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Le blog de Stéphane Soumier

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Démanteler Areva ? Pour quoi faire ?

Publié par Stéphane Soumier sur 8 Juin 2015, 09:05am

Le démantèlement d’Areva est-il devenu une évidence médiatique. Rien ne l’impose pourtant.

Démanteler Areva ? Pour quoi faire ?

Un regard étonné. Voilà tout ce que vous recevez quand vous dites tranquillement que vous ne comprenez pas cette histoire d’Areva. Que vous ne comprenez pas comment cette évidence s’est installée : Areva, c’est fini.

-Mais enfin, M. Soumier…

-Quoi ?

-mais enfin, des milliards de pertes… vous n’y pensez pas…

-ah ? Et PSA ? Et Airbus ? On n’a jamais vu des milliards de pertes au cœur d’un projet industriel ? Vous voulez que je remonte à Apple ? A General Motors, à nouveau constructeur de rang mondial, sur lequel l’Etat américain a investi des dizaines de milliards de dollars en 2009 ? Qu’est-ce qui se passe dans ces cas-là ? Les actionnaires recapitalisent s’ils pensent que le projet a du sens. Vous savez que pour PSA renfloué il y a 18 mois, l’Etat pourrait aujourd’hui sortir avec une plus-value de plus de 1 milliard ?

-l’Etat n’est pas hedge fund, Monsieur !

-Ben non, c’est bien pour ça que ses choix de recapitalisation doivent être faits en fonction de l’intérêt général. Et là de quoi s’agit-il? De l’indépendance énergétique de la nation. Désolé mais ça me semble un enjeu légèrement supérieur à la face avant de la 208.

La réalité c’est que cette affaire concentre toutes les incohérences de l’état actionnaire. Il y a évidemment un bouquin à écrire, pas sûr que ça se vende, alors je vais me contenter de quelques lignes.

En résumé : l’Etat n’agit plus qu’en fonction de l’émotion du moment. Il est essentiellement guidé par le maintien ou le développement de l’emploi. En matière d’industrie c’est criminel. On sauve l'automobile pour éviter une immédiate fermeture d'usine, on ne construit en rien l'avenir du pays. En matière d’énergie ça l’est même doublement. La seule échéance de l’énergie ce devrait être 20 ans. Comment demander à un responsable politique de travailler pour des générations qui ne sont pas encore nées ?

S’il le faisait, l’Etat ne signerait pas l’arrêt de mort du leader mondial du nucléaire , bien au contraire, il profiterait de la crise pour lui donner un nouvel élan.

On reprend rapidement les deux ou trois points de consensus qui condamnent l’entreprise ?

-EPR. C’est le principal. Notez qu’à ce sujet la bonne question n’est jamais posée. La bonne question c’est : l’EPR a-t-il un sens ? Celle-là, j’admets, il serait très utile d’en débattre. Non, le sujet c’est : Areva est incapable de construire l’EPR, donc on transfère l’activité à EDF.

Ah bon ?

Parce qu’EDF y arrive peut-être ? Flamanville (EDF) est à peu près dans le même état que la Finlande (Areva). La vérité c’est qu’Areva s’est sans doute (comment le nier) lancé dans un projet qu’elle n’avait pas les moyens d’assumer. Mais c’est là justement que l’actionnaire doit jouer son rôle. Car Lauvergeon n’a pas pris la décision seule, et surtout, si l’actionnaire avait imposé à EDF de reprendre l’ensemble des rapports d’expérience de Finlande, Flamanville ne serait pas en train d’accumuler retards sur retards. L’EPR de Finlande était le premier de ce qui devait être une nouvelle série de réacteurs. Ok ce fut une catastrophe en matière d’ingénierie, mais le vrai drame c’est qu’EDF n’en a tiré aucune conclusion et a voulu construire son EPR en partant d’une page blanche, quand les Chinois, eux, se servent de toute l’expérience accumulée pour avancer sans réelle difficulté (on verra ce qu’il en est de l’acier de la cuve…)

C’était la guerre EDF-Areva à l’époque. Le seul scandale de ces dix dernières années d’histoire nucléaire française c’est qu’un actionnaire ait laissé se développer une telle ambiance de défiance entre ses participations stratégiques. Virer les patrons ? Bien sûr que l’actionnaire aurait dû le faire ! C’est son rôle. Mais les amitiés et les influences politiques ont alors pesé bien plus lourd que les incohérences stratégiques. C’est le cancer de l’état actionnaire. Le capitalisme de la barbichette et des services rendus, ou à rendre

Virer les patrons, donc, ok. Mais démanteler l’entreprise ? Pourquoi faire ?

Vous avez remarqué que personne ne répond à cette question ?

Car personne ne donne la moindre vision stratégique derrière ce choix. On ne parle que d’argent.

Et bien parlons-en : le dossier du réacteur de Finlande est en arbitrage international et rien ne dit que la note sera finalement aussi sévère les actuelles dépréciations, ensuite la force du cycle industriel peut à lui seul ramener Areva au seuil de rentabilité.

La vente sur le marché d'une fraction du capital d'EDF, suffirait sans problème à la recapitalisation du groupe, sans compter que des partenaires étrangers entreraient alors sans hésiter.

Le nucléaire a été frappé de plein fouet par une tempête parfaite. L’équivalent de celle qui a frappé l’automobile. Au cycle industriel qui a provoqué l’effondrement du prix des matières premières et des investissements, s’est ajouté l’arrêt total du nucléaire japonais, 30% du chiffre d’affaire de la division service d’Areva. Mais le Japon va redémarrer ses réacteurs. Demain, après-demain. Il n’a pas le choix, son commerce extérieur ne supporterait pas une remontée des prix des hydrocarbures.

Dans ce cadre-là, l’autre évidence médiatique, c’est qu’Uramin (société possédant plusieurs mines d’Uranium rachetée à prix d’or en 2007) est une terrible erreur, voire une escroquerie. Je ne me prononcerai pas sur le volet pénal, mais sur la « perte considérable » liée à ces mines d’uranium. Mais de quoi parle-t-on? L’uranium est bel et bien là, il appartient à Areva aujourd’hui. Il ne vaut plus rien ? Comme le pétrole il y a quelques décennies. Mais qui peut parier sur le prix des matières premières ? Encore une fois, la seule vision doit être celle d’une génération.

Uramin est en fait le résumé parfait de cette affaire. Je ne vais pas revenir sur les péripéties de l’acquisition, l’essentiel c’est le projet d’indépendance. Or ce projet passe forcément par le contrôle du minerai à un moment ou à un autre. C’est fait. Mais personne n’a l’air de juger cela fondamental. Parce que personne dans cette affaire ne s’intéresse en fait au projet nucléaire et à notre indépendance énergétique

J’admets parfaitement que l’on conteste les choix nucléaires des années 70, j’admets parfaitement que l’on conteste l’EPR dans sa conception. Mais encore une fois personne ne parle de cela.

Disons les choses, on démantèle 20 ans d’histoire industrielle, pour économiser quelques milliards, en les faisant porter sur EDF et sans doute, in fine, sur le consommateur d’électricité. En faisant cela, on met la filière nucléaire en péril. Comment penser que les concurrents d’EDF vont regarder d’un cœur léger l’achat de réacteurs conçus et réalisés par celui qui rêve d’investir leur territoire. L’Airbus se vendrait-il aussi bien s’il était vendu par Air France ?

Ce n’est visiblement pas le sujet de nos dirigeants. Après tout nous avons un ministre de l’économie qui peut tranquillement dire « la vérité c’est qu’Alcatel n’est pas une entreprise française », sans que cela soulève la moindre émotion.

La France officielle n’est qu’emplois, emplois, emplois. La grande braderie peut continuer discrètement. On fera les comptes dans 20 ans. Ceux qui prennent les décisions maintenant ne seront plus là. C’est la seule clé de ce dossier

Commenter cet article

corrector 22/06/2015 00:15

Vu le délire autour de la sûreté, personne ne peut construire du nuc en France, c'est tout.

Tout ça alors que la nucléaire a démontré à quel point il est intrinsèquement sûr!

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