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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 11:53
Sochaux, Ledus, la micro info qui nous en dit tant

"l'entreprise chinoise Ledus rachète 100% du club de football de Sochaux"
So what? Tout
!!

1/Ledus: filiale de la société Tech Pro Technology, c'est une marque d' ampoules Led, au coeur de la transition énergétique. Le plus grand enjeux business de ce début de siècle. Non seulement les chinois ne sont pas en retard, mais on va vite se demander s'ils ne sont pas en avance
2/des chinois, justement. Ils rachètent un club de foot pour populariser leur marque, la Chine n'est plus un centre de production, elle sort de ses frontières (et va bientôt "délocaliser" d'ailleurs..). Elle veut imposer ses marques commerciales, "Ledus, light up the world" could be the knew "i'm worth it".
3/Sochaux, l'un des plus vieux clubs de France. Nous sommes riches des actifs de notre histoire, c'est un pan de culture qui peut faire rêver le monde entier, à nous de le valoriser (à moins qu'on se mette à pleurer sur le patrimoine bradé)

Remarquez que les chinois ne font pas dans le bling bling. Marseille aussi est à vendre, je crois.

4/le vendeur, Peugeot. Pas besoin de vous faire un dessin sur une industrie à bout de souffle

une entreprise chinoise qui fabrique des ampoules led rachète l'un des plus vieux clubs de football de France à un constructeur automobile européen en difficulté pour imposer sa marque sur notre continent.

Tout y est non? Cours camarade, le vieux monde est derrière toi

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Published by Stéphane Soumier
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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 10:20

Les jeunes diplomés se voient entrepreneurs et pourront compter sur des bataillons d’indépendants. Voilà la révolution qui vient

Diplomés entrepreneurs, l'arme fatale

Et si c’était le chiffre le plus important de l’année ? Il nous est apporté par le mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs : 34% des jeunes diplômés souhaitent créer leur propre entreprise. Le ministère des finances, L’Oréal ou Airbus ne sont plus leur horizon indépassable.

En cela ils s’inspirent évidemment des nouveaux héros entrepreneurs dont les sagas sont encore aujourd’hui partout dans le monde des trajectoires immaculées. Où sont les compromissions, les lâchetés, les trahisons de Niel ou de Zuckerberg ? Dans des points de détail, mais sur l’essentiel, ils ont tracé leur route et partout semé la richesse. Oui, je l’écris comme un conte de fée, et j’emmerde les pisse-froid qui se noient dans les détails

Mais ils prennent surtout la mesure des mutations du capitalisme et du potentiel vertigineux de l’internet industriel : plus besoin de capitaux considérables pour avoir de l’ambition, et les nouvelles technologies vous donnent très vite un horizon mondial

Pour notre système français, j’y vois un élément fondamental : ces jeunes diplômés vont nous construire des boites plus solides.

Le grand silence de notre débat économique, c’est la qualité des chefs d’entreprises. Les larmes de crocodiles qui sont régulièrement versées sur notre manque d’entreprises de taille intermédiaire laissent pudiquement de côté ce qui est une des racines du mal : ce ne sont pas les élites qui dirigent les PME. Les patrons de PME en France sont comme vous et moi, des hommes, des femmes, qui ont eu le courage de prendre des risques et les capacités de les transformer en succès, mais qui sont parfaitement lucides sur leur niveau réel. S’ils ne veulent pas croitre, c’est qu’ils ne s’en sentent pas les capacités. Où qu’ils n’en voient pas l’utilité. Ce qui finalement revient au même

Les élites, elles, sont à l’abri des grands groupes et des cabinets ministériels, l’état et les cabinets ministériels les a dévorées. Si elles pouvaient enfin des mettre à la barre de la croissance, ce serait une nouvelle incroyable

Benoit Grossmann, l’un des patrons d’Idinvest, celui qui est à l’origine des plus grands succès français dans le domaine de la croissance techno (de Deezer à Criteo) me racontait récemment pourquoi il n’avait pas investi, il y a dix ans, dans Blablacar (un « ratage » évidemment, pour lui) : « pourtant, je l’ai vu deux fois Frédéric Mazzella (le patron de Blablacar) , et ce qui m’a fait reculer, à la fin, c’est qu’il était centralien ». Frédéric Mazzella sortait d’une grande école, et il y a dix ans, c’était une tare pour un investisseur !

Et pourtant, celui qui vous parle ayant lamentablement échoué au concours de l’école normale peut vous le dire, le cerveau de ces gens-là va plus vite que le nôtre. Qu’ils mettent cette puissance au service de la croissance et plus de l’ambition politique est un fait majeur.

D’autant qu’ils pourront compter sur des bataillons d’indépendants ! C’est jean Charles Simon qui m’apporte ce chiffre ce matin, la croissance de l’emploi non-salarié est un fait majeur en France de la structure du travail de ces dix dernières années. +35% d’indépendants depuis 2001, 600.000 personnes, pendant que l’emploi salarié, lui, stagne.

Ces indépendants sont en train de faire seuls la réforme du code du travail dont les partenaires sociaux sont incapables (accessoirement, ils développent aussi des stratégies d’évitement des cotisations sociales qui poseront un jour un problème considérable à notre système à bout de souffle). Ils seront la force décisive, souple, précise, indispensable, qui accompagnera au combat nos élites entrepreneuriales.

Avouez que c’est un monde qui peut changer très vite. Quand on regarde ça, alors oui, on peut penser que « France is the next big thing » et que cette révolution silencieuse va nous construire un avenir

Amen.

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Published by Stéphane Soumier
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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 08:58

Tout était prêt en 2006 pour passer à la retenue à la source de l’impôt sur le revenu. Ce qui fait que Bercy a déjà répondu a beaucoup des questions que vous vous posez. En y regardant de plus près, on découvre même une redoutable stratégie politique en vue de la présidentielle

Pourquoi la retenue à la source est un imbattable argument de campagne présidentielle

Complexité pour les entreprises ?

Je me demande bien pourquoi. Je comprends que les entreprises soient traumatisées par l’évolution de la fiscalité, mais là, franchement rien à craindre. C’est toujours l’administration fiscale qui calculera le taux de prélèvement pour chaque foyer fiscal. Elle ne va laisser ce soin à personne, soyez en sûrs. Les entreprises recevront ce qu’on appelle un « taux synthétique », un simple chiffre : « M. Martin doit être prélevé à 8,5% », une ligne de plus sur la feuille de paie, rien d’autre.

Si M. Martin conteste son taux de prélèvement c’est auprès de Bercy qu’il le fera, pas auprès de l’entreprise.

Ce taux synthétique restera totalement opaque. Impossible pour l'entreprise d'en déduire quoi que ce soit tant sur la situation familiale que sur la situation patrimoniale du contribuable.

Simplification pour les contribuables ?

Pas vraiment. Grosso modo les procédures restent les mêmes, toujours une déclaration à vérifier : pour les salariés, l’écrasante majorité des contribuables, la déclaration préremplie fonctionne tout de même très bien mais il faut y intégrer les niches fiscales (les journalistes, par exemple…) et il y aura toujours des régularisations en fin d’année pour intégrer les autres sources de revenus

Cette mesure est d’abord une mesure de sécurité. Ce n’est pas par hasard si vous trouvez un important taux de défaut des entreprises à 3 ans par exemple, c’est à ce moment-là que l’ensemble des cotisations rattrapent les entrepreneurs, il en est de même parfois pour les salariés. Quand la situation se tend, il est parfois compliqué de ne pas confondre la feuille de paie et votre véritable revenu. Cela renforce encore plus le drame du chômage, notamment pour les cadres, quand vous devez payer des impôts sur un salaire que vous ne touchez plus

Une aubaine pour masquer les hausses ?

Je crois que c’est tout le contraire. Aujourd’hui, franchement, vous vous souvenez à l’Euro près du montant de votre imposition sur le revenu ? Et vous pouvez le comparer en tenant compte de l’évolution de vos revenus ou de votre situation familiale ou patrimoniale ? Très compliqué. Là, d’un mois sur l’autre, c’est votre net à payer qui change si vous êtes concerné par une hausse d’impôt. Avouez que l’effet serait immédiat et dévastateur pour les responsables politiques (le gouvernement en a fait les frais sur les heures supplémentaires défiscalisées. Leur suppression a été un choc immédiat sur les salaires et vécu comme tel dans les entreprises)

L’année blanche et le calcul politique

Paradoxalement c’est l’un des éléments les plus complexes, parce que l’on confond souvent prélèvement et mensualisation. Maintenant qu’on a une date, c’est plus simple et vous allez voir que c’est la clé du calcul politique de François Hollande.

En 2018 vous serez censés payer vos impôts de l’année 2017. Si l’on déclenche le prélèvement à la source en janvier 2018, vous paierez vos impôts sur les revenus gagnés ce mois-ci, janvier 2018. Que deviennent alors les revenus 2017 ?

Ils pourraient bien être exonérés d’impôts. Une aubaine pour des millions de salariés. Pas pour tous. D’abord la majorité des salariés ne sont pas imposables. Ensuite, beaucoup d’entre vous paient leurs impôts avec un an de retard sans même s’en rendre compte. C’est le cas de beaucoup de ceux qui sont mensualisés. Pour ceux-là, la mesure ne changera absolument rien, au lieu de vous prélever sur janvier 2017 on vous prélèvera sur janvier 2018, sans la moindre conséquence sur vos revenus ou votre épargne s'ils n'ont pas changé dans l'année.

Mais un certain nombre de salariés, ceux dont les revenus peuvent évoluer d’une année sur l’autre, mettent de côté chaque année de quoi payer les impôts l’année suivante. C’est cette épargne de précaution qui serait soudain libérée. Et en 2006 Bercy avait calculé que cela représenterait plusieurs dizaines de milliards d’Euros. L’équivalent d’un plan de relance. Une aubaine, d’ailleurs, d’autant plus importante que les revenus sont importants

C’est bien pour cela que l’on va avancer avec prudence là-dessus. D’ailleurs pour l’instant le gouvernement ne parle que des revenus salariaux. C’est vrai que pour les autres revenus les effets d’aubaines sont très simples à organiser : vous pouvez décaler trois mois de facture, vous payer un max de dividendes etc… le problème, c’est que le conseil constitutionnel pourrait bien trouver qu’il y a là une rupture de l’égalité devant l’impôt et casser la mesure. L’affaire de l’année blanche est assurément complexe.

Mais le calcul politique est tellement tentant qu’on se demande si l’année blanche n’est pas en fait au cœur de la réflexion de François Hollande : en promettant le déclenchement de la mesure en 2018, en laissant filtrer qu’il pourrait exonérer les revenus salariaux, il nous met un marché diabolique entre les mains : « votez pour moi, et vous gagnerez un an d’impôts. Sinon ?... qui sait ce qui se passera ? »

Il rappellera que la mesure était déjà sur les rails en 2006 et que Sarkozy avait tout stoppé en 2007. Thierry Breton l’affirme haut et fort : « Sarkozy a tout stoppé parce que ça ne venait pas de lui, il n’y a pas d’autre raison »

Sarkozy ? Tiens donc…

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Published by Stéphane Soumier
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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 09:05

Le démantèlement d’Areva est-il devenu une évidence médiatique. Rien ne l’impose pourtant.

Démanteler Areva ? Pour quoi faire ?

Un regard étonné. Voilà tout ce que vous recevez quand vous dites tranquillement que vous ne comprenez pas cette histoire d’Areva. Que vous ne comprenez pas comment cette évidence s’est installée : Areva, c’est fini.

-Mais enfin, M. Soumier…

-Quoi ?

-mais enfin, des milliards de pertes… vous n’y pensez pas…

-ah ? Et PSA ? Et Airbus ? On n’a jamais vu des milliards de pertes au cœur d’un projet industriel ? Vous voulez que je remonte à Apple ? A General Motors, à nouveau constructeur de rang mondial, sur lequel l’Etat américain a investi des dizaines de milliards de dollars en 2009 ? Qu’est-ce qui se passe dans ces cas-là ? Les actionnaires recapitalisent s’ils pensent que le projet a du sens. Vous savez que pour PSA renfloué il y a 18 mois, l’Etat pourrait aujourd’hui sortir avec une plus-value de plus de 1 milliard ?

-l’Etat n’est pas hedge fund, Monsieur !

-Ben non, c’est bien pour ça que ses choix de recapitalisation doivent être faits en fonction de l’intérêt général. Et là de quoi s’agit-il? De l’indépendance énergétique de la nation. Désolé mais ça me semble un enjeu légèrement supérieur à la face avant de la 208.

La réalité c’est que cette affaire concentre toutes les incohérences de l’état actionnaire. Il y a évidemment un bouquin à écrire, pas sûr que ça se vende, alors je vais me contenter de quelques lignes.

En résumé : l’Etat n’agit plus qu’en fonction de l’émotion du moment. Il est essentiellement guidé par le maintien ou le développement de l’emploi. En matière d’industrie c’est criminel. On sauve l'automobile pour éviter une immédiate fermeture d'usine, on ne construit en rien l'avenir du pays. En matière d’énergie ça l’est même doublement. La seule échéance de l’énergie ce devrait être 20 ans. Comment demander à un responsable politique de travailler pour des générations qui ne sont pas encore nées ?

S’il le faisait, l’Etat ne signerait pas l’arrêt de mort du leader mondial du nucléaire , bien au contraire, il profiterait de la crise pour lui donner un nouvel élan.

On reprend rapidement les deux ou trois points de consensus qui condamnent l’entreprise ?

-EPR. C’est le principal. Notez qu’à ce sujet la bonne question n’est jamais posée. La bonne question c’est : l’EPR a-t-il un sens ? Celle-là, j’admets, il serait très utile d’en débattre. Non, le sujet c’est : Areva est incapable de construire l’EPR, donc on transfère l’activité à EDF.

Ah bon ?

Parce qu’EDF y arrive peut-être ? Flamanville (EDF) est à peu près dans le même état que la Finlande (Areva). La vérité c’est qu’Areva s’est sans doute (comment le nier) lancé dans un projet qu’elle n’avait pas les moyens d’assumer. Mais c’est là justement que l’actionnaire doit jouer son rôle. Car Lauvergeon n’a pas pris la décision seule, et surtout, si l’actionnaire avait imposé à EDF de reprendre l’ensemble des rapports d’expérience de Finlande, Flamanville ne serait pas en train d’accumuler retards sur retards. L’EPR de Finlande était le premier de ce qui devait être une nouvelle série de réacteurs. Ok ce fut une catastrophe en matière d’ingénierie, mais le vrai drame c’est qu’EDF n’en a tiré aucune conclusion et a voulu construire son EPR en partant d’une page blanche, quand les Chinois, eux, se servent de toute l’expérience accumulée pour avancer sans réelle difficulté (on verra ce qu’il en est de l’acier de la cuve…)

C’était la guerre EDF-Areva à l’époque. Le seul scandale de ces dix dernières années d’histoire nucléaire française c’est qu’un actionnaire ait laissé se développer une telle ambiance de défiance entre ses participations stratégiques. Virer les patrons ? Bien sûr que l’actionnaire aurait dû le faire ! C’est son rôle. Mais les amitiés et les influences politiques ont alors pesé bien plus lourd que les incohérences stratégiques. C’est le cancer de l’état actionnaire. Le capitalisme de la barbichette et des services rendus, ou à rendre

Virer les patrons, donc, ok. Mais démanteler l’entreprise ? Pourquoi faire ?

Vous avez remarqué que personne ne répond à cette question ?

Car personne ne donne la moindre vision stratégique derrière ce choix. On ne parle que d’argent.

Et bien parlons-en : le dossier du réacteur de Finlande est en arbitrage international et rien ne dit que la note sera finalement aussi sévère les actuelles dépréciations, ensuite la force du cycle industriel peut à lui seul ramener Areva au seuil de rentabilité.

La vente sur le marché d'une fraction du capital d'EDF, suffirait sans problème à la recapitalisation du groupe, sans compter que des partenaires étrangers entreraient alors sans hésiter.

Le nucléaire a été frappé de plein fouet par une tempête parfaite. L’équivalent de celle qui a frappé l’automobile. Au cycle industriel qui a provoqué l’effondrement du prix des matières premières et des investissements, s’est ajouté l’arrêt total du nucléaire japonais, 30% du chiffre d’affaire de la division service d’Areva. Mais le Japon va redémarrer ses réacteurs. Demain, après-demain. Il n’a pas le choix, son commerce extérieur ne supporterait pas une remontée des prix des hydrocarbures.

Dans ce cadre-là, l’autre évidence médiatique, c’est qu’Uramin (société possédant plusieurs mines d’Uranium rachetée à prix d’or en 2007) est une terrible erreur, voire une escroquerie. Je ne me prononcerai pas sur le volet pénal, mais sur la « perte considérable » liée à ces mines d’uranium. Mais de quoi parle-t-on? L’uranium est bel et bien là, il appartient à Areva aujourd’hui. Il ne vaut plus rien ? Comme le pétrole il y a quelques décennies. Mais qui peut parier sur le prix des matières premières ? Encore une fois, la seule vision doit être celle d’une génération.

Uramin est en fait le résumé parfait de cette affaire. Je ne vais pas revenir sur les péripéties de l’acquisition, l’essentiel c’est le projet d’indépendance. Or ce projet passe forcément par le contrôle du minerai à un moment ou à un autre. C’est fait. Mais personne n’a l’air de juger cela fondamental. Parce que personne dans cette affaire ne s’intéresse en fait au projet nucléaire et à notre indépendance énergétique

J’admets parfaitement que l’on conteste les choix nucléaires des années 70, j’admets parfaitement que l’on conteste l’EPR dans sa conception. Mais encore une fois personne ne parle de cela.

Disons les choses, on démantèle 20 ans d’histoire industrielle, pour économiser quelques milliards, en les faisant porter sur EDF et sans doute, in fine, sur le consommateur d’électricité. En faisant cela, on met la filière nucléaire en péril. Comment penser que les concurrents d’EDF vont regarder d’un cœur léger l’achat de réacteurs conçus et réalisés par celui qui rêve d’investir leur territoire. L’Airbus se vendrait-il aussi bien s’il était vendu par Air France ?

Ce n’est visiblement pas le sujet de nos dirigeants. Après tout nous avons un ministre de l’économie qui peut tranquillement dire « la vérité c’est qu’Alcatel n’est pas une entreprise française », sans que cela soulève la moindre émotion.

La France officielle n’est qu’emplois, emplois, emplois. La grande braderie peut continuer discrètement. On fera les comptes dans 20 ans. Ceux qui prennent les décisions maintenant ne seront plus là. C’est la seule clé de ce dossier

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Published by Stéphane Soumier
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 12:09

Pour la sixième année maintenant, « 3 minutes pour convaincre » vous propose une échelle. A vous, entrepreneurs, d’en choisir la taille, pour passer de la Start up nation qui tourne en boucle, à la Scale up nation prête à bondir

Y a des coïncidences comme ça. Alors que Manuel Valls s’apprêtait à faire défiler l’ensemble des partenaires sociaux dans une de ces grandes journées inutiles dont nous avons le secret, sur le thème « comment développer l’emploi dans les PME », je recevais le patron de Drivy, qui est en train de devenir, tranquillement, le leader européen de la location de voiture entre particuliers.

-Tiens, au fait c’est quoi votre rythme de création d’emploi ?

-une embauche tous les 15 jours, mais là on va devoir accélérer

Et voilà. Comment développer l’emploi dans les PME ? En développant les boites (et accessoirement en arrêtant de se mêler de tout et de rien). C’est bien l’ambition le critère, et contrairement à la plus rebattue des idées reçues de notre débat national, ce ne sont pas les petites, mais les entreprises ambitieuses qui créent de l’emploi. Etre petit n’est une vertu que dans la bouche des responsable politiques français, alors que la seule clé c’est de vouloir grandir.

J’ai découvert un mot nouveau là-dessus, la semaine dernière : « Scale up », les entreprises qui veulent monter l’échelle, l’échelle de la croissance. C’était le slogan qui manquait à 3 minutes pour convaincre.

L’opération est maintenant rodée. On en lance la 6ème édition. Il s’agit dans un premier temps de solliciter les entrepreneurs. Attention, on ne veut pas de pages blanches, pas d’un business plan sur un coin de table avec une bonne bouteille de Chablis, pas de « regardez-ça-ça-va-cartonner, mon appli pour imposer le collier de nouilles toute l’année et pas seulement pour la fête des mères, Panzani est intéressé ».

Non. On veut du déjà robuste, déjà du chiffre d’affaires, déjà des clients, déjà un marché. Un comité d’experts bénévoles va d’ailleurs le regarder de très près votre dossier, ils vont y passer des heures pour n’en retenir que 15.

Parce que derrière, c’est au plus précieux des fonds d’investissements que l’on va s’adresser : les français qui ont un peu d'argent et qui ont envie d’investir

A chaque fois que je regarde ce chiffre, j’en reste interdit : 30 millions d’Euros ! En 5 ans, 80 entreprises (70 sont encore en vie), les auditeurs téléspectateurs de BFMbusiness ont investi 30 millions d’Euros dans les entreprises qu’on leur a proposées. C'est plus un media d'info que l'on fait, c'est Goldman Sachs! Bon, pour être très franc, on a tout mis dans ce chiffre, et notamment des levées de fond auprès de professionnels attirés par le bruit médiatique autour de l’entreprise.

Mais, après tout, nous aussi on a bien le droit de faire du marketing

Alors Go ! une adresse Internet 3minutespourconvaincre.com, quelques minutes pour remplir un dossier (on sait que votre temps est précieux) et on se fait fort de vous apporter l’échelle, because sky is the limit et que notre intérêt national c’est maintenant de transformer la start up nation en scale up nation

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Published by Stéphane Soumier
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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 07:48

Ce matin Gilles Babinet est venu me raconter son dernier livre, franchement passionnant "Big Data, penser l'homme et le monde autrement". Il y a là dedans une belle collection de "punchlines" pour réfléchir

Big Data et loi renseignement

Tenez, je vous en donne une de ces punchlines: "le Big Data n'aurait sans doute pas laissé naître Einstein".
Il résume là toutes les questions que peut poser la "médecine prédictive", quand l'analyse des milliards de milliards de données vous permettra de prévoir exactement ce que que sera le gamin que vous avez dans le ventre, à l'exception sans doute de sa capacité à changer le monde, ou de révolutionner la physique. Peut-être le pourront-elles, peut-être pas. Et le génie artistique? Sera-t-il inscrit dans les serveurs? Et sinon, les parents d'Einstein auraient-ils choisi d'avoir un petit gamin assez moche et chétif qui rencontrera des problèmes à l'école? Cette question n'appartient plus à la science fiction, écrit Gilles Babinet, et je me demande bien quand on aura le courage de la poser.
Sans doute jamais. La loi renseignement est intéressante, là dessus. Gilles Babinet décrit les systèmes d'écoute et de renseignement de la NSA américaine, et notamment un logiciel qui m'a fasciné, XKeyscore, qui permet à l'opérateur qui tape votre nom de lire en temps réel tout ce que vous écrivez sur le web, vos twitts, vos statuts Facebook, vos mails. C'est assez fascinant, mais la question que je lui ai posée est la suivante: puisque ce système existe, pourquoi en priver notre démocratie française?
En cela finalement j'ai la réaction qui peut nous mener à notre perte: rentrer dans la course au lieu de réfléchir à l'endroit où elle nous mène. Mais y a t'il moyen de faire autrement, sachant que les Américains, les Chinois, les Russes, la mènent à marche forcée, cette course?
Nous mener à notre perte? Oui, ce n'est qu'un petit billet et je ne vais pas là livrer une étude exhaustive du bouquin, juste une phrase pour vous faire réfléchir, issue directement des réflexions de Gilles Babinet: "rien ne serait pire pour l'humanité que d'abolir le hasard". Or, c'est bien d'abolir le hasard, que parle le Big Data

Avouez qu'avec ça, on a de quoi finir la semaine

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 07:43

Il est temps de rendre aux entrepreneurs exceptionnels qui portent ce projet, l'hommage qu'ils méritent, par exemple en allant voir ce qu'ils font

Pourquoi pas Qwant?

Mais quelle pauvre buse!
Je vous rassure je parle de moi. De la façon dont j'ai reçu Jean Manuel Rozan le président fondateur de Qwant en novembre dernier. Je ne sais plus pourquoi je suis retombé sur l'ITW il y a quelques jours, pour réaliser que franchement je m'étais conduit comme une grosse buse, comme le plus parfait des crétins.
Pourquoi, parce que j'ai fait ce que font tous ceux qui parlent de ce moteur de recherche: le comparer à Google avec un air entendu:"pff, aucune chance, vous êtes un microbe... et patati et patata...vous recevez 8 millions de demandes par jour quand Google en reçoit 3,5 milliards... " (sourire compassé)
Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire? Depuis quand est-ce qu'on compare un entrepreneur avec le géant mondial du secteur? Tant qu'un vendeur de yaourth n'est pas à la hauteur de Nestlé, il n'existe pas? Et qu'est-ce que c'est que cette attitude, certes bienveillante, mais fondamentalement méprisante, devant ce projet considérable?
Donc il est revenu, Jean manuel Rozan et je me suis excusé, et je l'ai traité comme il le mérite: comme un entrepreneur qui a parfaitement compris que face à un monopole l'ensemble des parties prenantes allait faire en sorte de soutenir le "Maverick", le disrupteur, celui qui va amener d'autres réponses aux questions fondamentales que pose Google.

Les questions que doit se poser l'Europe au sujet de google sont des questions fondamentales de souveraineté. Elle ne seront pas résolues par des procédures judiciaires, mais bien par l'innovation et l'entrepreneuriat, par la naissance, quelque part, d'une alternative. Ce ne sont pas les procédures européennes qui ont brisé la puissance d'Internet Explorer, mais bien la qualité de Chrome.
Dans ce cadre là pourquoi pas Qwant? la démarche est passionnante, l'autre intuition de Jean Manuel Rozan c'est que Google, en guerre contre les autres géants du web, ne leur fera jamais la place qu'ils méritent dans ses résultats de recherche. Allez voir, mais l'idée de disposer ces résultats en silos est absolument géniale. Pourquoi Google ne le fait-il pas? Parce qu'il est hors de question de réserver à Facebook un bout du territoire. Et pourtant c'est bien sur Facebook que se déroule aujourd'hui une partie de la vie du web (j'ai appris par exemple aujourd'hui que c'est sur Facebook que se vendaient 90% des produits contrefaits dans le monde!)
Dans un point de vue passionnant publié ce matin par Les Echos, Olivier Babeau, professeur à l'université de Bordeaux écrit que la bataille contre Google est "la rationalisation de notre impuissance européenne à créer de l'innovation (...) c'est à dire que nous avons du mal à décliner notre technologie dans un commerce d'envergure"
Qwant est technologiquement de taille. Il choisit d'autres voies de réponses que Google en ne s'appuyant pas sur nos données personnelles (à titre perso, je le regrette d'ailleurs, c'est ça qui rend Google très efficace, mais aussi, j'admets, parfois frustrant) parce qu'il affirme que "le moteur de recherche ne doit pas choisir à votre place".
Politiquement, idéologiquement, mécaniquement, forcément, les européens vont regarder de très près ce "petit moteur". Alors oui, il est sans doute temps d'en parler sérieusement et de se dire "pourquoi pas Qwant ?"
En tout cas, il est temps de rendre hommage aux entrepreneurs incroyables qui portent ce projet.Je le fais là.
Amen

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 07:46

l'article qui suit a fait son ouvrage puisque quelques heures après sa mise en ligne, le ministère de Mme Touraine m'a apporté les précisions suivantes: c'était un arrondi. Dont acte.

Prime d'activité: l'arbitrage irresponsable... et heureusement corrigé

...mais je laisse quand même l'objet du délit, j'ai le sentiment discret qu'il pourrait resservir

La nouvelle prime d'activité étendue aux moins de 25 ans a été exactement calibrée pour en exclure les apprentis.

l'émergence du monde réel dans notre ron-ron médiatique fait toujours un petit choc, mais le message que j'ai reçu ce matin m'a collé une baffe

"Enorme arnaque et mensonge concernant le fait que les APPRENTIS pourront bénéficier de la prime d'activité ! La condition est une rémunération nette supérieure à 80% du SMIC. Or la rémunération brute des apprentis est légalement comprise entre 25% et 78% du SMIC ! Concernant le contrat de professionnalisation pour les jeunes (c'est de l'alternance mais pas de l'apprentissage), le salaire brut est compris entre 55% et 80% du SMIC. Très peu d'entreprise rémunèrent ces jeunes au dessus de ces minimum. Une fois encore on se moque des apprentis et on les pénalise ! Signé un formateur en BTS par apprentissage en colère !"

...c'est pas possible, ils ont pas fait ça quand même? Ben si! Deux coups de fil me l'ont confirmé.
Et moi aussi ça me met dans une rage noire. Pourquoi? Parce que cette prime ne pouvait avoir qu'une vertu, une seule: c'est justement pour les apprentis. Parce que c'est bien pour eux que le salaire est systématiquement un critère de choix fondamental.
On ne va pas refaire là toute l'histoire de l'apprentissage, mais juste un chiffre: il y a autant de contrats signés aujourd'hui qu'en 1992!
Tout le monde est responsable, mais l'une des clés, c'est quand même que ni les mômes ni leur parents n'ont envie d'y aller. Une "prime d'activité" qui viendrait sensiblement améliorer la rémunération de l'apprentissage pouvait être alors un facteur décisif. Et bien c'est Raté!
Pourquoi c'est grave? Parce que l'apprentissage est plus que jamais la seule porte d'entrée des jeunes sans qualification sur le marché du travail.
Ils sont 2 millions, aujourd'hui, exclus de tous les dispositifs possibles et imaginables, on en veut un million de plus dans 5 ans? Ben continuons comme ça!

Structurellement les entreprises ont du mal à embaucher des jeunes, c'est encore plus vrai en France du fait 1/ de l'inefficacité du système de scolaire au regard des formations demandées par les entreprises 2/ de la contrainte des différents contrats de travail.
L'apprentissage permet d'assouplir considérablement ces deux contraintes. Ce devrait être une priorité absolue!
Voilà pourquoi ce petit calcul mesquin est à pleurer. Vous avez bien lu, à 78% du smic ça en concernait une bonne part, à 80% plus personne ou presque. Un conseiller obscur a arbitré 80%.
Les gamins n'ont même pas le droit à quelques bouts de chandelle

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Published by Stéphane Soumier
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 07:53

Aujourd’hui Alcatel a disparue, et Blablacar a absorbé son principal concurrent européen prenant une dimension décisive. Tout va bien ? En fait, non. 

D'Alcatel à Blablacar

Avouez que ça tourne à l’hémorragie. Alstom, Lafarge, Alcatel. Des trois sièges mondiaux qui disparaissent de France sur les derniers mois, le troisième est le plus spectaculaire, parce qu’Alcatel disparaît purement et simplement.

Va-t-on se poser la question de savoir pourquoi ? J’en doute. Parce qu’alors on poserait les questions décisives sur notre vision de l’économie, la haine du grand patron et du grand capital.

J’avoue que j’en suis le premier surpris ce matin, surpris de mon émotion à voir disparaître le nom d’Alcatel. Pas si vieux que ça finalement, même pas 20 ans d’histoire indépendante après l’explosion de la Compagnie Générale d’Electricité.

Mais c’est que cette disparition dit bien ce qu’elle veut dire : nos grands groupes sont mortels. On les voit trônant sur le CAC40 tels des pyramides. Tu parles ! Ils n’en ont évidemment pas la solidité, et on l’a tous oublié.

Alors on tire à vue. Comme on essaye un fusil contre un mur. Et l’obsession du politique est systématiquement de faire du grand groupe, à la fin, le bouc émissaire de telle ou telle turpitude : « pensez-vous, ils en ont vu d’autres », et voilà le mur qui se lézarde sur telle taxe bancaire, telle prime à la cuve, telle taxe télécom, telle norme de recyclage, telle remise en cause de contrat de concession « allons-y, leurs poches sont vastes ».

Pas tant que ça, finalement.

Mon propos n’est pas de refaire l’histoire d’Alcatel, des erreurs de tel ou tel et sans doute d’ailleurs est-ce le meilleur deal que pouvait trouver l’entreprise. Non, c’est de se dire que l’on pourrait peut-être réfléchir à un moment à ce que nous apportent ces grands groupes, juste avant qu’ils s’en aillent.

Qui se félicite de ce que Carlos Ghosn construise un groupe automobile mondial qui est en train de rattraper les géants, seule condition au maintien d’une base de production en France ?

Qui va soutenir Total dans la délicate restructuration de sa filière raffinage, seule condition au maintien de sa profitabilité ?

Qui laisse Orange transformer son modèle économique lesté de 100.000 salariés quand les concurrents en ont dix fois moins ?

Qui se réjouit que Carrefour retrouve toute sa place en France, parce qu’on est fort d’abord sur son marché domestique ? Pas les responsables politiques qui sont en train d’inventer une nouvelle norme, unique au monde, pour les invendus alimentaires.

Et vous voulez que l’on rejoue la scène « rente indue » sur les autoroutes de Vinci et d’Eiffage ? A qui le tour ? Je laisse de côté les banques, dire qu’elles n’ont rien coûté à l’Etat, que la France est le seul pays d’Europe où l’offre de crédit n’a jamais baissé, mais qu’elles deviennent sérieusement fragilisées par une masse de taxes invraisemblables, dire cela est totalement inaudible. Sauf qu’elles le sont, fragilisées.

« Ah oui mais y a Blablacar », et la french Tech, et nos start up ! Formidable.

J’en peux plus des start up, je l’ai écrit il y a 18 mois, je ne change pas une ligne. Je suis peinard. Personne ne les met à la une comme moi, personne n’en assure la promotion comme je le fais. Donc j’ai le droit d’affirmer que la façon dont les responsables politiques en font l’alpha et l’omega de la croissance est un leurre doublé d’un mensonge. Une start up détruit de la richesse, elle n’en crée pas. C’est bien l’entreprise structurée, profitable, le levier de croissance.

Frédéric Mazzella le formidable patron de Blablacar le sait comme personne. Mais combien de temps va-t-on le laisser tranquille ? Dans combien de temps le conseil de Paris va-t-il nous pondre une taxe sur le « co-voiturage assuré par les grands groupes ». On nous dira que c’est pour la croissance de l’économie de quartier, ou autre concept fumeux inventé pour la circonstance.

Parce que les « profits » de Blablacar seront alors considérés comme « une insulte en période de crise ».

La France est en train de se réconcilier avec l’entreprise nous dit-on, la moitié des gamins de notre pays veulent être entrepreneur, il faut d’urgence maintenant se réconcilier avec le patron, le grand, le gros, celui qui écrase et paye en retard, celui qui applique les règles du business les plus impitoyables, parce qu’à la guerre on est quand même mieux dans un croiseur que dans une barcasse et que le monde économique n’est pas une partie de pic-nic

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Published by Stéphane Soumier
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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 08:04

La lutte contre le terrorisme va-t-elle créer deux classes d'états, ceux qui laisseront transiter les données numériques sans contrôle, et les autres? Et comme les paradis fiscaux qui attirent les capitaux par milliers de milliards, ces "paradis numériques" vont-ils attirer les nouveaux investissements industriels?

Après les paradis fiscaux, les paradis numériques

C'est une sacré question que pose le discret Octave Klaba. Enfin, discret, il l'est de moins en moins. Octave Klaba commence à peser lourd et son entreprise OVH est un des acteurs mondiaux maintenant du stockage de données numériques. OVH fait des data center, à Roubaix, Wasquehal ou Strasbourg, par exemple. Des usines qui stockent, traitent, raffinent, diffusent, à la demande des clients, les données numériques nées de leurs activités. C'est un lieu commun que de dire maintenant que ces données numériques sont "le pétrole du XXIème siècle " (je crois que même François Bayrou a compris), ces data center en sont donc à la fois les cuves et les raffineries.

C'est de là que partiront les voitures autonomes, les objets connectés, la santé à distance, et bien sûr les jeux, les films etc...

Tout cela doit aller vite, très vite, et OVH investit, lourdement, d'abord sur les technologies de traitement de ces données, ensuite sur la qualité de l'hébergement. Des centaines de millions d'Euros sont programmées pour les mois qui viennent.

Et bien, la question que pose Octave Klaba, c'est de savoir s'il va les investir en France.

Parce que le projet de loi sur le renseignement qui entre en discussion à l'Assemblée va imposer un contrôle permanent de l'ensemble de ces données avec "la mise en place de boites noires au contour flou dans les infrastructures". L'Etat veut se donner les moyens de ne rien rater d'un éventuel échange de données pour monter une action terroriste, et pour cela veut pouvoir, en théorie, tout surveiller et va donc imposer ces "boites noires" au coeur des Data center du pays.

Mon propos n'est pas technique. Je n'y connais rien. Il est économique.

Disons, pour finir de savoir de quoi l'on parle, que dans quelques années assembler des voitures va devenir ce qu'on appelle une "commodité", une action économique sans valeur ajoutée. C'est bien le système de contrôle numérique de la voiture qui détiendra toute la valeur.

Or, ces raffineries numériques géantes abriteront l'ensemble des systèmes de contrôle, comme elles abritent déjà quantités de secrets économiques. Tout y est, tout y sera de plus en plus: des plans, des stratégies, des brevets, des données clients... Et c'est bien cela d'ailleurs qui a aidé à la croissance d'OVH. Parce que beaucoup de ces secrets ont quitté les Etats Unis ces dernières années depuis que Washington a mis en place des systèmes de surveillance comparables. D'ailleurs OVH s'est développé au Canada et pas aux US pour rassurer ses clients justement.

Il est clair que si l'Etat français donne à son administration les moyens légaux de regarder l'ensemble du trafic numérique du pays, un état français, d'autre part, actionnaire important d'entreprises industrielles majeures, comment pensez vous que les concurrents de ces entreprises industrielles majeures vont-ils réagir? En allant voir ailleurs si on y est! Et OVH n'aura pas le choix, il faudra bien qu'il y soit, au Luxembourg ou en en Allemagne, par exemple (Klaba, qui a grandi dans la Pologne communiste, est persuadé que l'Allemagne ne mettra jamais en place une telle législation du fait des souvenirs de la Stasi).

Et donc, tiens, on retrouve le Luxembourg. Je trouve éclairante la comparaison avec les paradis fiscaux. Va-t-on voir se développer une économie de "l'évasion numérique", des pays qui garantiront le secret absolu sur les données hébergées sur leur sol et capteront les data center du monde ? (Je vais vite mais il ne faut pas sous estimer la masse industrielle que cela représente, ces data center ont besoin d'énergie, d'énormément d'énergie, et donc les infrastructures de production suivront nécessairement, et avec elles les infrastructures d'entretien, d'hébergement, de loisir... mais je m'égare...)

C'est bien cette question là, question fondamentale dans l'économie de notre siècle naissant que pose le communiqué publié par les hébergeurs francais, les industriels de la donnée numérique, qui menacent clairement, maintenant, de délocaliser leur activité

Loin de moi l'idée d'avoir l'intention de trancher cette question. Simplement je trouve qu'elle est sacrément bonne. Ce n'est pas seulement: quel est le prix de notre sécurité? Non, c'est que justement il nous est impossible, à nous, citoyens lambda, d'avoir un avis sur des questions qui deviennent très vite techniques (parce que les hébergeurs disent, en gros, que ce système massif sera inefficace du fait, justement, de son importance. Bref, on va faire fuir les agents économiques sans vraiment inquiéter les terroristes)

Et donc on se retrouve à devoir arbitrer dans un brouillard épais entre l'Etat, sa police, et les entrepreneurs.

Je vous laisse faire

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