publiques en faveur du logement. Et il était finalement légitime que l’inspection Générale des finances publiques en contrôle l’utilisation.

Et bien le constat est sans appel : on ne sait rien.

Immobilier: 46 milliards d'argent public dans le brouillard

En théorie pourtant les choses sont à peu près claires, il s’agit d’abord de « solvabiliser la demande », bref, l’aide au logement (APL, exonérations pour le secteur HLM, prêts à taux 0 etc…). La moitié des moyens sont engagés dans ce but.

Il s’agit ensuite d’aider à construire (niches fiscales diverses et variées) ou à rénover (35% des moyens pour l’ensemble construction-rénovation). Le reste (15%) est absorbé par des situations particulières (hébergements d’urgence, par exemple, 1,3 milliard par an) et ce qui s’appelle sobrement les « coûts d’administration », en bref les frais de gestion. Ils sont sans doute indispensables, notons quand même qu’ils coûtent aussi cher que les frais d’hébergement d’urgence. Gérer l’ensemble de cet argent, dont on va voir qu’on ne sait pas vraiment à quoi il sert, coûte 1,3 milliard.

Parce que l’on découvre donc que l’Etat n’a en fait aucune idée de l’utilisation des sommes qu’il dépense. Et l’IGF fait ce constat avec une froideur désarmante :

« les responsabilités en matière de logement sont fortement éclatées et si l’Etat dispose des outils financiers nationaux ce sont les communes qui définissent la programmation en logements et le droit des sols »

Dit autrement, l’Etat peut dépenser tout ce qu’il veut pour financer des logements accessibles dans les zones urbaines les plus demandées, si les maires ne veulent pas construire, il ne se passera rien.

Immobilier: 46 milliards d'argent public dans le brouillard

Or ces sommes, l’état les dépense, et même massivement, ignorant, volontairement ou pas, que l’on se retrouve face à une collection d’effets d’aubaine, là où il avait des objectifs précis, mais le plus souvent, même, face à des effets totalement contraires aux buts affichés:

« la généralisation des aides personnelles au début des années 90 s’est traduite par un effet inflationniste massif, 50 à 80% de l’aide versée aurait été absorbée en hausse de loyer » , «certains bailleurs profiteraient du passage d’un locataire non-aidé à un locataire aidé pour réévaluer plus fortement le loyer »

(y compris des bailleurs publics, et le premier d’entre eux, la Caisse des dépôts, au terme d’un circuit totalement absurde qui a eu comme seul effet de faire monter les prix de l’immobilier. On sort du cadre de ce billet, mais disons d'un mot que le maire de Sarcelles raconte de manière très précise comment les bailleurs sociaux ont été jusqu'à organiser l'occupation de leurs immeubles par ethnies et nationalités, dans le cadre de la rénovation des logements financée par les APL. C'est bien le financement de l'immobilier par l'Etat qui est à l'origine de l'apartheid dénoncé par Manuel Valls)

On doit aussi, bien sûr, parler d’immeubles construits à coûts de niches fiscales dans des endroits dont personne ne veut, d’aides massives qui ont des effets inflationnistes sur les prix des terrains, de rénovations sur des appartements qui n’en avaient pas besoin, de frais d’études qui ne donneront aucun résultats

-« l’effet solvabilisateur des incitations à l’investissement est en partie capté par les intermédiaires spécialisés »

-«la demande enregistrée de logements sociaux ne reflète qu’imparfaitement les besoins réels, pas de filtrage des demandes, certaines sont présentées plusieurs fois, de nombreuses offres sont refusées par les demandeurs »

Parce que l’outil statistique est totalement défaillant.

C’en est même ahurissant

« l’Etat ne connait pas précisément le nombre de logements achevés chaque année (…) les données disponibles ne permettent pas aujourd’hui de préciser ni d’anticiper la localisation, la taille et le prix des logements nécessaires pour répondre à la demande potentielle des ménages ( …) le constat est ancien et réitéré »

Il faut la relire cette phrase

Je vous rappelle que l’on parle d’un secteur sur lequel le secteur public dépense 46 milliards d’Euros

Immobilier: 46 milliards d'argent public dans le brouillard

Le fait que l’on n’ait pas comme obsession première de construire un outil de mesure efficace est symptomatique d’un système de financements et de subventions publiques qui n’ont jamais à démontrer leurs performances, vous en voulez encore :

« aucun des 14 dispositifs favorisant l’investissement locatif n’a fait l’objet d’une évaluation pour en apprécier l’effet déclencheur sur la décision d’investir ».

C’est le vertige, non ?

Et donc on en arrive au constat cruel : « malgré les fonds consacrés au logement, des situations localisées de déséquilibre semble s'être durablement installées »

Mais je vais vous dire, le plus inquiétant c’est la suite. Vous regarderez ce rapport si le cœur vous en dit (il est là) . Ce que je viens de vous traduire en quelques lignes, c’est à peine le 1er tiers. Tout le reste ce sont les propositions de la Direction Générale des Finances Publiques. Non pas pour améliorer la vision du marché, non pas pour mettre au point un solide outil statistique, non, mais bien des propositions pour dépenser autrement les 46 milliards. Et d'ailleurs beaucoup d'échos médiatiques ont été donnés en janvier dernier à certaines de ces propositions, notamment sur les APL

C’est invraisemblable. En toute logique, après ce constat implacable, la DGF aurait dû conclure sur trois lignes : « étant donné l’ignorance absolue dans laquelle nous sommes de l’emploi des sommes investies, les autorités seraient bien inspirées de suspendre toute décision dans l’attente d’un outil statistique solide ».

Mais non. Et on est obligé d’en conclure que pour la DGF c’est « business as usual ». On n’a aucune idée de ce que deviennent les 46 milliards que l’on injecte dans l’immobilier ? Mais mon bon monsieur, vous croyez qu’on en sait plus pour le reste ? vous croyez que la politique de l’éducation, la politique industrielle est pilotée avec plus de précision, vous rêvez !

Un état devenu totalement aveugle, perdu dans les méandres de ses propres dépenses. On peut craindre que cette vérité immobilière ne soit que la face immergée d’un iceberg à 1000 milliards

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Published by Stéphane Soumier
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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 08:32

Une fois encore les auto entrepreneurs doivent justifier leur courage et leur volonté de s’en sortir. Insupportable

Alors il faut refaire le sketch ? Alors il faut tout remettre sur la table ? Et le rapport de l’inspection générale des finances qui dit que la concurrence des auto entrepreneurs est « marginale » sur les artisans. Et leur chiffre d’affaire limité, très limité, qui montre bien de qui l’on parle : d’hommes et de femmes qui sont restés sur le bord du chemin, mais qui ont décidé de s’en relever justement, de ne pas attendre l’assistanat, les allocations, pour trouver de quoi vivre, élever leurs enfants, etc… d’aller chercher ce qu’il est possible d’aller chercher.

Mais ça dérange qui ? Tous les pisse-froid de la terre qui tremblent à la moindre réforme !

Et Voilà Nicolas Sarkozy, à son tour, qui dit que ce sont « des petits cailloux dans sa chaussure ». Ah, ça le dérange ? Il veut les voix des artisans maintenant. Alors 200, 300, 400.000 personnes qui vont chercher un petit revenu complémentaire ? Des pauvres qui ne se laissent pas faire ? Ah non, pas de ça chez moi !

L’auto entrepreneur n’en finira jamais de déranger parce qu’il est finalement la seule vraie réforme dont notre pays ait été capable depuis 20 ans. Voilà la vérité.

L’auto entrepreneur n’en finira jamais de déranger parce que la liberté fait peur aux corporations installées.

L’auto entrepreneur n’en finira jamais de déranger parce que dans notre société de caste chacun doit rester à sa place .

L’auto entrepreneur n’en finira jamais de déranger parce qu’il bouscule toutes les certitudes, celles des riches qui voient débarquer des barbares, mais aussi celles des pauvres, ou plutôt de ceux qui en profitent, vivent autour et brandissent le code du travail comme une muraille, alors qu’il ne protège que ceux qui ont justement réussi à entrer dans la forteresse du monde du travail.

Et je vais les entendre toutes la journée tous ceux qui vont me parler ici ou là de telle irrégularité, tel scandale, telle distorsion de concurrence. Bien sûr. Formidable prétexte pour ne rien faire. Rendormons nous, notre pays va si bien, et flinguons ce statut qui donne un tout petit peu d’espoir.

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 08:13

PSG, et s'il nous prenait l'idée de nous inspirer de cette victoire de la mondialisation? Et si la capitale et donc la France réalisait que l'on peut construire quelque chose de merveilleux, de courageux, d'enthousiasmant avec du pognon venu du Qatar, des brésiliens, des argentins, des italiens, un suédois sur le terrain? Parce qu'à la fin c'est la capitale qui brille. Ce que l'on accepte quand des jeunes gars courent en short, ne serait-il pas temps de l'accepter pour le capital, les entreprises, l'investissement? Arrêtons d'avoir peur des Chinois à Toulouse, des Américains dans Alstom et des princes arabes avenue Montaigne. Parce que c'est pour nous qu'ils viennent, pour notre talent, notre histoire, nos infrastructures, nos ingénieurs, tous ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, parce que ce sont des emplois, des vrais, que fait pousser leur pognon. Y en n'a pas tant que ça, des chemins de croissance

L'argent du monde est là pour nous, profitons-en, bon dieu!

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 10:29

Le débat économique se perd trop souvent en bavardages sur des détails, il y a finalement peu de sujets pour retrouver de réels clivages idéologiques, la neutralité du net en fait partie.

Voilà finalement un beau débat, en ce qu’il pose des principes essentiels d’organisation du monde et de la société. Soit vous faites globalement confiance au capitalisme et au fonctionnement du marché pour nous conduire sur la route du progrès et d’un accroissement des richesses, soit vous vous en méfiez et vous considérez que ces buts universels ne peuvent être atteints que par un encadrement strict de cette économie capitaliste (je reste dans le cadre de l’économie de marché, bien sûr, sinon, vous nationalisez l’ensemble des facteurs de production et la question ne se pose plus)

J’entends déjà ceux qui me reprochent de simplifier à outrance. C’est le but de ce billet, figurez-vous. On ne peut pas considérer le réseau internet comme un bien essentiel, et verrouiller le débat entre 2000 ingénieurs télécoms

Et c’est d’ailleurs le mérite de cette question de la neutralité du net, un peu comme la spéculation sur les matières premières alimentaires (je vous rassure, ce sera pour une prochaine fois, à chaque jour suffit sa peine), ou l’obsolescence programmée : de permettre de réfléchir sur les éléments fondamentaux du fonctionnement des entreprises, de l’investissement, du profit etc…

Neutralité du Net : en bref, les opérateurs télécom voudraient pouvoir faire varier les tarifs de circulation de l’information sur leurs réseaux. Plus ou moins cher, en fonction de la taille des paquets de données qui circulent et de la vitesse à laquelle ils circulent. Jusqu’à présent internet a toujours fonctionné sur le principe de l’égalité parfaite entre tous les acteurs. Vos mails sont traités comme les vidéos de You Tube. Les autorités de régulation américaines viennent de décider de maintenir ce principe, d’en faire même, quasiment, un principe constitutionnel au titre du « bien essentiel » que représente aujourd’hui le réseau internet

Vous imaginez bien que le débat est vaste, ses implications multiples, et je veux juste là m’en tenir à quelques lignes de principe, face à l’unanimité des louanges mondiales qui considèrent, en gros, que la FCC américaine a sauvé la civilisation contemporaine.

Donc, soit vous faites confiance à un fonctionnement à peu près cohérent du système d'économie de marché et vous pensez alors que les opérateurs de réseaux veulent faire payer davantage, non pas vos mails anodins et votre relation client, mais bien ceux qui prennent beaucoup de place sur leur réseau et qui en dégagent aujourd’hui des profits considérables. Il s’agit de récupérer une partie de ces profits pour améliorer les marges des opérateurs, continuer à investir et susciter davantage de concurrence dans les contenus pour assurer l’avenir et, surtout, ne pas se mettre entre les mains de quelques acteurs surpuissants.

Quand les opérateurs européens, par exemple, demandent une action forte à l'échelle européenne face au pouvoir grandissant de Google, il faut une dose de défiance très forte vis à vis des grandes entreprises pour penser qu'en fait ils n'en pensent pas un mot et fourbissent en secret une alliance contre les jeunes entrepreneurs et les e-commerçants. Non. Il n' y a pas d'alliance secrète, et les géants californiens sont bien l'obsession quotidienne des géants des télécom.

Il faut d'ailleurs ajouter que la rentabilité des réseaux télécoms doit se calculer au regard de la rentabilité des autres infrastructures, ou services aux collectivités. Le capital n'évolue jamais dans un monde fermé.

Ce qui revient à dire que c’est bien le rapport de force entre les entreprises qui, seul, peut fabriquer un système efficace dans l'intérêt de tous. D'ailleurs il est significatif à cet égard de remarquer que Google et Netflix sont ravis du maintien de la neutralité du net. D'une certaine manière la dégradation des réseaux et la réduction des marges des opérateurs sert leur monopole et leur position installée. Au pire ils ont la capacité d’investir pour constituer leur propre réseau (ils ont déjà commencé à le faire).

L'autre solution, c'est de demander au client final de payer plus cher la connexion, demander à chacun d’entre nous de payer plus cher pour que Google maintienne ses marges. Bon, j'avoue avoir du mal à comprendre la démarche intellectuelle qui sous-tend ce raisonnement.

Mais ce fonctionnement finalement assez rationnel de l'économie de marché, beaucoup d’entre vous le contestent. On peut, en effet, légitimement considérer (et c’est même l’idée la plus communément admise) que la fin de la neutralité du net provoquera des ententes entre les opérateurs de réseaux et leurs principaux clients, et se fera donc au détriment de la concurrence, des nouveaux entrants, des start up etc...

J’admets qu’il n'y a aucun argument rationnel à opposer à cela (outre l’idée que ce serait micro-économiquement stupide, que cette idée est en fait le symptôme d’une méconnaissance profonde du comportement des entreprises, et que la neutralité du net est une mutualisation qui n'a jamais donné de résultats efficaces, mais j’avoue, je suis de parti pris).

Et c’est bien la preuve qu’on est devant un débat idéologique et non pas un débat technique.

Et puisque l'internet est élevé au rang de bien essentiel, on pourrait espérer que l'ensemble des points de vue se fasse une place médiatique. Force est de constater, ces derniers jours, que c’est un peu compliqué

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Published by Stéphane Soumier
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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 08:10
Enfumage

L’obligation du détecteur de fumée est une pure opération de racket à 1 milliard qu’il est largement temps de dénoncer

Elle est ahurissante de bout en bout cette histoire de détecteur de fumée. Ahurissante mais inattaquable. Pensez donc, « vous voulez faire mourir les enfants M. Soumier ! Vous êtes irresponsable »

Qu’est-ce que c’est que cet argument ? Parce qu’alors on arrête tout. Descendez-les des mobylettes, des skis, des rollers, des vélos, des poneys, les gamins. Comprenez-moi, que l’on éprouve le besoin d’installer chez soi un détecteur est parfaitement légitime et sans doute utile mais d’où vient cette idée que l’état nounou serait en charge chez moi de la sécurité passive de mes enfants ? Qu’il s’occupe de la maltraitance, de l’abandon, des coups, évidemment, mais il veut surveiller ce que je leur donne à manger aussi ? La lâcheté du mac do du dimanche soir, pas bon pour le diabète ça. Il vient quand le détecteur dans le frigo ?

Ah oui, mais vs comprenez ce sont les pompiers qui doivent prendre des risques après. Parlons-en. Ils dépriment les pompiers. Vous ne le savez pas ? A peine 8% de leurs interventions sont consacrées au feu. En fait, il est en train de disparaître de notre environnement, l’incendie. A tel point que dans les endroits recevant du public et soumis à des règles très strictes, les tensions sont fortes sur les normes. Ah, vous les verrez les détecteurs, ce que vous ne savez pas c’est qu’ils ne sont plus reliés à rien. Que les rondes des agents de surveillances s’espacent. C’est là que ça devient dangereux d’ailleurs, c’est toute l’ambiguïté des normes absurdes. Comme vous vous croyez protégé, vous prenez des risques que vous ne prendriez pas normalement. Mais comme les systèmes dysfonctionnent (parce que plus personne n’a peur), les risques redeviennent réels.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. C’est que cette histoire m’énerve un peu, vous l’aurez compris.

Donc on assiste à une petite opération de racket, que l’on doit devoir à quelques lobbys influents dans le besoin, actant de chiffres il est vrai surprenants : moins de 3% de détecteurs de fumée dans les foyers français contre 89% en Angleterre, 95% aux Etats Unis. Un parc existant de 30 millions de logements, un prix moyen de 30 Euros, et hop un petit marché qui «représenterait a minima entre 600 et 650 millions € pour les fournisseurs (…) et susceptible de s’élever à plus de 900 millions € (…) un potentiel qui pourrait s’accroitre si le particulier choisissait judicieusement d’installer deux détecteurs» (sic !). On n’allait pas se refuser une petite norme à plus d’1 milliard, hein ?

Vous allez m’envoyer à la figure la douleur des victimes ? Elle est insupportable. La brûlure est sans aucun doute la pire des blessures, le feu le pire des traumatismes. Mais désolé, c’est justement d’utiliser cet argument, dans ces circonstances purement mercantiles qui est insupportable.

Parce que le législateur lui-même n’est pas dupe : « Aucune sanction n’est actuellement prévue par la réglementation en cas de non installation du détecteur de fumée », mieux : « la compagnie d’assurance ne peut d’ailleurs pas se prévaloir du défaut d’installation du détecteur pour s’exonérer de son obligation d’indemniser les dommages causés par un incendie ».

Elle est pas belle la norme ? Ce n’est pas une forme d’aveu ?

Et l’on va voir gonfler une petite bulle, tranquille. Je reçois des mails de jeunes entrepreneurs enthousiastes qui ont monté qui, le détecteur connecté, qui, le détecteur design, « M. Soumier, c’est génial, on ne peut pas fournir tellement il y a de demande, on est en train de courir derrière le stock »

Cours pas trop vite mon pote. Ton stock dans 6 mois il te restera sur les bras. D’ailleurs mon entrepreneur me dit que les banques ne veulent pas suivre pour lui fournir la trésorerie. Pas folles les guêpes, elles en ont vu d’autres.

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 13:49
OMG! je vote Syriza

En parcourant la lettre grecque aux institutions européennes, je me demandais ce que nous serions nous capables de faire voter à l’Assemblée. Pas grand chose, en fait

Les premières lignes sur la politique fiscale passeraient « crème » comme disent les gamins

« s’assurer que toutes les sections de la société et particulièrement les plus nantis contribuent de manière juste au financement des politiques publiques ».

Pour le reste, ce serait beaucoup plus aléatoire

-« les autorités grecques vont revoir et contrôler la dépense publique dans tous les secteurs (par exemple éducation, défense, transport, collectivités locales, dépenses sociales) » (note de l’auteur : c’est le gouvernement qui cite ces exemples, et pas d’autres, ce n’est pas moi)

-« La Grèce prend l’engagement de continuer à moderniser son système de retraites » et « veut éliminer la pression sociale et politique qui pousse à partir en préretraite dans tous les secteurs de l’économie et particulièrement dans les banques et dans le secteur public, ce qui surcharge les systèmes de pensions » (…) « en apportant une assistance particulière aux travailleurs entre 50 et 65 ans » (note de l’auteur : oui, vous avez bien lu, 65 ans)

-« réduire le nombre de ministères de 16 à 10, réduire le nombre de conseillers spéciaux et les avantages des ministres, des membres du parlement et des hauts fonctionnaires »

Ensuite vient une partie très grecque, je la cite juste pour la philosophie générale du texte : -« collaborer avec la direction des banques et les institutions pour éviter les saisies des maisons des plus démunis, mais le faire avec l’esprit suivant : maintenir le soutien de la société pour le programme de réformes, empêcher une baisse supplémentaires des prix de l’immobilier (…) et promouvoir une forte culture de respect des échéances financières » (note de l’auteur : vous noterez que la dernière phrase ne manque pas de sel)

(je passe sur le chapitre privatisations où l’on insiste sur la volonté de respecter les intérêts de l’Etat, mais aussi pour l’Etat la nécessité de respecter sa signature, et donc les privatisations déjà réalisées ou en cours de finalisation ne sont pas remises en cause, la suite est intéressante:

-"adopter une approche particulière pour chacun des cas nouveaux à traiter, en insistant sur les partenariats de longue durée, les partenariats public-privé et les contrats qui ne maximisent pas seulement les revenus du gouvernement mais aussi les niveaux envisageables d'investissement privé")

Et j’en viens au chapitre sur le salaire minimum :

-« augmenter le salaire minimum de façon à respecter la compétitivité et les perspectives d’emploi » (aucun chiffre n’est précisé, mais vous noterez que les grecs, eux, font un lien entre l'emploi et le salaire minimum, laissant entendre, mais j'admets que ça n'est pas écrit, qu'un salaire minimum trop élevé est un frein à l'embauche) , que suit un chapitre sur la création d’un

-« better business environment » et sur la nécessité d’en finir « avec les rentes indues des professions réglementées » (sic)

10 petites lignes à la fin s’inquiètent des plus démunis, « absolute poverty », et tous, nous les signerions sans hésiter (« ensure that its fight against the humanitarian crisis has no negative fiscal effect »)

Ne vous méprenez pas. Ce n’est pas le récit d’une sorte de triomphe néo-libéral. Ce serait totalement inapproprié. Non, c’est la certitude qu’un jour on exigera de nous ce qu’on exige de la Grèce. Qu’une lettre comme celle-là, il faudra l’écrire. Qu'on en est incapable aujourd'hui.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 11:34
Les emplois Uber

Quelques jours pendant lesquels on a vu combien le travail se transforme. A nous tous d’en prendre la mesure

Parce que moi, ma semaine, elle a commencé avec une rencontre que je n’attendais pas. Exactement, dont je n’imaginais pas l’intérêt. Une rencontre avec le patron d’Elis. Vous connaissez Elis. Non? Alors, allez vous laver les mains, et vous lirez Elis sur le rouleau de tissu bloqué déjà humide où vous renoncerez à les essuyer, vos mains. Ok ? Vous y êtes ? Blanchisserie industrielle.

Et qu’est-ce que j’apprends en discutant avec le patron? J’apprends que le gars que je croise tous les matins et qui décharge son camion avec les draps de l’hôtel juste à côté, que ce gars-là est un agent commercial, un vrai. Qu’après le déchargement et la manutention il va voir le patron des services généraux de l’immeuble pour discuter du contrat, proposer de nouveaux services (vêtements de travail, fontaines à eau…) qu’il a été formé pour ça, qu’il dirige parfois une petite unité de business et qu’il est évidemment rémunéré en conséquence.

L’agent Securitas qui reste maintenant devant l’entrée de l’immeuble, lui, n’en est pas encore là, mais tout est en train de se mettre en place pour qu’il le soit. Il sera peut-être bientôt remplacé par une caméra, ça veut dire que l’entrée sera totalement blindée, et ça veut dire aussi qu’il sera lui, au chaud, dans un pc sécurité, à faire le même job, mais en surveillant une dizaine de sites à la fois. Non, ça ne fera pas des emplois en moins, ça fera des emplois en mieux. Ce qui est important c’est que ça va se négocier en partie avec lui, que les équipes de surveillances font maintenant les premiers audits sécurité et sont en mesure elles aussi de « vendre des solutions » au client avec lequel elles sont en contact permanent, et là aussi ce sont de nouveaux dispositifs de rémunérations qui se mettent en place (des partages de marges sur les contrats, complexes et bluffants). Mais en surveillant plusieurs sites, il fait baisser les coûts, rend l’offre plus abordable, et ça tombe bien puisque la demande de sécurité est en augmentation.

Et Macron dans tout ça

J’en viens à la loi Macron, et à ce culte industriel dont on ne veut décidemment pas sortir. Croyez-vous qu’on aurait eu les mêmes émois frondeurs si on avait dit que ce sont les usines PSA qui allaient tourner 7/7. Ce qu’elles ont déjà fait d’ailleurs. Chacun souhaite qu’elles le fassent à nouveau. Là c’est respect. La noblesse ouvrière.

Alors que le commerce…

Mais pourquoi refuse-t-on de considérer qu’à travers les Zones Touristiques Internationales, et plus encore à travers les Zones Commerciales, on va faire sortir de terre 10, 20, 30 usines tertiaires qui vont produire 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires ? Oui, 1 milliard, ce sont les Galeries, Boulevard Haussmann. Pensez que la Samaritaine, à deux pas, est fermée depuis plus de 10 ans ! Une usine à l’arrêt, la question aurait été réglée en 6 mois. Et arrêtez de me dire que « les gens n’ont plus d’argent », regardez le taux d’épargne qui ne cesse de croitre. Y en a du pognon, manquent les vendeurs pour le faire cracher !

Mais ce n’est pas mon sujet, parce que ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le mal que nous avons à admettre les mutations profondes de notre machine économique. Les chiffres du cabinet d’analyse Trendeo publiés ce matin par Les Echos sont très intéressants. On crée à nouveau des usines. Il y a moins d’ouvriers à l’intérieur. Ils ne reviendront pas. Jamais. Quand va-t-on l’accepter ? Un spécialiste de l’usine du futur me disait en souriant : « bientôt dans une usine il y aura un homme et un chien. Un chien pour s’assurer que l’homme ne touche à rien, un homme pour donner à manger au chien ». Je ferme la parenthèse, et reviens à mes équipes d’Elis et de Securitas : d’autres formes d’emplois sont en train de se développer, qui ne sont pas moins nobles que les anciens emplois industriels, qui offrent des perspectives passionnantes et de réelles carrières à ceux qui voudront les embrasser.

Non, nous ne sommes pas condamnés à un monde d’ingénieurs hyper qualifiés entourés de chômeurs désespérés. Pour peu que l’on regarde ces nouvelles formes d’emploi, toutes les formes d’emploi

Et Uber dans tout ça

Et j’en viens à Uber. Ça y est, la chasse est lancée contre Uber Pop. Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire, Uber Pop est manifestement illégal. L’idée, c’est que n’importe quel particulier prend sa voiture quelques heures et transporte n’importe qui n’importe où. Plus de licence, plus de contrôle, plus rien. Plus rien que du travail et de l’activité. C’est l’autre bout de la chaîne, l’autre aspect de ces nouveaux jobs qui partout sont en train de naître. Vouloir les bloquer, les interdire, c’est forcément entretenir le chômage de masse, parce que rien d’autre ne viendra prendre leur place.

« Ce ne sont pas de vrais emplois », 10 fois j’ai entendu ça cette semaine. L'économiste Patrick Arthus décrit très clairement ce qui est en train de se jouer: "au siècle dernier on a vidé les campagnes pour remplir les usines, avec des gains de productivité qui ont nourrit la croissance de l'après guerre, maintenant on vide les usines, vers les emplois de service et les Mc Donald's, et là c'est très inquiétant parce qu'on descend en qualification, et donc en productivité et donc en croissance. Il faut absolument arrêter cela". les pistes ouvertes aujourd'hui par les sociétés de service ébauchent une réponse et les "emplois Uber" viennent apporter des compléments de revenu.

En réalité, plus personne ne sait ce que sont de « vrais emplois », on peut tout juste décrire des formes de travail qui m’ont l’air de construire un bout d’avenir

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 08:54
Lâchez nous avec le Rafale

Le Rafale c’est un vieux monde, une vieille guerre, l’entente et les gros pardessus, l’entregent et les protections indues, et un système médiatique qui vit au 20ème siècle

Elle sent la naphtaline, la France du Rafale. C’est difficile à dire quand on fait des déclinologues ses principaux ennemis. On vient gâcher la fête. Mais bon dieu, qu’est-ce qui motive cette hystérie médiatique. Je dis médiatique, parce que je me demande très sincèrement si ça intéresse vraiment qui que ce soit à part les militaires, les ingénieurs en aéronautique et les journalistes, ce qui fait une population finalement réduite

On ne sait rien de ce contrat, mais on nous dit que c’est « une bonne nouvelle pour le contribuable », on bombarde en pure perte l’Irak depuis 10 ans mais on nous dit que c’est encore la guerre du XXIème siècle, on est sur les derniers feux d’un programme vieux de 35 ans, mais on nous dit que c’est le début d’une grande aventure.

En fait on vient de vendre notre dernier minitel, et on va nous en faire l’aventure économique du mois ? Il ya peu Stéphane Richard, le patron d'Orange, émettait l'idée saugrenue que Boeing avait été remplacé par Google dans les priorités de puissance américaines. La france du Rafale doit considérer que c'est un saltimbanque.

Je rajoute quelques lignes en apprenant que Paris a été survolé dans la nuit par une demi douzaine de drones. L'idée saugrenue qu'on aurait décidément une guerre de retard ne peut-elle pas venir agiter quelques cerveaux embués? Je vous raconte ma vie, mais je pense furieusement au débarquement des marines à Mogadiscio, Somalie, avec hélicoptères de combat et chars Abrams. J'y étais. Ils ont fini découpés dans une ruelle. Il y a 20 ans. Derrière ce fut une révolution stratégique fondamentale, parce qu'on sortait d'une première guerre du Golfe marquée, au contraire, par la toute puissance des bombardiers. Les américains comprenaient brutalement que ce serait la dernière.

Lâchez nous avec le Rafale

Et je ne parle pas des conditions politico-stratégiques. On en est à un tel point qu’on se dit que si la Corée du Nord avait émis l’idée d’en acheter un bout …

Bon, et alors ? Et alors j’aimerais que le récit quotidien de la vie économique soit davantage en phase avec ce qui fera notre croissance. Qu’on arrête de nous recevoir avec un sourire sceptique quand on dit que le premier créateur d’emploi en France est une boite extraordinaire de services à la personne, qu’on prenne à sa juste mesure l’incroyable performance d’ Hermès qui bat une nouvelle fois son record historique, qu’on arrête de tordre le nez devant les performances de Renault parce qu’on n’aime pas le design de la dernière Laguna.

Les technologies, les usages bougent si vite, tous les jours je reste saisi par ces mouvements immenses que me racontent les chefs d’entreprise, nos gamins ont un appétit insatiable pour l'aventure planétaire, arrêtons de leur projeter l’image d’un monde disparu

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Published by Stéphane Soumier
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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 13:52
Et si Médecins du Monde se trompait ?

En tout cas, en attaquant le brevet de Gilead sur l’hépatite C, Médecins du Monde nous oblige à poser les bonnes questions

Et la première c’est bien celle de l’efficacité des traitements. Depuis quelques années, ces start up de la pharmacie que l’on appelle les Biotechs sont en train de résoudre à une vitesse considérable des problèmes importants de santé publique. Le patron de Genfit (spécialisé dans les nouvelles maladies du foie) nous expliquait la mécanique, entre une recherche fondamentale qui reste dans les laboratoires publics et la « big pharma » qui se concentre sur le marketing des molécules matures, les biotechs sont le chaînon indispensable, ultra risqué, qui permet d’aller de l’un, à l’autre.

Ultra-risqué, tout est là. A la sortie d’un labo de recherche, on a une piste, rien d’autre : premiers tests, effets secondaires, tout reste à faire, et les capitaux à engager sont considérables. La finance, le marché, a décidé de s’en occuper.

Non pas pour le bien de l’humanité. Elle s’en fout comme de l’an 40, mais pour des perspectives de rentabilité considérables. Je reprends l’exemple de Genfit, elle s’attaque à ce qui va devenir une épidémie dans les pays développés : une cirrhose du foie, non plus provoquée par l’alcool mais par l’abus de graisses. Les autorités de santé américaines considèrent que c’est une urgence. Le marché à 10 ans est estimé à 35 milliards de dollars (le prix des cirrhoses qu’on ne sait pas soigner), trois biotechs font la course, autant dire que Genfit, dans 10 ans, peut-être assise sur 10 à 12 milliards de revenus annuels.

« peut », tout est dans le peut. La finance le sait, et va s’acheter des tickets dans 5/10/15 biotechs, sachant qu’une seule, finalement arrivera au bout. Mais j’insiste, ces tickets sont des investissements importants, parce que c’est une course de vitesse on ne refuse rien aux molécules, les millions sont dépensés à une vitesse vertigineuse.

C’est là qu’on en vient à Médecins du Monde. Elle s’attaque à la rentabilité d’une molécule contre l’hépatite C. Vous en avez entendu parler, sous le nom commercial de Sovaldi… parce que la France n’a pas les moyens de se la payer ! Plus exactement, le traitement coûte tellement cher que nos autorités de santé la réservent aux malades les plus atteints, les autres peuvent attendre. C’est vrai. Et c’est peut-être une première réponse.

Médecin du Monde juge que la rentabilité de Gilead, le laboratoire qui commercialise cette molécule, est honteuse. C’est vrai, mais c’est là que c’est une erreur dangereuse.

Oui, les actionnaires de Gilead ont gagné au loto. Mais oui, le ticket qu’ils ont acheté a permis un traitement efficace à quasi 100% de l’hépatite C. L’erreur, c’est de calculer leur rentabilité sur cette seule molécule. Il faut en fait prendre en compte l’ensemble des recherches financées par les mêmes actionnaires (souvent des fonds spécialisés qui ne font que ça) qui ont avorté. Difficile.

Vous comprenez le danger. C’est bien cette perspective de rentabilité exceptionnelle, ce ticket de loto, qui nourrit la croissance des biotechs et leur permet d’avancer toujours plus vite. Y porter atteinte au nom d’une morale très relative, c’est prendre le risque de couper cette pompe à finance. On se congratulera en disant que l’on a fait reculer les spéculateurs, et on comptera les morts de la prochaine Hépatite C.

La question du prix de ces traitements est une sacrée question, l’une des plus importantes qui puissent se poser dans les pays développés frappés par le vieillissement. Penser la résoudre tapant sur les spéculateurs est sans doute la solution la pire. Oublier qu’ils sont à l’origine des solutions médicales que personne n’imaginait il y a quelques années. Ne vous inquiétez pas pour eux, ils trouveront leur rentabilité ailleurs.

Pour me faire comprendre je me permets un parallèle avec les matières premières alimentaires. Les mêmes idées généreuses ont amené les banques a totalement déserter ce terrain. On s’en félicite, on retrouve la stabilité des prix. Personne ne voit les milliards d’investissements qui auraient pu se déverser dans le secteur et qui ne viendront pas. Ils étaient pourtant la seule solution à l’autre grande question qui devrait nous hanter : nourrir correctement 9 milliards d’individus.

Les nourrir et les soigner. On est sur du lourd !

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Published by Stéphane Soumier
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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 13:00

...on a une belle semaine devant nous. Deux questions importantes : la Grèce peut-elle trouver un porte parole crédible pour poser à sa place les bonnes questions qu’elle pose ? Que faire de la loi Macron ? Rien à voir ? Quoi que …

Parce que la Grèce a raison, mais qu’elle est inaudible. Celui qui a braqué la caisse est assez peu légitime pour dire qu’on pourrait mieux utiliser le pognon qui dormait dans le tiroir. Je résume, mais c’est à peu près ça. La zone Euro joue les fiers à bras en ce moment, faisant mine d’oublier qu’elle n’a réglé aucun de ses problèmes structurels. Aucun. Il y a toujours une totale incompatibilité entre les traités européens, leurs critères de convergence (déficit, dette etc…) et la réalité de l’endettement. S’il est supportable aujourd’hui, c’est que nous vivons sur le nuage d’argent gonflé par les banques centrales. Quand reviendra l’heure d’un fonctionnement économique un peu plus rationnel, en clair, quand les taux d’intérêts remonteront, nous redécouvrirons que les Grecs ne sont sans doute pas les plus à plaindre. Difficile d’imaginer que l’on puisse éviter une forme de mutualisation de cette dette, d’ailleurs dans les propositions de Varoufakis, on revoit ressortir les idées de « dette bleue-dette rouge » portée par le français Jacques Delpla, ou par… le conseil des sages que consulte le gouvernement allemand. Elles ont quatre ans ces idées, on n’a pas avancé d’un poil

Le problème c’est que la Grèce se fout de nous, évidemment. Si les Espagnols, les Irlandais tenaient le même discours, on écouterait. Sauf que les Espagnols et les Irlandais, ils ont l’impression d’avoir fait le boulot, l’idée d’offrir une porte de sortie aux Grecs, pire encore, d’assumer une partie de leur fardeau, est politiquement injouable.

Donc retour à la case départ. Mais le temps tourne

C’est là que déboule Macron. Que faire de cette loi ? Je ne sais pas pour vous, mais moi je change d’avis tous les jours. Tenez le permis de conduire, j’avais l’impression d’une défaite des libéraux en rase campagne. Et voilà que les auto écoles manifestent. Allons bon. Deux coups de fil, et les start upper type Ornikar me disent qu’ils sont effectivement ravis des ouvertures prévues par la loi… mais chuuut… faut pas trop que ça se voit, qu’ils puissent bosser tranquille. Dont acte. (Discrète avancée aussi sur les « actions gratuites » que l’on pourra de nouveau distribuer aux salariés dans des conditions fiscalement décentes, mais même chose, chut ! Pour les notaires, j’y arrive plus, j’ai renoncé à comprendre, mais je me demande de plus en plus s’il ne sagit pas d’un leurre pour faire passer tout le reste en douce...)

Là c’est quand même l’heure de vérité : la bataille du dimanche ! Oui ou non va-t-on laisser les touristes chinois déambuler l’âme en peine le dimanche sur les trottoirs déserts, ou bien va-t-on leur ouvrir les magasins ? Si c’est le préfet qui décide (zone touristique internationale), halleluïa, chaud devant, c’est l’open bar ! Si c’est le maire de Paris… pom, pom, popommmm… marche funêbre, la ville continuera de crever doucement sous l’œil satisfait de ses nouveaux maîtres. Macron face à l’attelage des frondeurs, des écolos et de Mme le maire. Eye of the tiger ! Rocky 4 !

Bon, le rapport avec la Grèce ? Le temps, camarades, le temps. Les banquiers centraux nous donnent du temps, et l’équation de la dette insoluble en période de stagnation devient plus simple à résoudre avec un peu de croissance. Or, on va pas se refaire, nous sommes un certain nombre convaincus que les réformes sont les clés de la croissance, moins d’ailleurs par leur impact réel et mesurable que par l’ambition qu’elles pourraient diffuser et l’idée, mille fois répétée, qu’un chef d’entreprise n’a finalement besoin que d’une étincelle, parfois, pour investir. Macron qui résiste sur la bataille du dimanche, Valls qui vient le soutenir, et c’est peut-être une digue derrière laquelle on peut espérer se sentir un peu à l’abri… allez… en faisant un effort

Comme quoi, mine de rien, belle semaine

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