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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 16:25

 

Ainsi donc,  la campagne pour la succession de Laurence Parisot à la tête du MEDEF serait  «nulle». Essayons d’expliquer pourquoi, à l’entrée de la dernière ligne droite, ceux qui nous disent ça ont un siècle de retard

 

Oh Mon Dieu, aucun des candidats n’a sorti d’I pad pour faire entendre l’hymne à la joie, avant une formidable présentation multi media sur « l’entreprise, terre de contraste et néanmoins d’harmonie dans un monde en mutation ». « Nous ne vivons pas une crise, nous vivons une mutation », oh qu’elle est belle cette phrase en une des grands quotidiens ! oh qu’elle donnerait de l’ampleur à une campagne qui parlerait des « vrais enjeux » !

Raté. Pierre Gattaz fait campagne avec un connecteur. Un quoi ? Un connecteur. En composite. En quoi ? En composite ! Cherche pas c’est de la matière, de l’industrie, de la recherche obscure, des mecs en blouse dans des labos de province. Ce connecteur c’est une prouesse technologique, un symbole industriel, et c’est pour moi le symbole d’une campagne qui dit la vérité.

La grande question c’est de savoir si l’on doit, ou pas, porter les sujets des patrons sur le terrain de l’affrontement. Jusqu’où est-ce qu’on résiste ? parce que les patrons ont l’impression d’être attaqués, tous les jours. Elle n’est pas médiocre cette question. Elle n’est pas creuse. Savoir si les partenaires sociaux représentent encore aujourd’hui le monde de l’entreprise et du travail salarié. Et quels sont les grands sujets des patrons ? Les marges, les charges, les délais de paiement, les 35 heures.

Beurk, fait le petit monde parisien. Et l’Europe ? On s’en fout de l’Europe ! On peut être clair ? On peut comprendre que cette campagne se déroule dans une ambiance de survie ? On peut ouvrir les yeux sur l’état désespéré de beaucoup de ceux qui sont appelés à voter ? On peut surtout, faire porter aux représentants actuels du patronat une part de responsabilité dans cette situation ?

On peut se dire les choses ? Ça ressemble à quoi « besoin d’air », le slogan du MEDEF de ces dernières années quand notre base industrielle est en train de crever le gueule ouverte ? Qui est venu porter le fer sur l’une des blessures terribles de la période : les délais de paiement ? Qui a parlé de système mafieux ? de système criminel ? Le MEDEF ? Non, un homme, Jean Claude Volot, nommé par Sarkozy pour faire le ménage. Il a partiellement échoué d’ailleurs. Encore un candidat que les élites parisiennes trouvaient « chiant, gris, terne » sans doute. Il est juste vrai.

Les 5 candidats qui sont là sont tous authentiques. Je vous ai parlé de Gattaz, Roux de Bézieux est bien connu, mais est-ce qu’on sait que Virgin Mobile est un pur miracle ? Qu’il a fallu se réinventer 10 fois pour résister ? Je ne veux pas ici rentrer dans la technique, mais il occupe une position hybride sur le marché des télécoms, très risquée. Capitalistiquement risqué (CAPEX, encore un gros mot). Mais c’est le prix de la survie. Thibault Lanxade est au cœur des évolutions les plus modernes du paiement sans contact, sa boite Aqoba, vient de passer un partenariat avec le géant Edenred, celui des tickets restaurants. Au quotidien, il invente, tous les jours, des modes de financement innovants pour des entrepreneurs en péril. J’avoue, je connais moins bien Patrick Bernasconi et Hervé Lambel. Personne d’ailleurs ne connait Hervé Lambel, simplement j’ai vu l’adhésion que suscitait sa proposition de supprimer la TVA inter-entreprise. Quoi ? La TVA quoi ? Et oui, les amis, ce sont des sujets de patrons, mais derrière ce sont des milliards de trésorerie, cette trésorerie qui est plus importante que ta mère, quand souffle la tempête économique.

On peut se dire les choses ? Sans les « pigeons » l’article 6 du PLF serait encore là, intact. Les patrons sont pour beaucoup ulcérés par l’ANI, l’accord national interprofessionnel, le testament de Laurence Parisot, « une nouvelle taxe certaine, pour un bénéfice très incertain » dit par exemple l’Union des industrie textile (« mon dieu, elle existe encore celle-là, c’est pas très start-up, pas très i-pad comme activité »… diront les importants). Attention, pas question pour moi de résumer là le bilan de la présidente, la rupture conventionnelle est bien sûr fondamentale. Pas question non plus de nier qu’il y a 10 ans, l’idée d’amener le MEDEF sur les grandes questions de sociétés avait un sens

Mais nous avons changé de siècle. Tu parles de mutation… c’est la fin des vents porteurs qui faisaient voler même les dindes. Tout profit doit se gagner à la sueur d’une compétition mondiale entre des affamés. C’est bien de ça dont cette campagne rend compte

Alors moi je vais continuer à la suivre. Avec la passion de ceux qui suivent l’intimité des entreprises, des marges, des charges, du management. Qui trouvent un charme fou aux 50 nuances de gris, parce qu’il sait que l’avenir de ses enfants en dépend

 

 

Par Stéphane Soumier
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 12:26

Quelques éléments de réponse à une question récurrente. Pour faire mine de comprendre les records sur les marchés boursiers

 

L’argent coule à flots et vous n’en voyez pas la couleur. Voilà le problème. Voilà ce qui rend légitimement incompréhensible ce qui en train de se passer. Un argent massivement émis par les banques centrales, et depuis de nombreuses années, mais qui ne retombe pas sur les PME de l'économie réelle

Le pari des banques centrales est assez simple : je fais tourner la planche à billets, en espérant réveiller les investisseurs,les obliger à prendre des risques et investir dans l’économie réelle. Et oui, l’idée c’est que l’afflux d’argent  1/fait baisser la valeur (le rendement) des éléments les plus sûrs du marché (la dette américaine, la dette allemande, par exemple, parce que tout le monde en a acheté) 2/devrait, par transfert, inciter à des investissements sur des éléments plus risqués.

Sauf que ça ne marche pas. Enfin, ça « marchouille ». Aux Etats-Unis, en achetant directement la dette de l’Etat fédéral, la banque centrale a pu le soulager un peu, mais ça ne suffit  pas à éviter les coupes budgétaires automatiques. En revanche, en achetant massivement de l’immobillier (non pas les bâtiments eux-mêmes, mais les crédits) la banque centrale a pu participer à stabiliser les prix. C’est un élément fondamental pour le rétablissement de la confiance et la relance de l'investissement privé

Et tout est là. Savoir pourquoi la politique des banques centrales marche ou ne marche pas est un débat qui n’est pas tranché depuis un siècle. En revanche, ce qui est certain, c’est que rien n’est possible sans un retour de la confiance des agents économiques.

Que faut-il faire pour retrouver cette confiance ? Autre débat considérable entre les économistes, qui nous ferait partir sur la fiscalité, les réformes, les déficits…  et la politique des banques centrales (et oui, c’est le cercle vicieux, cette politique très originale peut inquiéter, aussi. C’est le paradoxe absolu, je m’inquiète d’une politique censée ramener la confiance)

Bref, toujours est-il qu’elle n’est pas là, la confiance. Qu’est-ce qui le prouve ? Et bien justement, le fait que l’argent des banques centrales ne va pas s’investir dans l’économie réelle. Comment voit-on cela ? De manière très simple, à travers les chiffres des instituts de statistique qui, nulle part, ne témoignent d’une reprise de l’investissement. de manière encore plus radicale dans les chiffres de l'INSEE en France qui nous montre un investissement bel et bien à l'arrêt.

Mario Draghi d’ailleurs le dit ouvertement : ça l’énerve ! Il n’en peut plus de cet argent qui revient se parquer tous les soirs dans ses coffres, alors qu’il devrait circuler, passer de mains en mains. Il réfléchit à faire payer les banques. Ça s’appelle des taux d’intérêts négatifs. Mais il sent sans doute que ça ne servira à rien. Des taux d’intérêts négatifs, vous l’avez suivi, la France en bénéficie elle-même pour sa dette publique. Ça veut dire, en clair, qu’on donne de l’argent à l’état français (un tout petit peu, pendant 6 mois, guère plus) pour qu’il garde notre argent au chaud. Voilà un signe de plus, si vous en aviez besoin, que la confiance n’est pas au rendez-vous.

Et ces dettes dont on pensait que personne n’en voudrait plus, on en rachète, encore et encore. Les rendements tombent à des niveaux historiques. « Historique » sur les marchés, ce devrait être un signal. Ça ne l’est pas.

Enfin quand même un peu. C’est là qu’arrive le marché action. Où est-ce que je peux trouver encore de quoi me rassurer se demande le banquier, l’assureur, le fond de pension ? Après tout, se répond-il, les grosses boites internationales délivrent des résultats solides, alors pourquoi pas, hein ?

Mais ce qui est magique avec les marchés, c’est qu’il n’a même pas fini de se poser la question, que d’autres ont anticipé sa réponse, et déjà fait monter les cours, dans l’idée que le banquier, assureur, fonds de pension, allaient venir s’investir, vous suivez ? Et donc le banquier, investisseurs, fond de pension se dit : oh mais les cours montent, plus de temps à perdre… et en voiture Simone, chacun avance en fonction de ce qu’il anticipe de la réaction des autres acteurs. On peut aller loin comme ça ?

Ben c’est tout le problème. Assez vite ça va ressembler à cette scène de dessin animé du coyote qui court dans le vide. Oui mais quand ?  

Ben c’est tout le problème. Pour l’instant, on peut légitimement penser que ces cours ne reflètent qu’une reprise réelle aux Etats-Unis et une stabilisation réelle aussi de la situation économique en Europe. Mais on peut tout aussi légitimement penser que l’on a commencé à courir dans le vide. Et attention, on ne parle que du CAC, que des grosses boites internationales, sur l'indice des valeurs moins importantes (small and midcaps), on est très loin des records.

Quant à l’action des banques centrales ? Là encore, les économistes peuvent vous apporter des réponses, notamment sur l’inflation. En gros, dès qu’on a des signes de reprise d’inflation, les banques centrales commenceront à fermer le robinet. Mais on en est loin. Et puis cette inflation, au Japon par exemple, la banque centrale l’appelle de ses vœux, comme un paysan les pluies de printemps. Et oui, parce que cette inflation, c’est ce qu’il faut pour inciter vraiment à investir, et surtout, à consommer (pour l’instant je n’ai aucune incitation à dépenser puisque les prix stagnent, voire baissent. S’ils se mettaient à remonter ce serait différent)

On en est là, sachant qu’il est bien orgueilleux, celui qui pense pouvoir écrire le prochain chapitre, quand on est sorti, depuis si longtemps, de l’ensemble des scénarios connus. 

Par Stéphane Soumier
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Dimanche 5 mai 2013 7 05 /05 /Mai /2013 10:18

Après tout, quand votre vieille mère part en sucette, vous avez bien le droit de pousser un coup de gueule, non? 

Alors ça recommence. 20 ans que ça dure, 20 ans que tu refuses de comprendre, 20 ans que tu t’enfonces.

20 ans que tous les deux ans, parfois trois, tu décides que celui qui animait ta matinale ne fait plus l’affaire. Parce que les chiffres du moment déclinent. Ah bon. Tu comprendras quand ? Les causes de ton déclin ce sont au contraire ces mercenaires qui se succèdent sans que tu laisses à aucun la chance de raconter enfin une nouvelle histoire. 20 ans que ça dure, au moins.

T’en as pris des coups, le plus formidable c’est celui de France Info. J’étais là alors. J’ai entendu les éclats de rire de l’été 87. Et oui, la marche était trop haute pour la jeune France Info, ils avaient dû passer de la musique pour combler les vides d’un été de torpeur. Et les dirigeants d’Europe 1 rigolaient. Ah oui, ils avaient bien fait de ne pas saisir cette opportunité que tout le monde sentait pourtant. Il aurait sans doute fallu accepter de lâcher une dizaine de points d’audience, mais quelle force tu aurais aujourd’hui. Ça s’appelle une vision. J’avoue, ça se trouve pas sous le pied d’un cheval. Et de fait, on rigolera moins 10 ans plus tard quand France Info passera devant.

Depuis tu ne fais qu’errer à la recherche du temps perdu, et donc, tu vires périodiquement l’amiral de la flotte, pour cacher ce que tu sais parfaitement, le mal est bien plus profond : tu ne sais plus quoi dire.

Attention, s’agit pas de faire pleurer, l’amiral il s’en remet (c'est d'ailleurs là que je précise que j'écris à titre totalement gracieux, sollicité par personne, sans la moindre intention d'y retourner), il s’en remet tellement bien que c’est devenu un passage utile dans une carrière, un peu comme le cabinet ministériel dans la préfectorale. Et hop je me refais une virginité, et hop je me fais un nom, et hop je saute en marche pour aller voir ailleurs. Non, ce sont les marins qui souffrent, c’est leur capacité d’enthousiasme que tu abimes.

Et puis, ma belle, tu vieillis. T’es de moins en moins attirante.

Déjà, il y a 10 ans, les stars, les vraies, ne répondaient plus au téléphone. Delarue a été la dernière. C’est comme ça que je me suis retrouvé là d’ailleurs, par défaut 

Quand est-ce que tu vas comprendre ? T’en as pas des talents dans la soute ? Elle ne regorge pas de jeunesse et d’envie ta rédaction ? Tu vas encore aller chercher quelqu’un qui va se refaire une virginité sur ton dos avant de lâcher tout le monde pour un prime time ? Alain Weil a repris RMC à la barre du tribunal de commerce, il a mis partout des hommes qui sont encore là 15 ans après. Non mais tu réalises ?

Ma chérie, toi qui m’as tout appris, toi qui m’as fait grandir, pleurer, aimer, hurler : c’est l’heure des risques ! C’est l’heure du Banco ! Quand est-ce que tu vas comprendre que tu n’as plus rien à perdre, et qu’un rafistolage de plus n’évitera pas le naufrage.

Je sais, ça ne colle pas avec l’agenda de ton actionnaire. Ah celui-là… Mais là encore il te sert de prétexte, tellement facile d’invoquer sans arrêt la Rue de Presbourg, pour ne pas faire voler en éclat les carcans et les vieillards qui t’étouffent

Arrête de chercher partout des concepts vaseux, retrouve la fierté de ta marque. Ton ADN historique est sorti du pavé de 1968, il tient en un mot : le direct, partout, tout le temps. Ça ne te plait pas ? OK, trouve autre chose, mais qui sorte de tes tripes, bon sang ! Arrête de te coucher dans le lit du dernier amant à la mode !

 

Par Stéphane Soumier
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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 09:10

"confrontation" avec Merkel? Quand la menace impuissante tient lieu de politique. 

Mais de quoi parle-t-on ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire d’austérité ? Quelle austérité ? Où ça l’austérité ? Les salaires en France n’ont cessé d’augmenter depuis le début de la crise, les dépenses publiques ne cessent d’augmenter, de quoi parle-t-on ? Au moment où j’écris, on est en train de discuter avec les sociétés d’autoroutes pour allonger leurs concessions en échange d’un plan d’investissement qu’elles financeraient, elles. Négligeable, je vous rassure, on allonge un peu, elles investissent ce qu’elles peuvent, et on avance, comme un vieux traverse le boulevard, cahin-caha, pas à pas, les chaussons rasent le bitume en faisant mine d’ignorer le danger de mort, tout autour.

Voilà notre action politique. Il ne se passe rien, absolument rien, que de s’assurer que l’on va pouvoir, encore demain, aller chercher le pain à la boulangerie du quartier. L’Italie a retrouvé un solde extérieur positif (elle n’est plus en déficit commercial), l’Espagne a gagné 10 points de compétitivité sur 2 an. Et nous ? On compte les chômeurs, ouf, l'Espagne en a encore plus que nous. Ça n’est pas une question d’austérité, de relance, de mots que l’on jette par les fenêtres et qui tiennent lieu de politique, c’est une question d’ambition.

Comprenez bien que toutes les théories économiques ont volé en éclat. Nous sommes en terre inconnue, nous, les américains, les anglais, les japonais, les allemands, tout le monde. Nulle part, jamais, le scénario de ce que nous traversons n’a été écrit, pensé, modélisé. La planète est traversée de milliards de milliards émis à gros bouillons par les banques centrales, personne ne sait quelle valeur aura cet argent dans 5 ans.

Les japonais, par exemple, veulent désespérément créer un effet d’inflation pour inciter les consommateurs à prendre des risques, il faudrait pour cela que les grandes entreprises suivent, il faudrait une impulsion par les salaires. Mais pour suivre, les entreprises doivent trouver un peu de visibilité, or c’est le brouillard, total, à commencer par l’état réel de la croissance chinoise, mystère ultime. Ils auraient pu attendre encore, après tout la boulangerie n'est pas si loin, ils ont choisi le grand saut, nous les regardons voler.


Et de même l’Amérique a choisi un cap, l’Angleterre a choisi un cap, l’Allemagne a choisi un cap. Le bon, le mauvais, je n’en sais rien. Plus personne n’en sait rien.

François Hollande n’a rien choisi. Rien d’autre que de passer des semaines à défaire ce qu’il a fait. Mais là même, il n’y va qu’avec le bout des doigts : plus d’impôts nouveaux… mais quand même, la taxe à 75%, quelques points retraites, un petit coup sur les allocs. Tout pour les entreprises et l’investissement… mais quand même, on mijote une petite loi sur la « cession obligatoire des sites rentables », on met la banque publique d’investissement sous contrôle politique etc…  la politique est celle de l’équilibre, le mot pudique que l’on a trouvé pour ne pas dire « l’attente », en fait, le vide.

Partout autour de nous, les dirigeants des grands pays se sont saisis d’enjeux qui les dépassent. Et nous, de quoi parle-t-on ?

Par Stéphane Soumier
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Mercredi 24 avril 2013 3 24 /04 /Avr /2013 11:27

 

Allons bon! On change de dimension. Voilà qu'il est question de criminaliser "l'obsolescence programmée". On est au bout de la vacuité de l'action publique: une loi contre un mythe

 Jean Pierre Lac, directeur financier, SEB: "ce serait très dangereux de faire ça! Lorsque l'on dépense des centaines de millions à défendre des marques pour qu'elles portent des vertus de qualité, programmer des appareils pour qu'ils disfonctionnent au bout de trois ans, ce serait suicidaire. Grace à nos innovations, on espère que l'appareil que vous achetez aujourd'hui rendra tous les services que vous attendez de lui, mais que celui que l'on sortira dans trois ou quatre ans sera tellement innovant, que vous aurez simplement envie d'en changer. Notre moteur c'est l'offre, pas la panne"

Pourquoi cette simple phrase ne peut-elle pas convaincre ? Depuis que j’ai voulu regarder de près cette histoire, j’avoue que je suis surpris par la force du mythe de l’obsolescence programmée. En fait, on ne cherche même plus à discuter du sujet. Pour beaucoup d’entre vous c’est une simple et claire évidence. Dont acte. C'est une conviction qu'il faut pourtant tenter de combattre, je vais essayer de m'en expliquer

Deux points, d’abord qui reviennent sans arrêt autour de ce qui est devenu la bible des défenseurs de cette idée d'obsolescence, un documentaire d’Arte, « prêt à jeter » qui sert de référence ultime à toute discussion.

-Le documentaire veut donner des exemples précis d'obsolescence programmée, c'est à dire d'une volonté des industriels de fabriquer des objets à durée de vie limitée. Entendons nous bien, pour lmes défenseurs de cette thèse, la durée de vie limitée n'est pas la conséquence de la recherche de prix plus bas (on y reviendra), non, elle est bel et bien une stratégie, secrète, mais néanmoins assumée. Et donc le documentaire parle longuement du « cartel des ampoules », Phoebus, comme d'une association d'industriels qui se sont mis d'accord pour fabriquer des ampoules très peu résistantes, alors que des solutions de filaments beaucoup plus efficaces existaient à l'époque. Le problème c'est qu'on ne trouve nulle part le moindre document qui vienne accréditer cette thèse. La page Wikipedia consacré au sujet, résume d'ailleurs les choses avec beaucoup de clarté, avec un lien vers le jugement du tribunal qui a condamné ce cartel. Cartel classique, des industriels en situation de quasi monopole essaient de préserver leurs marges, les autorités de régulation font leur boulot, la justice passe, fermez le ban. (page wikipedia sur "Phoebus") . Je ne vois vraiment pas où l’on peut trouver la trace d’obsolescence dans cette histoire

-l’imprimante Epson. L’autre point qui revient dans le reportage d’Arte. Epson a placé une puce dans ses imprimantes, elle déclenche une panne automatique après 18.000 copies. Là, il vous suffit d’un peu de persévérance pour joindre les services d’Epson en France, ils sont rôdés, ils vous expliquent qu’en fait de panne, c’est un message d’alerte pour changer le tampon encreur et maintenir la qualité de l’impression. (http://blogs.lexpress.fr/generation-verte/2011/05/06/imprimantes-epson-et-la-puce-qui-fache/

Je m’arrête là, car, en fait, des exemples comparables on pourrait en trouver par centaines et vouloir les combattre un par un est tout simplement impossible. Dans une récente émission de télévision, on soumettait à l’économiste Alexandre Delaigue (qui conteste ce phénomène, avec cet article très précis.  http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2011/03/07/1773-le-mythe-de-l-obsolescence-programmee) l’exemple de téléviseurs Samsung objectivement mal conçus (des condensateurs de mauvaise qualité placés trop près des résistances. La rapide dégradation due à la chaleur est évidente). Dont acte disait-il. Obsolescence programmée, ou simple défaut de conception ? Impossible réponse, et c’est bien là-dessus que prospère notre affaire.

(il apportait quand même un élément de réponse qui devrait calmer tout le monde : Boeing. Le programme 787. Le programme le plus ambitieux monté par l’avionneur ces 30 dernières années. Et pourtant, une mauvaise isolation de la batterie, une réparation à quelques centaines de dollars pièce, a cloué au sol des avions qui valent plus de 100 millions de dollars pièce. On ne peut quand même pas soupçonner Boeing d’avoir programmé l’obsolescence du 787 ? )

L’oubli. Comme tous les mythes tenaces, l’obsolescence programmée prospère sur l’oubli. L’oubli d’un prix, d’un chiffre, complexe à calculer : combien coûterait aujourd’hui la fameuse « machine à laver de ma grand-mère ». Rien de plus compliqué à reconstituer qu’un prix, il faut tenir compte des évolutions de la monnaie, des salaires, des matières premières, des techniques commerciales

Pourquoi je vous raconte ça. Parce que c’est le cœur du sujet. Ce que l’on s’échine à appeler l’obsolescence programmée, n’est rien d’autre que la démocratisation des biens industriels de grande consommation, la libération de l’homme par la machine. L’obsolescence programmée c’est fondamentalement la baisse des prix. Alors, oui, on met des cuves en plastique et non plus des cuves en fonte, oui les boutons de contact sont moins résistants etc… mais la machine qui valait 2000h de smic en 1955 en vaut plus de 100 fois moins aujourd’hui. http://www.lamachinealaver.com/index.php?page=article001

Ça s’appelle un choix de société, et le développement de l’offre.  Il se trouve que j’ai la double chance de très bien gagner ma vie et d’élever une famille nombreuse. J’ai mis le prix dans un outil stratégique : le lave linge, justement. Une grande marque. 10 ans qu’elle tourne, qu’un artisan vient régulièrement changer tel fusible, ou « les charbons », et qu’il referme le capot avec un air satisfait. Il tape dessus comme on tape sur la croupe d’un bon cheval. En fait il fait sa fierté cet objet. Il est en vente libre dans le commerce moderne fabriqué par un industriel célèbre.

D’accord, ce choix n’est pas toujours arbitré en toute connaissance de cause par l’ensemble des consommateurs du monde, parce qu’on a justement oublié la notion du prix, et qu’il est impossible à reconstituer (et qu’on a, accessoirement, autre chose à faire). D’accord, mais quand même, vous croyez qu’entre la Miele à 2.000€ et la Candy qui en vaut 250€ le consommateur moyen ne sait pas ce qu’il achète ? Vous croyez qu’il se fait « piéger » ? Il sait très bien qu‘il est à la marge, il sait très bien que pour faire baisser le prix l’industriel a tiré sur l’ensemble des coûts de production, simplement cette machine elle sera bien pratique, alors on va faire attention, elle tiendra ce qu’elle tiendra. :

(ms : dans les premières réactions, on me parle des pièces de rechange. Autre sujet, mais là, réel sujet, qui se rapproche plus de la désindustrialisation. Pour la faire courte, la baisse de prix généralisée du secteur il a 20 ans (le made in China généralisé) a amené, c'est vrai, les industriels à désinvestir totalement la filière, plus de rentabilité. le retour des consommateurs sur des prix plus élevés change la donne, et SEB, par exemple, fait bien de la reconstitution d'une filière de réparation, l'une de ses priorités du moment. Mais on ne reconstruit pas Rome en un jour)

Mais n’oubliez pas que le concept est né dans les années 30 ! Oui, avant guerre ! Donc ce n'est pas de la machine de ma grand-mère dont il faut parler, mais de la Ford T, de ces automobiles qui allaient… jusqu’en Chine !! Exploit !! Il y a 20 ans, pour la chute de l'URSS, je suis parti en ZX de Paris, on a été jusqu’à « la porte de la Chine ». Sans aucun mécano, sans même changer un pneu.  L’automobile est sans doute le meilleur exemple des progrès industriels foudroyants de ces 50 dernières années, de baisses de prix considérables, elle reste le temple de l’industrialisation, et pourtant, pourtant pour une simple erreur de tapis de sol qui coinçait la pédale d’accélérateur, Toyota, l’empire, a dû rappeler 8 millions de véhicules ! Une année de production ! Obsolescence ? Non, erreur d’ingénieur.

Rentrons dans le dur, il faut se dire les choses : l’obsolescence programmée, c’est le nom le plus politiquement correct du combat contre l’économie de marché (je note d’ailleurs que le documentaire d’Arte cité plus haut évoque longuement de modèle de qualité de l’industrie est allemande des années 50)

L’obsolescence, c’est le refus d’admettre les moteurs profonds des entreprises, de la course au profit, au client, à l’innovation. Imaginer que  l’obsolescence programmée puisse avoir sa place dans le plan stratégique d’un industriel, c’est imaginer une sorte de cartel géant, les hommes aux gros cigares autour d’une table se mettant d’accord sur le nombre de cycle d’un lave-linge. Les cartels existent, ils sont combattus par les autorités de régulation, des industriels sont régulièrement condamnés. D’ailleurs les délits économiques sont nombreux, atteinte à la concurrence, abus de position dominante, publicité mensongère, escroquerie etc… jamais personne n’a légiféré sur l’obsolescence programmée. Ne serait-ce pas le signe qu’elle n’existe que dans les théories anti-capitalistes ?

La page Wikipédia consacrée à l’obsolescence programmée, nous parle de l’obsolescence du design. C’est bien là que l’on touche à l’essentiel. Parce que le desing c’est d’abord un formidable moteur de croissance. Le design, c’est le mot économique de la beauté. Picasso c’est l’obsolescence programmée de la peinture flamande. Le design, c’est l’expression du génie humain. Et ce progrès là, alors oui, nous l’arbitrons en toute connaissance de cause. Les derniers chiffres d’Apple  sont passionnants. La magie a cessé de fonctionner, on ne s’est pas rué sur l’I-phone 5, on a préféré racheter un 4, voire un 3. Ben oui, dans l’arbitrage permanent coût/bénéfices nous avons collectivement décidé que l’équation ne fonctionnait plus. Aussi simple que ça. Ça s’appelle l’économie, 2 ou 3.000 ans que ça dure. ..

Disons-le, ce que veulent les tenants de cette logique, c’est que l’on bloque le progrès. C’est le retour de la dé-croissance. Voilà le cœur du sujet. Voilà pourquoi il est inquiétant de le prendre à la légère

 

 

Par Stéphane Soumier
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